Le fonds activiste Elliott veut faire la révolution chez AT&T

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Paul Singer, le fondateur et chef de file d'Elliott Management Corporation.
Paul Singer, le fondateur et chef de file d'Elliott Management Corporation. (Crédits : Reuters)
Après avoir imposé ses vues chez Telecom Italia, en chipant les rênes du groupe à Vivendi au terme d’un féroce bras de fer, le très redouté fonds activiste passe à l’attaque chez AT&T, le géant américain des télécoms et des médias.

Il s'est trouvé une nouvelle cible. Et c'est un très, très gros morceau. Elliott veut faire la révolution chez AT&T, le mastodonte américain des télécoms et des médias. Dans une lettre publiée ce lundi, le très redouté fonds activiste s'est livré à une sévère critique de la gestion du groupe. Dans cette missive de 24 pages, il propose une nouvelle stratégie pour doper son cours de Bourse. Le fonds américain dirigé par le milliardaire Paul Singer estime qu'en suivant ses recommandations, le titre d'AT&T pourrait presque doubler à l'horizon 2021, et passer la barre des 60 dollars. Si le ton de la lettre se veut courtois, Elliott prend bien soin de montrer ses muscles. Il affirme notamment disposer d'une participation d'environ 1% d'AT&T, à hauteur de 3,2 milliards de dollars.

Depuis l'offensive d'Elliott, le titre d'AT&T a progressé de près de 7%. En clair, les investisseurs prennent l'initiative très au sérieux. L'agressivité et l'influence du fonds, qui gère 38 milliards d'actifs, sont connues de tous. Dans les télécoms, il a récemment sévi chez Telecom Italia. Au terme d'un long et féroce bras de fer avec Vivendi, le premier actionnaire de l'opérateur historique italien, il a grappillé des parts au capital (jusqu'à en posséder 10%), et a réussi à prendre les rênes du groupe pour imposer ses vues.

Visiblement, Elliott est remonté contre la stratégie de convergence entre les télécoms et les médias d'AT&T. En rachetant, il y a cinq ans, le leader de télévision par satellite DirecTV, et surtout en mettant l'année dernière la main sur Time Warner (HBO, CNN, les studios Warner Bros...) pour plus de 85 milliards de dollars, l'opérateur s'est construit un empire tentaculaire dans les médias.

Ce faisant, Elliott estime qu'AT&T s'est dispersé et s'est trop éloigné de son cœur de métier. Le fonds se montre « prudent » (comprendre : très dubitatif) sur les avantages du mariage avec Time Warner. « Malgré près de 600 jours écoulés entre la signature et la finalisation [du deal], AT&T n'a toujours pas exposé de raison stratégique claire expliquant pourquoi il doit posséder Time Warner », écrit-il.

Elliott milite pour des cessions

Le rachat de DirecTV, lui, a eu « des résultats dommageables », dézingue Elliott, qui juge qu'AT&T s'est payé la société au pire moment.

« L'écosystème de la télévision payante a été soumis à une immense pression depuis la conclusion de la transaction, argue-t-il. Depuis, la situation continue de se détériorer. Les abonnés à la télévision payante d'AT&T diminuent rapidement, tandis que le secteur, en particulier celui des satellites, décline. Malheureusement, il est désormais évident qu'AT&T a acheté DirecTV au pic absolu du marché de la télévision linéaire. »

Elliott milite pour qu'AT&T cesse ses emplettes, et envisage au contraire de céder des actifs jugés non-stratégiques, dont possiblement DirecTV. En parallèle, le fonds appelle l'opérateur à se recentrer sur les télécoms. Il estime que la société doit mettre les bouchées doubles dans la 5G, la prochaine génération de communication mobile. La direction d'AT&T, pour sa part, a affirmé dans un communiqué qu'elle « passera en revue » les remarques et perspectives distillées par Elliott. Le début, très vraisemblablement, d'une bataille à couteaux tirés.

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Commentaires
a écrit le 13/09/2019 à 17:59 :
Les fonds activistes n'ont d'intérêt que de secouer le cocotier des belles endormies qui vivent un peu trop sur leurs rentes de situation.
EDF VINCI ORANGE AF par ex
Mais le fond étatique desactiviste règne en maître pour prolonger le statut quo au grand dam de ses actionnaires contribuables qui voient leurs placements s'erroder un peu plus chaque année.
Vive le capitalisme de rente à la française !!
a écrit le 13/09/2019 à 9:20 :
Ce qu'il y a de plus étonnant est de voir l'impact médiatique et la publicité gratuite faite à ces "fonds vautours" dirigés par des gens qui n'ont jamais rien crée ni développés dans l'industrie : juste capable de saucissonner et vendre des actifs pour faire une plus value rapide : le résultat chez Telecom Italia est lamentable...

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