Bras de fer de Michel Troigros avec Allianz : "Les assureurs doivent participer à l'effort de solidarité"
Stéphanie Gallo Triouleyre
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Michel Troisgros est à la tête depuis 1996 de la maison triplement étoilée de Roanne. Il réclame désormais en justice 1,6 million d'euros pour éponger une partie des pertes d'exploitation liées au premier confinement.
ENTRETIEN. Le chef roannais Michel Troisgros, triplement étoilé, croise le fer avec son assureur, l'Allemand Allianz. Il lui réclame, devant la justice, 1,6 million d'euros pour éponger une partie des pertes d'exploitation liées au premier confinement. Pour lui, les assureurs doivent mettre la main à la poche et participer à la solidarité nationale. En France, l'assureur semble, pour l'instant, fermé à la négociation mais a déjà déboursé quelque 40 millions d'euros en Allemagne, selon l'AFP, dans des règlements amiables.
LA TRIBUNE - Vous êtes en conflit avec votre assureur Allianz depuis plusieurs mois, conflit qui s'est soldé mercredi dernier par une audience devant le Tribunal de commerce de Roanne. Vous sollicitez une indemnisation de 1,6 million d'euros pour éponger une partie des pertes d'exploitation liées à la fermeture de vos établissements en raison du contexte sanitaire. Pourquoi aller jusqu'à la procédure judiciaire ?
MICHEL TROIGROS - Nous nous étions rapprochés d'Allianz, qui est notre assureur historique, afin d'obtenir leur soutien dans cette période complexe. Nous nous sommes trouvés face à un mur, Allianz a refusé catégoriquement toute discussion, en avançant que les clauses ne sont pas remplies et que nous n'étions pas obligés de fermer...
C'est incroyable, je ne comprends absolument pas leur argumentation. Mon avocate vous l'expliquerait mieux que moi, mais en résumé, nous estimons que c'est faux : nos garanties couvrent bien une potentielle épidémie. La rédaction de ces clauses n'est pour autant pas claire, elle est même très ambigüe.
En tout état de cause, Allianz qui est notre assureur depuis des décennies, aurait pu ouvrir la porte des négociations et faire preuve d'un minimum d'élégance en nous soutenant nous, mais aussi tous les autres restaurateurs assurés chez eux.
Aujourd'hui, quel est votre principal objectif dans cette procédure ? Vous avez la volonté d'aller "jusqu'au bout" ?
Notre objectif n'est pas de faire mettre la clé sous la porte aux assureurs, mais, au moins, qu'ils participent à l'effort national de solidarité. Ne serait-ce qu'au niveau des primes. Elles ont été encaissées en 2020 et 2021, à leur niveau habituel, alors même que le risque était bien moindre qu'habituellement, puisque nous ne recevions pas de public. Où est l'équité ?
J'estime que cet assureur n'a aucune considération pour notre profession. D'ailleurs, j'ai reçu un courrier de leur part me stipulant la résiliation prochaine de mon contrat. Plusieurs confrères ont reçu la même notification... Allianz ne voudrait donc plus assurer les restaurateurs ** ?
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Le délibéré est attendu pour le 15 septembre. Si le tribunal de commerce ne vous accorde pas cette indemnisation, votre entreprise (qui avait investi 9 millions d'euros en 2014 pour déménager sur 17 hectares à Ouches), se trouvera-t-elle en danger ?