Industriels et gouvernement veulent relancer le chantier de la fibre

Alors que le déploiement de l'Internet fixe à très haut débit a grandement souffert de la crise du Covid-19, la filière et l'exécutif planchent sur des mesures pour le relancer.
Pierre Manière

4 mn

Ministre auprès de la ministre de la Cohésion des territoires, Julien Denormandie planche sur différentes initiatives pour épauler le secteur des télécoms.
Ministre auprès de la ministre de la Cohésion des territoires, Julien Denormandie planche sur différentes initiatives pour épauler le secteur des télécoms. (Crédits : Reuters)

Tout ne s'est pas arrêté. Le vaste chantier de déploiement de la fibre, qui vise à apporter un Internet à très haut débit à tous les Français à l'horizon 2022, n'a pas été totalement paralysé pendant la période de confinement et au plus fort de l'épidémie de coronavirus. C'est un vrai soulagement pour la filière. Elle s'en est félicitée, ce mardi, lors des Etats généraux des RIP, un événement annuel qui rassemble tous les acteurs des télécoms. Cela a d'abord permis au secteur d'éviter qu'un grand nombre de sous-traitants et de PME, en bout de chaîne, mettent la clé sous la porte, tout en lui permettant de reprendre plus vite les déploiements.

Mais ce n'est pas si simple. Les acteurs de la fibre rencontrent de nombreuses difficultés pour relancer leur activité. A la tête d'InfraNum, qui fédère les industriels du secteur, Etienne Dugas souligne que si, aujourd'hui, 70% des équipes en charge du déploiement de la fibre sont de nouveau sur le terrain, leur productivité reste bien moindre qu'avant. Celle-ci souffre logiquement des gestes barrière et précautions indispensables pour contrer le virus. Ce qui fait, mécaniquement, grimper le coût des déploiements. Ce sujet des surcoûts est au coeur des débats. « Nous devons régler ce problème collectivement, entre l'Etat, les collectivités et les industriels », appelle Etienne Dugas. Ministre auprès de la ministre de la Cohésion des territoires, Julien Denormandie a suggéré, ce mardi, la création d'un « guide » d'aide à « la prise de décision » pour répartir équitablement les surcoûts.

« Le cash, c'est le nerf de la guerre »

En parallèle, Etienne Dugas demande que l'Etat remette sans traîner du carburant dans la machine. C'est à dire « du cash, le nerf de la guerre », lance-t-il. Etienne Dugas souhaite notamment que le Fonds pour la société numérique (FSN), qui est destiné au financement des réseaux d'initiative publique dans les campagnes, « accélère ses versements ». En outre, il a suggéré la création d'un « fonds de filière », possiblement épaulé par BPIFrance. « Il pourrait prendre des parts capitalistiques minoritaires sous forme de fonds propres dans certaines des entreprises de la filière », suggère le chef de file d'InfraNum. A ce sujet, Julien Denormandie s'est dit ouvert. « Il faut qu'on en parle, mais pourquoi pas », a affirmé le ministre.

L'autre grosse préoccupation des industriels de la fibre concerne les AG de copropriété. Pourquoi ? Parce qu'elle doivent impérativement donner leur feu vert aux opérateurs pour qu'il puissent accéder aux colonnes montantes des immeubles, et y installer la fibre. Mais aujourd'hui, la plupart des AG sont interdites à cause de l'interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes. Aux dires d'Etienne Dugas, c'est un énorme coup de frein au déploiement de la fibre. « C'est un sujet prégnant, cela nous pose de plus en plus de problèmes », peste-il. Julien Denormandie, de son côté, en a bien conscience. Son idée : permettre que les AG puissent se dérouler de manière « dématérialisée ». En ligne, donc.  « J'espère pouvoir atterrir sur cette question dans les tous prochains jours », a promis le ministre.

Le numérique, un outil de relance de l'économie

Aux yeux du gouvernement, le déploiement du très haut débit apparaît prioritaire pour deux raisons. La première, c'est que le numérique est perçu comme un puissant levier de relance de l'économie au sens large. La seconde, c'est que la crise du Covid-19 a jeté une lumière crue sur la fracture numérique. « Les citoyens qui ont vécu le confinement sans le numérique ont vécu un enfer », constate Cédric O, le secrétaire d'Etat en charge du numérique. « Ce qui était déjà urgent avant l'est d'autant plus aujourd'hui, a-t-il affirmé. Et ce dans un contexte où les entreprises chargées de déployer ces réseaux ont été fragilisées par la crise et continuent d'avoir des difficultés. Tout cela sans parler du fait qu'il est possible, malheureusement, qu'une deuxième vague épidémique survienne. » Les temps sont décidément difficiles pour le plus grand chantier de France.

Pierre Manière

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Commentaires 6
à écrit le 21/05/2020 à 10:21
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La fibre.... c'est le monstre du Locness !!! Cela fait des années que le programme "tousse" et ce ne sont pas ceux de blocage qui pésent beaucoup !!! Comme toujours, ON SE F... DE N..... ! Excuses ! Excuses = Impuissance !!!

à écrit le 20/05/2020 à 21:43
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Toujours à mettre sur pieds des usines à gaz ce gouvernement, alors qu'il suffit simplement de lever les barrières. Les gens ne sont pas idiots, ils sauront parfaitement retrouver tout seuls le chemin des chantiers, dont les contrats sont signés d...

à écrit le 20/05/2020 à 16:05
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A t-on besoin du numérique à haut débit au fin fond des campagnes en 2022 ? J'avoue que mon interrogation n'est pas très démocratique mais les sommes en jeu sont conséquentes. Cela n'est il pas un objectif démesuré ? D'après monsieur Etienne Dugas...

le 20/05/2020 à 21:34
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A t'on besoin de l'électricité en 220V au fond des campagnes? L'électrification du pays après guerre a été un objectif démesuré mais indispensable. On a également amené les ligne téléphoniques et l'eau courante. Le haut débit est notre seule cha...

le 25/05/2020 à 19:45
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Oui mais ce qui coûte un bras dans nos régions est déjà payé par les communes; le département et la région c'est l'installationj de base les gros cables multibrins enterrés les armoires de répartition dites NRA, il y en a partout d'installées en prov...

à écrit le 20/05/2020 à 10:08
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Si l'Etat veut relancer le chantier, qu'il donne un signal positif aux opérateurs en remplaçant le patron actuel de l'ARCEP par quelqu'un qui comprendra mieux ce marché

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