Bannissement de Huawei en Suède : Ericsson craint des représailles en Chine

L’équipementier télécoms s’attend à décrocher une part de marché « sensiblement plus faible » qu’envisagée pour le déploiement de la 5G dans l’empire du Milieu. L’industriel y voit le contrecoup de l’interdiction de son rival chinois Huawei en Suède.
Pierre Manière

4 mn

Börje Ekholm, le PDG d'Ericsson.
Börje Ekholm, le PDG d'Ericsson. (Crédits : Reuters)

Sa position est pour le moins inconfortable. Alors que les États-Unis et la Chine se livrent une féroce bataille pour déployer la 5G aussi vite que possible, Ericsson se retrouve entre deux feux. L'équipementier télécoms suédois aimerait bien contenter les deux rivaux pour faire son beurre des deux côtés de l'Atlantique. Mais ce n'est pas si facile. Surtout depuis que Stockholm a décidé, en octobre 2020, de bannir son principal rival en matière de 5G, à savoir Huawei, le champion chinois des équipements télécoms.

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Aujourd'hui, Ericsson paye les pots cassés de cette décision politique. Lors de la présentation de ses résultats au titre du deuxième trimestre, ce vendredi, Börje Ekholm, le PDG du groupe, avertit qu'il ne décrochera sans doute pas une part du gâteau chinois de la 5G aussi importante qu'espérée. « Il est prudent de prévoir une part de marché sensiblement plus faible en Chine pour les divisions Réseaux et Services numériques, après la récente décision d'exclure les équipementiers chinois des réseaux 5G en Suède, laquelle pourrait influencer l'attribution de marchés », prévient-il dans un communiqué.

Les menaces de Pékin

Sachant qu'au second trimestre, le fort déclin des ventes d'Ericsson dans l'empire du Milieu a déjà provoqué une petite baisse de son chiffre d'affaires. Celui-ci a fléchi de 1% à près de 55 milliards de couronnes (environ 5,4 milliards d'euros), pour un bénéfice net de 3,9 milliards de couronnes (soit 381 millions d'euros). Cela ne rassure guère les marchés. En fin de matinée, le cours d'Ericsson dégringolait de près de 10%, à 104 couronnes (10,15 euros).

Quand un PDG fait part de telles inquiétudes dans sa communication financière, c'est généralement pour de bonnes raisons... Quelques jours après le bannissement de Huawei en Suède - et ce pour préserver la sécurité nationale, dans un contexte de méfiance, en Europe, à l'égard du groupe chinois - Pékin a immédiatement évoqué des mesures de rétorsion.

« La Suède devrait adopter une attitude objective et impartiale, revenir sur sa décision, afin d'éviter un impact négatif pour les activités des entreprises suédoises en Chine », a canardé Zhao Lijian, un porte-parole de la diplomatie chinoise.

Les États-Unis accueillent Ericsson à bras ouverts

Cela dit, les possibles difficultés de l'équipementier suédois en Chine ne lui ouvriraient-elles pas, en parallèle, davantage les portes du marché américain ? Il est certain que la décision du gouvernement suédois a été applaudie à Washington. Les États-Unis, qui accusent Huawei d'espionnage pour le compte de Pékin, mènent un lobbying effréné pour que l'Europe chasse le groupe chinois du continent.

Or ce même vendredi, Ericsson a annoncé la signature « du plus important contrat de son histoire », selon les mots de Börje Ekholm, au pays de l'Oncle Sam. D'un montant de 8,3 milliards de dollars (7 milliards d'euros), ce contrat de cinq ans visant à accélérer le déploiement de la 5G a été signé avec Verizon, le géant américain du mobile.

Dans ce contexte électrique entre les États-Unis et la Chine, Ericsson ne ménage pas ses efforts pour accélérer ses ventes d'infrastructures 5G en Europe. D'autant qu'il peut, désormais, tirer avantage de la mise à l'écart de Huawei dans de nombreux pays, et notamment en France. D'où sa communication agressive, depuis des mois, sur le « retard » du Vieux Continent concernant la nouvelle génération de communication mobile. « D'ici à la fin de l'année, nous devrions atteindre 1 milliard de clients 5G à travers le monde, principalement en Asie et aux États-Unis, a affirmé Arun Bansal, à la tête de la division Europe et Amérique latine d'Ericsson, en fin de semaine dernière. Mais l'Europe et le Royaume-Uni sont à la traîne. » Dans cette guerre économique, tous les arguments sont bons pour grignoter des parts de marché.

Lire aussi 4 mnPour Ericsson, l'Europe accuse déjà un retard inquiétant dans la 5G

Pierre Manière

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Commentaires 3
à écrit le 18/07/2021 à 15:09
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Ne manquez pas de lire "Oxymore" de Jean Tuan chez C.L.C. Edition (sortie 10 mars 2021). L'auteur observateur attentif de la Chine, le pays de son père, nous dévoile les desseins secrets de la Chine avec l'installation de la 5G en France. Un néo-pola...

à écrit le 17/07/2021 à 10:22
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Voilà pourquoi la dictature financière mondiale cherche à anéantir la souveraineté des nations.

à écrit le 16/07/2021 à 23:30
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Le dirigeant d'Ericsson n'a qu'à vendre ses "compétences" au PCC lieu de pleurnicher sur des promesses non tenues d'ouverture du marché chinois aux investisseurs étrangers forcés de financer la dictature du PCC en abandonnant capital (cf. change d...

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