Immobilier : devenir propriétaire reste compliqué

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Le niveau élevé des prix par rapport aux revenus frustre les ménages qui souhaitent devenir propriétaires.
Le niveau élevé des prix par rapport aux revenus frustre les ménages qui souhaitent devenir propriétaires. (Crédits : © Benoit Tessier / Reuters)
Malgré la reprise dans l'immobilier, une majorité de français estime qu'il reste difficile d'accéder à la propriété. La faute à des niveaux de prix immobiliers encore trop élevés.

L'année 2015 a été marquée par la reprise sur le marché de l'immobilier résidentiel. Le nombre de transactions dans l'ancien s'est élevé à 800.000, et dans le neuf, ce sont 210.000 ventes qui ont été enregistrées. Des niveaux bien supérieurs à ceux constatés lors des trois années précédentes, notamment 2014, considérées comme des années de crise. Ça va donc mieux sur le marché de l'immobilier résidentiel, qui a repris son rythme de croisière et pourrait même dès 2016 voir son activité atteindre un niveau supérieur à ceux d'avant la crise de 2008.

Le courtier immobilier Cafpi estime notamment qu'environ 850.000 transactions dans l'ancien pourraient être enregistrées cette année. De quoi rendre les professionnels de l'immobilier très optimistes : 74% le sont selon les indices de confiance. Une situation en fort contraste avec les années précédentes, lors desquelles les acteurs de l'immobilier n'hésitaient pas à faire part de leur profonde détresse.

 Taux de crédits immobiliers très bas

Le principal vecteur de ce spectaculaire redressement de l'activité est, du reste, le niveau toujours plus bas des taux d'intérêt nominaux de crédits immobiliers (1,77% en moyenne en mai selon l'Observatoire Crédit Logement CSA). Ces crédits sont pour la quasi-totalité d'entre eux accordés à taux fixe, ce qui les rend hyper attractifs pour les ménages qui peuvent ainsi se prémunir des risques en cas de remontée des taux à l'avenir.

Pourtant, malgré cet environnement financier attrayant, les ménages français restent peu optimistes sur leur possibilité d'accéder à la propriété. Selon un sondage réalisé par l'institut Ifop pour Cafpi, 65% des Français estiment en effet qu'il reste difficile de devenir propriétaire d'un logement en France. Un pessimisme qui n'amène que 30% d'entre eux à prévoir de devenir propriétaire au cours des cinq prochaines années, ajoute l'institut Ifop.

Des prix de l'immobilier trop élevés

L'élément qui explique ce paradoxe entre le contexte favorable et le pessimisme ambiant des ménages est sans conteste le niveau élevé des prix de l'immobilier. C'est d'ailleurs la principale raison avancée par les personnes interrogées par l'Ifop. En effet, dans l'ancien notamment, les prix ont reculé de 6% depuis 2011 en France, alors qu'ils avaient augmenté de ... 150% entre 1998 et 2011, sachant que plus le marché immobilier est tendu, plus le décalage entre les cycles de hausse et de baisse sont importants.

Bref, le rattrapage des prix est encore largement insuffisant, notamment par rapport à l'évolution des revenus : entre 2000 et 2015, les prix de l'immobilier ont augmenté entre 1,6 et 1,7 fois plus vite que les revenus des ménages français, selon les courbes de l'économiste Jacques Friggit.

Pas de chute importante des prix à prévoir

Un éventuel rattrapage des prix par rapport aux revenus est, du reste, difficilement prévisible dans les prochains mois. D'abord parce que le niveau moyen des taux d'intérêt de crédits immobiliers est en effet toujours très bas, et les perspectives de hausse ne se font pour l'instant pas sentir au regard de la politique monétaire toujours accommodante menée par la Banque centrale européenne (BCE).

Ensuite, en considérant les nouvelles mesures fiscales visant à soutenir la demande notamment dans le logement neuf (prêt à taux zéro renforcé et dispositif Pinel), il y a fort à parier que la demande devrait rester soutenue lors des prochains mois et que la baisse des prix sera donc limitée, surtout dans les zones tendues où l'offre de logements est mécaniquement contrainte. Enfin, les prévisions en terme de croissance en France sont certes meilleures que les années précédentes - Bercy prévoit 1,5 % de croissance en 2016 - mais elles restent encore insuffisantes pour laisser espérer une croissance significative des revenus des ménages.

Un choix politique

Le niveau des prix de l'immobilier trop élevé risque donc pour beaucoup de continuer d'agrémenter les frustrations d'une partie de la population qui souhaite devenir propriétaire mais qui ne le peut pas. Une frustration d'autant plus importante que les deux principales motivations pour acheter un bien immobilier sont, selon l'Ifop, ne pas payer de loyer à son propriétaire, et avoir le sentiment d'être chez soi...

Ces ménages qui ne peuvent toujours pas acheter sont en fait les victimes collatérales de la politique de relance de l'immobilier menée par le chef de l'Etat François Hollande depuis août 2014. Car le choix politique a été fait, pour stimuler la croissance et l'emploi, de soutenir une partie de la demande à l'accession à la propriété, et donc, en même temps, de soutenir la hausse des prix de l'immobilier, ou tout au moins d'en limiter la baisse.

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a écrit le 25/06/2016 à 11:41 :
compliqué est le juste mot : d'une part pour les primo-accédants avec la précarisation du travail, d'autre part pour les propriétaires bailleurs ligotés et baillonnés par la loi ALUR.
Réponse de le 27/06/2016 à 11:57 :
Su l'allure ne leur plaisait pas, ils n'avaient pas le couteau sous la gorge pour en prendre.
a écrit le 23/06/2016 à 10:57 :
Quand les prix de l'immobilier sont forts on se plaint, quand ils sont bas on se plaint aussi.

Les prix ne sont ni trop forts ni trop faibles, ils sont au prix ou le public les achète. C'est le marché qui fixe les prix et le marché c'est simplement la demande en rapport à l'offre.
Réponse de le 23/06/2016 à 12:30 :
Ce serait vrai si la puissance publique ne consacrait pas 40 MILLIARDS d'euros par an au soutien du secteur locatif/construction.

APL, ALS, PTZ, dispositifs de défisc' divers, etc

Curieusement, dans cette situation, on entend pas trop crier à l'assistanat...
Réponse de le 23/06/2016 à 12:33 :
C'est faux.Les prix du marché sont faussés par les crédit bas et les aides gouvernementales à l'achat, tu ôtes tout cela et les prix dégringolent.Toi tu parles d'un marché qui serait libéral, or les gens savent bien que ce n'est pas le cas.
a écrit le 23/06/2016 à 8:24 :
Dans les petites villes de France l'immobilier est bien moins cher mais il manque de l'emploi qui se concentre surtout dans les grandes villes, dommage !
Réponse de le 23/06/2016 à 10:15 :
C'est la monnaie euro qui a fait plus que doubler l'immo francais il faut revenir au franc rendez vous compte 200 000 euro une maison en province c'est pres de 1 400 000 francs un million !!!!!!! alors que le salaire median est de que 1500 euros La droite et la gauche veulent l'europe arretons de voter pour ces guignols faut voter autre chose ou areter de voter car ca fait leur jeu!!
Réponse de le 23/06/2016 à 11:00 :
Le décollage des prix de l'immobilier à commencer avant l'arrivé de l'Euro. On disait déjà à l'époque qu'il faut acheter, et vite, avant que ça ne deviennent mission impossible.

Et vu les prévisions démographiques pour la France, genre quoi 75 millions d'âmes en 2050, je vois mal les prix s'effondrer. Le territoire français (exception de la départementalisation de Mayotte), lui ne s’agrandit pas.
Réponse de le 24/06/2016 à 8:41 :
@Mathieu
"Et vu les prévisions démographiques pour la France, genre quoi 75 millions d'âmes en 2050, je vois mal les prix s'effondrer"
Effectivement, on a une hausse de la demande, mais pas une hausse de la demande solvable.

En 1997, 20% des moins de 25 ans pouvaient espérer devenir propriétaires sur Paris. En 2015, c'est moins de 1%. Et au delà de Paris, une chute violente de cette proportion a dû avoir lieu sur l'ensemble du pays.
Pour ce qui est des immigrés, qui comptent pour une partie de l'accroissement démographique, ils sont trop occupés à chercher du boulot payé au SMIC pour pouvoir vivoter dans un HLM, ils ne peuvent pas se payer l'immo français suite à ses augmentations délirantes.
Pour les jeunes générations en général, celles dont on attend qu'elles "prennent le relais", on a droit, pour ceux qui ont la chance de ne pas être au chômage ou en stage non-rémunéré (pendant des années), majoritairement à des CDD, et maintenant à la Loi El Khomri qui décide qu'un CDI n'est plus un CDI parce qu'on peut le virer très facilement, et qu'un salaire n'est plus un salaire parce qu'on peut le baisser arbitrairement pour un oui ou pour un non. Comment pensez-vous que vont réagir les banques prêteuses et même les bailleurs pour louer, eux qui exigent tous un dossier en béton armé pour louer un bête studio vétuste?

Donc non, accroissement de population n'est pas synonyme d'augmentation de la demande solvable, surtout que l'évolution des prix a exclu presque tout le monde (restent des gens à très gros salaires et des gens dont Papa a beaucoup de sous).

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