Va-t-on vers un bras de fer entre Niel et Bolloré pour le contrôle de Telecom Italia ?

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Xavier Niel détient à titre personnel une participation potentielle de plus de 15% dans Telecom Italia.
Xavier Niel détient à titre personnel une participation potentielle de plus de 15% dans Telecom Italia. (Crédits : Reuters)
La possible arrivée du fondateur de Free au capital de l’opérateur transalpin rebat les cartes concernant sa stratégie et sa gouvernance. A la tête de Vivendi, premier actionnaire de Telecom Italia, Vincent Bolloré pourrait bien augmenter encore sa participation pour marquer son territoire.

Son surnom de « trublion des télécoms » lui va décidément comme un gant. Alors qu'en quelques mois, le groupe de médias Vivendi (Canal +, Universal Music...) de l'homme d'affaires Vincent Bolloré est devenu le plus important actionnaire de Telecom Italia (avec 20,03% des parts), Xavier Niel s'est lui aussi invité capital de l'opérateur. Depuis la fin de la semaine dernière, le patron d'Iliad (maison-mère de Free en France), y détient à titre personnel une participation potentielle de plus de 15%. Mais quel sera le coup d'après ? Xavier Niel et Vincent Bolloré vont-ils livrer bataille pour prendre le contrôle de l'opérateur historique ? Quelles sont leurs stratégies ?

Premier élément-clé, il apparaît que les deux acteurs mènent - jusqu'à présent - leur barque chacun de leur côté. Ce week-end, dans un entretien au Corriere della Sera, Arnaud de Puyfontaine, le président du directoire de Vivendi l'a assuré : « Je confirme de la manière la plus formelle que Vivendi n'a pas agi de concert avec Niel. » Si tel n'était pas le cas, les deux groupes seraient contraints de lancer une OPA sur le reste des titres de Telecom Italia. Avec une participation de plus de 35% du capital à eux deux, Xavier Niel et Vivendi se situent en effet largement au-delà de la barre des 25%, seuil de déclenchement d'une offre d'acquisition en Italie.

« Telecom Italia est sous-évalué »

Dès lors, Xavier Niel et Bolloré vont-ils aller au bras de fer et continuer à monter au capital de l'opérateur italien ? D'après plusieurs analystes, c'est probable. Au Corriere della Sera Arnaud de Puyfontaine a signalé qu'il ne fallait « jamais dire jamais »... Et à en croire Le Figaro, « Vivendi ne veut pas se laisser dépasser et réfléchit sérieusement à monter dans le capital de l'opérateur transalpin jusqu'à la limite de 24,9% ». Contacté par La Tribune, Vivendi se refuse à tout commentaire sur le sujet. Reste que même sans en prendre le contrôle, un investissement dans Telecom Italia constitue a minima la promesse d'une belle plus-value. Directeur de l'Idate, un think tank spécialisé dans les télécoms, Yves Gassot le rappelle :

« La plupart des analystes considèrent que Telecom Italia est sous-évalué pour plusieurs raisons. D'une part, la situation s'améliore sur le marché italien, et notamment dans le mobile. D'autre part, il y a une consolidation en cours entre les opérateurs Wind et 3 Italia, ce qui devrait favoriser l'Arpu (le revenu moyen par client, Ndlr). En outre, il y a la pépite Tim Participacoes, le deuxième opérateur mobile du Brésil et dont Telecom Italia possède 67% du capital. On attend de voir qui va en prendre le contrôle, même si l'opérateur italien n'a pas fait officiellement part de son désir de vendre. »

« Bolloré regarde la plus-value latente... »

Même si on peut prêter à Xavier Niel le souhait de se consolider dans les télécoms européennes, après s'être offert récemment Orange Suisse ou Monaco Telecom, Bruno Hareng, analyste chez Oddo Securities, juge son incursion dans Telecom Italia « plus financière qu'industrielle » :

« Xavier Niel arrive alors que Bolloré constitue déjà un gros actionnaire... Il n'est pas naïf, et sait qu'il ne sera probablement pas donneur d'ordres... »

A l'inverse, Vivendi veut officiellement endosser les habits d'un « investisseur de long terme », aux dires d'Arnaud de Puyfontaine. Pour convaincre l'opinion, le président du directoire du géant français des médias a mis les bouchées doubles :

« Je veux dire aux actionnaires et aux cadres de Telecom Italia, ainsi qu'au gouvernement italien, que Vivendi est dans les télécoms pour soutenir ses projets quant à la fibre optique, et parce que nous croyons très fort à la collaboration entre les compagnies de télécommunications et les groupes de médias. »

Des propos qui laissent bon nombre de spécialistes dubitatifs... Yves Gassot, pour sa part, se montre « sceptique » quant à la volonté réelle de Vincent Bolloré de s'appuyer sur Telecom Italia pour distribuer les contenus de Vivendi. « On peut arriver au même résultat sans forcément monter au capital », affirme-t-il. Pour le patron de l'Idate, « Bolloré fait ce qu'il a toujours fait : il regarde la plus-value latente ».

Une revente à Orange d'ici deux ou trois ans ?

Même son de cloche pour Bruno Hareng. D'après l'analyste, l'hypothèse d'une revente de la participation dans Telecom Italia à Orange - qui n'a jamais caché son appétit pour son homologue transalpin - d'ici deux à trois ans apparaît particulièrement crédible.

Une dépêche de l'agence Bloomberg publiée au mois de juin plaidait d'ailleurs en ce sens. D'après des sources proches, Vincent Bolloré serait ainsi favorable à une vente de Tim Participacoes d'ici deux ans, ainsi qu'à la mise en place d'un programme de réduction des coûts. Sachant qu'à « moyen terme », l'homme d'affaires breton voudrait marier l'opérateur à un autre acteur européen. Autant d'initiatives propres à faire s'envoler le cours de Bourse.

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Commentaires
a écrit le 03/11/2015 à 18:28 :
In million de $ pour craquer un iOS.9 à distance !
2 millions pour Square by Vivaction qui protège la vois et la data des entreprises ? 🎯👍👹🇨🇭
a écrit le 03/11/2015 à 16:06 :
le régulateur français a donné des avantages en nature au milliardaire du minitel rose, et ce sur le dos d'orange qui est obligé de louer tous ses nouveaux investissements à prix coûtant de façon injustifiée, ou via la surfacturation des terminaisons d'appel qui fait que le forfait free est subventionné à hauteur de 10e par les autres opérateurs, merci qui ?
et fort de cette manne financière qui lui fait un gros capital (il a plus d'un million d'euros rien qu'en dividendes mais il villipende les patrons du CAC 40 ! 55% des actions montées à prés de 200e !), au lieu d'investir en France il continue de jouer les coucous et d'écrémer els zones rentables et va investir à l'étranger..

merci à notre régulateur de distordre la concurrence pour donner des avantages particuliers et décourager l'investissement en France !!bilan assez déplorable de cette administration qui entrave le développement en empêchant de passer à une vraie concurrence dynamique ouverte et équitable !!
Réponse de le 04/11/2015 à 11:56 :
Je ne comprends pas trop ce message... Free a certes profité d'une différence des terminaison d'appel pendant 18 mois (à hauteur de 0,6 cts, puis 0,3 cts). Bouygues en a profité pendant 8 ans (à hauteur de 7 cts en descendant jusqu'à 0,4 cts). Donc depuis le 01/07/2013, plus de différence.
Est-ce qu'Orange n'investit pas hors de nos frontières???? La bourse reproche à Free de trop investir en France, ce qui explique la perte au niveau de sa valeur en bourse.
Dommage aussi de mélenger Free (Iliad) et XN.
a écrit le 03/11/2015 à 11:48 :
Chacun fait évoluer sa stratégie, donc aussi ces deux, selon les coups des adversaires, c'est entendu. Si une intention est affirmée, elle est modulable, cependant les choses sont claires ici : Bolloré est actionnaire en titres payés tandis que Niel est spéculateur en options non levées. Une différence de taille, comme elle l'est aussi, énorme entre les moyens respectifs des deux hommes. Niel cependant n'est pas que l'idiot utile mais un tacticien averti qui compte revendiquer sa part du gâteau .. dû à son entreprise, pour son compte personnel. Chaque mouvement d'importance du secteur donne en effet lieu à des d'incontournables compensations et ici de toute évidence c'en est une. Bolloré joue de toute évidence la carte Téléfonica, la suite des précédents accords. En lui revendant Télécom Italia il se placera à bord de l'espagnol qui comme d'autres se pose moult questions sur la stratégie à adopter et dès lors veut bien accueillir celui qui en a une. Orange pour sa part regarde toujours Wind, sa proie désignée et maintenant son évolution nouvelle avant d'agir. Le petit discours européIste de la "concurrence" qui relance le pouvoir d'achat semble bien loin. Désormais c'est l'énorme choc des titans qui est sensé le faire.
a écrit le 03/11/2015 à 8:33 :
Avant de dépenser des milliards qu ils commencent à sécuriser la voix et la data sur les mobiles ! Y a que une pile en france qui fait ce produit Square by Vivaction au moins ça éviterait aux entreprises de se faire piller les informations !👹🇨🇭

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