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La Tribune.fr - 15/07/2009 | 07:36 - 1079 mots

Nicolas Sarkozy a affirmé "le monde ne sera jamais plus comme avant". Partagez vous cet avis ? Et quels seront les principaux changements de ce "monde d'après la crise ?"
Je ne crois pas que la crise marquera de rupture particulière même si elle a été exceptionnelle par son ampleur. Car au fond, elle résulte d'une cause des plus banales que l'on retrouve régulièrement dans les crises précédentes: l'émergence puis l'éclatement d'une bulle construite sur un accès trop facile à de l'argent peu cher. De 2004 à 2007 les excédents commerciaux chinois comme les excédents pétroliers ont été massivement investis dans des obligations gouvernementales américaines ou européennes, faisant baisser les taux longs à des niveaux historiquement très bas. Résultat : les gestionnaires d'actifs qui gèrent les retraites dans les pays industrialisés, et qui vont avoir à faire faire face à l'arrivée à l'âge de la retraite d'une importante génération de baby boomers, ne trouvaient plus dans ces obligations les rendements suffisants : ils se sont massivement reportés sur d'autres produits de taux réputés être à faible volatilité. Les banques ont répondu à cette demande en développant la titrisation qui leur permettait de toucher des commissions d'intermédiaire sans mobiliser de fonds propres, ce qui leur permettait de dégager une rentabilité des capitaux investis exceptionnelle. Mais ce faisant le métier d'analyse de risque individuel a disparu au profit d'une autre approche, celle des agences de notation qui par construction sont très dépendantes du passé. Un coût de l'argent beaucoup trop bas et une mauvaise appréhension des risques ont produit un mélange détonnant.
Vous dédouanez donc la politique monétaire d'Alan Greenspan ?
Oui, car Alan Greenspan a relevé dix-sept fois les taux de juin 2004 à mai 2006 sans aucun résultat sur les taux longs. C'est plutôt son successeur qui a cessé de les relever beaucoup trop tôt, en juillet 2006, alors que la croissance du crédit hypothécaire continuait d'accélérer. L'erreur de Greenspan, qui avait bien vu les risques générés par l'explosion et la titrisation de ces prêts immobiliers, a plutôt été de croire qu'une mise en garde des banques serait suffisante pour qu'elles ralentissent l'octroi de crédits. Partant d'une intuition juste -le changement du monde est tel qu'aucun modèle ancien ne permettra plus de prévoir le monde futur -, il a fait une erreur de nature philosophique: l' "homo economicus" étant, pour lui, rationnel par nature, mieux vaut laisser aux opérateurs de marché le soin de trouver les nouvelles règles. Cette vision très optimiste de l'homme sera démentie lorsque Chuck Price, Président de City déclarera "Tant que la musique joue, il faut se lever et danser".
Mais des éclatements de bulle, il y en a eu d'autres. Comment expliquez vous que l'éclatement de celle-ci ait provoqué tant de ravages ?
Pour deux raisons. D'abord, la modification des règles comptables à partir de 2002, date à partir de laquelle les entreprises ont du comptabiliser leurs actifs à leur valeur de marché, a décuplé les pertes de façon spectaculaire: pour une même perte de sous-jacent, le système comptable "marked to market" a généré dans certains cas neuf fois plus de provisions que dans les systèmes précédents. Ensuite, les exigences prudentielles de fonds propres des banques en fonction de la notation des actifs par les agences, mis en place par la réglementation de Basle II, a là aussi multiplié par 4 les besoins de fonds propres quand les actifs étaient "deratés". Avec des exigences pareilles, aucun système financier au monde n'aurait résisté à une récession de cette ampleur. En clair, les systèmes comptables et prudentiels ont transformé un éclatement de bulle classique en un véritable tsunami financier.
Pourtant, si les marchés financiers se sont bloqués, avec une réaction allant bien au-delà de l'effondrement des cours, c'est bien qu'il y a structurellement quelque chose de pervers dans ces marchés financiers ?
La théorie libérale hayekienne sous tend que la supériorité du marché sur tous les autres systèmes tient à ce que le prix sur un marché libre exprime la synthèse parfaite de toutes les informations en circulation. Cette crise a montré qu'une trop grande financiarisation pouvait entraîner une déconnection importante entre prix de marché d'instruments financiers et valeur réelle des sous jacents aussi bien à la hausse qu'à la baisse. Si les prix de marché n'envoient plus de messages pertinents aux agents économiques, cela, indéniablement pose un problème.
Dès lors, les réponses apportés par les responsables politiques pourront-elles changer cet état de fait ? Est-il raisonnable d'attendre un monde nouveau de cette crise ?
Non, la formation des bulles est consubstantielle à l'économie d'innovation, c'est sa contrepartie naturelle. Une régulation qui espérerait empêcher l'euphorie venant naturellement avec l'innovation serait, comme l'a expliqué Galbraith, inapplicable. Il n'y a donc pas de système pour empêcher les bulles. La seule manière de s'en protéger ? Adopter un comportement personnel "sage". La difficulté pour les gérants c'est qu'il ne faut pas avoir raison trop tôt, en dénonçant la formation d'une bulle, car si la hausse continue au-delà de 12 mois par exemple, les clients n'acceptent jamais de ne pas gagner d'argent quand les autres en gagnent. Et finissent immanquablement par quitter le gérant porteur de mauvaises nouvelles. On touche bien au cœur de la nature humaine, mue par l'appât du gain et donc la peur de passer à côté d'un profit: c'est le moteur de toutes les bulles, celle là comme les précédentes. Si on veut l'empêcher, on empêchera l'initiative.
Aucune leçon ne pourra donc être tirée de la crise ?
Fondamentalement aucune. On pourrait creuser la voie de la responsabilisation financière des dirigeants des établissements financiers. L'addition du statut de Société Anonyme et de stocks options aboutit certainement à favoriser des prises de risques exagérées qui seraient limitées s'il y avait un meilleur équilibre entre avantages patrimoniaux et risques patrimoniaux. Peut-être les établissements financiers devraient avoir des formes se rapprochant des commandites. Mais je ne me fais pas beaucoup d'illusions...Et d'ailleurs le monde ne va pas changer beaucoup. Néanmoins on peut penser que le grand mouvement initié par la révolution libérale de l'ère Reagan et Thatcher a atteint un point extrême. Nous n'allons pas manquer de connaître un effet de balancier dans l'autre sens, dans lequel la part de la valeur ajoutée revenant aux salariés et à des bénéficiaires extérieurs (environnement etc.) va progresser au détriment de celle restant aux actionnaires ou/et aux dirigeants. L'idée de création de valeur pour l'actionnaire ne va plus avoir la popularité d'hier et l'histoire montre que l'économie suit toujours l'idéologie.
propos recueillis par Valérie Segond
trafficdebilan a écrit le 04/08/2009 à 18:09 :
GENIAL ET TRAGIQUE : LES ANGLAIS DELOCALISENT MEME LEURS FONCTIONNAIRES !! du 3 au 5 Août 2009 : La crise est telle que l'équipe de Brown a encore eu une idée géniale: délocaliser certains emplois d'Etat en... Inde ! Pourquoi payer 2000 livres par mois un fonctionnaire quand on peut payer le même à 25 euros par mois, puisque tout son travail consiste à répondre simplement au téléphone ! J'avais vu cette info, et l'un de nos lecteurs me l'a rappelée car je l'avais oubliée ! C'est un scoop du Times de Londres signé Jill Sherman et les syndicats sont restés "scotchés" par un tel cynisme ! "Plus de 500 fonctionnaires sur 1300 devront partir dans les 18 mois pour sauver 45 millions de livres" écrit Jill Sherman. Super: et si nous on délocalisait les vampires de l'URSSAF et du Mederic en Roumanie à 300 lei par mois. D'ailleurs je propose qu'on délocalise tous les organismes de cotisations sociales en Roumanie, et que celles-ci soient indexées sur le niveau de vie roumain. Les Anglais innovent, et les autres pays finissent toujours par suivre. Mais que font les syndicats ? Pour le moment rien. Bref, ensuite on délocalise la police, les pompiers, les militaires, les fonctionnaires de la sécurité sociale, etc. en Roumaine. Comme ça, quand vous appelerez les pompiers, ils viendront de Roumanie. C'est beau le progrès social. Mais regardez ce chiffre: le contribuable anglais et la Banque d'Angleterre ont sorti 1,227 trillard de livres pour sauver les banquiers, lien article Telegraph. Les petits salaires, eux, on a qu'a les délocaliser en Inde. Quel cynisme, mais quel cynisme... Revue de Presse par Pierre Jovanovic Comment se fait-il que goldman Sachs ait en charge les bons du tresor ? L'nnovation s'appelle l'arnaque dont Mr Paulson est un artisan zelé
trafficdebilan a écrit le 04/08/2009 à 18:09 :
Comment se fait-il qe Goldman sachs ait en charge les bons du tresor americain ???
greaty a écrit le 03/08/2009 à 14:12 :
Bon article par sa lucidité et la pertinence de ses analyses.Petite explication sur l'ingeniérie financiere si importante dans les pays anglos-saxons;les subprimes ont étés tres juteux"avant" l'explosion de la bulle immobiliere aux usa,pourquoi?Parce que depuis 1945,l'immobillier n'a jamais baissé aux etats-unis ,et que le risque qu'il en soit ainsi était considéré comme trés faible par les analystes financiers.Donc les banques avaient la casi certitude de recuperer leurs mises avec bonnus plus ou moins partagés avec les emprunteurs, avec en plus les mensualités des mois et des années passés ,tout cela rentabilisait fortement l'opération,malgrés quelques défaillances ici ou là et un risque d'apparition de bulle qui faisant envoler le prix des maisons "pourrait" conduire à une perte lors de la revente apres saisi puisque ce sont des prets hypothéqueres.Donc on titritise melangeant ce produit risqué comme d'autres d'ailleurs ,avec des valeurs plus sures ,cet empaquetage en couches multiples et presentent bien en surface a caché aux investisseurs les risques qu'ils prennaient en les achetant.La bulle explosant,le prix des maisons a diminués de moitié par rapport à l'argent prété par les banques ,la réglementation de balle ll obligeant celles-ci à marquer dans leurs bilans la valeurs réelle des actifs au moment ou celui-ci est établi.100000 dollars perdus par operation multiplié par un certain nombre de millions d'americains ,cela fait à peu pres les chiffres ennonçés.Mais pourquoi les subprimes pouvaient payer à un moment donné et pas à un autre.La progressivité des taux et des mensualités ?,ou plutot une baisse de leurs revenus lié à un ralentissement de l'activité, les periodes économiques fastes generant un surplus de travail donc d'heures sup tout cela leur faisant croire que cela aller durer ,considerant ce nouveau salaire allechant comme leur salaire normal, et tombant de haut lorsque l'activité et donc le salaire reviennent à la normale.Si vous ajoutez une progression faible de ceux-ci,une progression forte des mensualités voire du chomage technique en cas de recession économique,on comprend que de millions de menages puissent etre étranglés.L'illusion de salaire construit en parti sur des heures sup peut conduire à tout ça,meme en france ou les banques prennent plus de précautions (mnsualité maxi le tiers du revenu) mais controle celui-ci sur les derniers bulletins de salaire ou l'avis d'imposition ce qui revient au meme),le piege est identique sauf pour la valeur hypothécaire de la maison.Faut etre prudent il y a eu dans le passé des situation similaires d'emprunteurs en france avec casi blocage des salaires et forte progression des mensualités,mais les banques rassurez- vous n'ont perdu qu' à la marge,obligation leur à été faite de renegoçier,mais elles etaient toutes nationnalisées à cette époque il n'est pas sur que cela marcherait comme ça maintenent.
Chouette12 a écrit le 28/07/2009 à 18:47 :
Merci pour ces explications très claires des mécanismes de la crise financière. On peut s'interroger cependant sur ses liens avec l'économie réelle. Pourquoi en particulier tant d'insolvables ayant besoin de s'endetter pour acheter leurs maisons dans les pays développés ? La croissance du crédit ne pallie-t-elle pas une insuffisance de la demande, elle-même liée à la compression des salaires ?
Laissons faire ! a écrit le 15/07/2009 à 15:02 :
Oui, laissons faire en continuant de déréguler le problème que vous appelez si joliment "innovation" financière. Et quand le système économique sera définitivement mis à terre par ce comportement irresponsable des milieux financiers, continuerez-vous à penser que c'est un progrès ?
Dominique a écrit le 15/07/2009 à 13:27 :
Comment peut-on sérieusement considérer que la "bulle" de l'immobilier américain est la contrepartie naturelle d'une innovation ? La crise actuelle est le résultat de transgressions majeures : d'abord aux principes du crédit (prêter à des insolvables en considération de la seule valeur d'actifs qu'on leur faisait acheter : cette transgression fut dénoncé en Grèce il y a 27 siècles par Solon puis à Rome il y a 26 siècles par les "Decemvir") , puis aux principes régissant la liquidité : il faut toujours disposer d'actifs disponibles pour faire face à ses passifs exigibles ; à cet égard comment pouvait-on sérieusement penser que l'on pouvait assurer éternellement le refinancement de billets à 3 mois adossés à des actifs sous jacents à long terme dès lors que ces actifs étaient compromis : l'hallucinante bêtise de Chuck Prince qui confondait, alors qu'il était président du premier groupe bancaire mondial, liquidité monétaire,liquidité des actifs et liquidité de marché, n'est pas de nature à rassurer sur la compétence des dirigeants des grandes entreprises, transgression enfin des principes régissant la liberté du commerce mondiale, puisque le "global saving glut" qui a engorgé à partir de 2004 le système financier US de dollars privant d'effets tous les efforts de Greenspan pour arrêter l'emballement du crédit à bon marché (et que, soit dit en passant, A. Greenspan n'a pas compris puisqu'il l'a qualifié d'énigme)avait pour cause essentielle la politique monétaire de la Chine qui pour assurer à son économie un véritable protectionnisme monétaire a empêché le yuan de s'apprécier en conservant des phénoménales réserves de change (1900 milliards d'USD, soit 16% d'un pib annuel américain dont plus de 450 milliards d'USD - + de 3,5% du PIB US - pour la seule année 2007)
CMY a écrit le 15/07/2009 à 13:26 :
Un excellent article que je ne manquerai pas à recommander aux novices de la crise financière, Je trouve M de Scitivaux pessimiste, des hommes d'un tel tallent ne doivent pas qu'être qu'observateur, et narrateur de l'histoire économique du passé; Un lecteur comme moi, ne peut qu'être désespéré en lisant cet article : En gros pas de solution laissons le marché l'autorégulater à l'instar de Greespan!
TRADER a écrit le 15/07/2009 à 13:25 :
Enfin un économiste qui a tout compris !
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