La situation ne s'améliore pas au CHU de Grenoble : après l'entrée en grève "illimitée" du service des urgences depuis le 1er novembre dernier, et la mise en place d'un accès restreint la nuit des patients (sur appel au 15), ce sont l’ensemble des services qui ont rejoint le mouvement cette semaine. Avec deux revendications à destination de la direction : l'amélioration des conditions de travail pour contrer la pénurie de soignants, ainsi que le déblocage de moyens supplémentaires pour rouvrir des lits....Ils veulent faire entendre leur ras-le-bol et leur inquiétude. Depuis le 6 décembre, ce sont désormais l'ensemble des services du CHU de Grenoble-Alpes sont en grève illimitée. A l'initiative d'une intersyndicale, le mouvement rejoint celui de la grève des urgences - lancé, lui, depuis le 1er novembre dernier.
"Les urgences, qui sont la partie visible de l'iceberg, focalisaient toutes les attentions. Mais on constate aujourd'hui que le malaise touche l'ensemble de l'hôpital - et l'amont et l'aval", déplore le docteur Claire Ara Somohano, médecin aux soins intensifs de l'hôpital de Voiron et secrétaire adjointe du syndicat SNMH-FO.
"Le fait que l'ensemble de l'hôpital, avec beaucoup de médecins représentants un large panel de services, se soient réunis et aient convenu de rentrer dans un mouvement collectif de grève est révélateur de la gravité de la situation. Surtout que les soignants et les médecins n'ont pas une forte culture de la grève !", précise-t-elle.
Les différents sites du CHU, à Grenoble, et l'hôpital de Voiron sont concernés par le mouvement.
"Le sentiment de devenir maltraitant"
Ils déplorent les fermetures de lits, le manque de personnel et les conditions de travail des équipes.
"Entre janvier et septembre 2022, on a compté 221 embauches d'infirmiers pour 219 départs dans le même temps... Il manque aujourd'hui 171 infirmiers et 50 aide-soignants",comptabilise Elisabeth Guillemin, secrétaire-adjointe de la CGT et assistante sociale au CHU.
Une pénurie qui touche toutes les catégories de salariés : médecins, manipulateurs radio, personnel du laboratoire, secrétaires, etc. En cause : les conditions de travail.
"Les agents demandent à être suffisamment nombreux pour pouvoir s'occuper correctement des patients,explique Elisabeth Guillemin.On enlève des soignants la nuit. Les infirmiers se retrouvent en difficulté pour faire leur travail correctement, doivent courir tout le temps, au point d'avoir parfois le sentiment de devenir maltraitants".
Heures supplémentaires chroniques, soignants rappelés sur leurs jours de repos, sous-effectif permanent : les équipes se disent au bout du rouleau et s'inquiètent des retards de prise en charge, et donc de la mise en danger des patients. "Au bout du bout, ce sont eux qui n'ont plus accès aux soins", insiste le Dr Claire Ara Somohano.