La Tribune

"La sortie de crise relève plus de l'art que de la science"

Propos recueillis par Philippe Mabille  |   -  792  mots
La chaire Banque de France de Paris School of Economics organise à la fin de la semaine, au Palais Brongniart, une conférence en partenariat avec le FMI sur la crise financière. Trente chercheurs français et américains y ont dévoilé des travaux inédits sur la mutation en cours des interactions entre les grandes économies. François Bourguignon fait le point sur les dangers de la sortie de crise.

Les économistes ont-ils désormais les idées claires sur les causes réelles de la crise ?

On sait aujourd'hui beaucoup de choses. Mais de la même façon que quatre-vingts ans après on étudie encore la Grande Dépression des années 1930, les économistes travailleront sans doute longtemps sur celle de 2008-2009. Les uns disent : le problème majeur vient des grands déséquilibres macroéconomiques mondiaux. La question de l'excès d'épargne des pays émergents, qui a permis les déficits excessifs des Etats-Unis, est apparue en 2003-2004. Ce ne peut être l'explication unique. Il y a aussi l'excès de liquidité monétaire dû à la très forte réaction de la banque centrale américaine après l'éclatement de la bulle Internet en 2000 et les attentats du 11 septembre 2001. Autre explication avancée, la dérégulation, ou plutôt l'absence de régulation, d'une partie de la finance moderne, qui a conduit au développement hypertrophié de produits complexes, dont les risques étaient mal maîtrisés. C'est la conjonction de ces causes, la superposition de ces phénomènes qui a fait que cette crise a été aussi violente. Fin 2006, beaucoup d'économistes - j'en ai fait partie -, ont averti d'un risque de correction lié au renversement de tendance de l'immobilier résidentiel américain, visible à partir de l'été 2006. On sentait venir l'éclatement de cette bulle, mais pas son ampleur.

A-t-on apporté des réponses adaptées à la situation ?

Oui, dans l'urgence de l'action, le monde a su absorber le choc financier et le choc économique, grâce au soutien massif, monétaire et financier, des banques centrales et des Etats. L'assèchement de la liquidité a été jugulé et on a évité que la crise soit aussi grave que celle de 1929. Il y avait le feu et on a sorti les lances à incendie. La question, désormais, est plutôt de savoir si le monde développé est capable de revenir à un système stabilisé sans dangers pour la croissance. Comment va-t-on revenir à une situation normale, sans à-coups ? Cela reste la grande inconnue.

La science économique est-elle en mesure d'apporter la solution ?

La gestion de la sortie de crise relève plus de l'art que de la science. On sait bien ce qu'il faudrait faire : résorber les déficits et l'endettement énorme nés de la crise pour rassurer les épargnants et les contribuables. Mais à quel moment le faire ? C'est toute la difficulté. L'économiste sait dire qu'il y a des déséquilibres, qu'un régime de croissance n'est pas soutenable. Mais ne lui demandez pas de dire à quel moment agir, car on se trouve alors confronté au phénomène de la formation des anticipations, qu'il est impossible de prévoir avec certitude. Il faut du doigté et de l'intuition, qui sont le domaine de la politique. Par exemple, si un pays veut réduire ses déficits budgétaires trop vite, trop tôt, dans la phase de reprise, il risque d'entretenir des anticipations négatives sur l'investissement, et donc de provoquer la rechute de l'activité. C'est le scénario du W ou du double plongeon, qu'il faut essayer d'éviter. Si on agit à contre-courant des anticipations, on va les modifier. Les banques centrales sont confrontées au même dilemme pour normaliser la politique monétaire. Le timing sera là aussi très délicat. La Fed et la BCE sont d'accord pour dire que ce n'est pas encore le moment de relever les taux d'intérêt. En tout état de cause, je ne crois pas à un danger sérieux d'inflation, parce que les banques centrales sont rodées et bien équipées pour le maîtriser. Le risque est plutôt dans le sens d'une rechute que d'un emballement.

Pour s'en sortir, il faudra donc une très bonne coordination mondiale ?

Le rôle du G20 est essentiel. Au sein des pays développés, la question cruciale est celle du réglage du timing, qui n'est pas forcément le même pour tous. Mais la difficulté principale me semble surtout être du côté des pays émergents. Le problème de l'épargne chinoise excessive demeure, et le débat porte sur la nécessaire réévaluation du yuan et la réorientation de la politique économique vers le marché intérieur. Par ailleurs, il y a eu, dès la fin 2009, un formidable afflux de capitaux vers les marchés émergents, dont les Bourses connaissent ce qui commence à ressembler à une nouvelle bulle. Le G20 est donc plus pertinent que jamais pour agir comme levier pour régler des problèmes qui sont plus géopolitiques que seulement économiques.

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Commentaires

André Virasolvy  a écrit le 15/02/2010 à 15:46 :

Comment sortir de la crise ?
L'entreprise capitaliste est fondée sur l'inégalité des droits entre deux catégories d'individus qui la composent.
En premier, nous avons les propriétaires actionnaires qui nomment des dirigeants pour la gérer dans leurs seuls intérêts et d'obtenir un maximum de profits, ce qui est le principal but de l'état d'esprit capitaliste.
En second, pour que l'entreprise devienne productive, les dirigeants embauchent des salariés qui la font fonctionner et prospérer en échange de salaires dérisoires.

De ce fait, à cause des droits inégaux institués dans l'entreprise, les conflits d'intérêts permanents entre les dirigeants exploiteurs et les salariés exploités entraînent une mauvaise répartition continuelle de l'argent qui provient essentiellement de la vente des produits du travail des salariés. C'est en raison de cette mauvaise répartition de l'argent dans l'entreprise, là où les salariés produisent les richesses par leur travail, que le monde va mal et qu'il ira de plus en plus mal, tant que le monde du capital détiendra le droit d'exercer une domination sans limite sur le monde du travail.

Lorsque les effectifs progressent dans une entreprise, cela signifie que l'entreprise vend ce qu'elle produit, mais la progression des ventes ne provient pas du directeur patron, représentant les propriétaires, mais essentiellement de l'ensemble des salariés, commerciaux, ingénieurs, techniciens, cadres, ouvriers, etc, qui savent vendre de bons produits réalisés par des travailleurs qualifiés. Il est évident que l'équilibre entre les ventes et les achats des produits du travail ne peut être obtenu qu'à la condition qu'en tant que consommateurs, les salariés reçoivent une somme de pouvoir d'achat comparable à la somme des résultats des ventes qui doit logiquement leur revenir. Si les acheteurs salariés reçoivent un pouvoir d'achat continuellement inférieur à leur part logique sur les résultats des ventes, il y a progression d'un déséquilibre structurel qui deviendra ingérable.

Pour réaliser les produits à vendre, les salariés sont rétribués par des salaires inégaux justifiés en fonction du métier, des compétences et des responsabilités de chacun d'entre eux. À cause des droits inégaux institués dans l'entreprise par les pouvoirs politiques, si un salarié tout seul se réclame d'un droit légitime sur les résultats du travail collectif, aucun dirigeant ne l'écoutera. Par contre, pour dépasser la crise économique, lorsqu'un certain nombre de salariés décideront de s'organiser pour revendiquer et obtenir l'égalité des droits sur les résultats des ventes de leur travail collectif, non seulement la mauvaise répartition de l'argent deviendra évidente, mais de plus, les salariés comprendront que l'argent détient les facultés de se créer en fonction de la production des richesses par leur travail. Plus les productions s'accroissent en quantité, diversité et prix de vente, plus il y a création systématique d'argent et l'économie est en croissance. Dès qu'il y a un manque d'argent trop important dans les circuits économiques, cette phase de croissance se ralentit d'elle- même, puisque les entreprises ne parviennent plus à vendre la totalité des produits du travail. Le capitalisme est parvenu à surmonter cette première étape dans la crise du capitalisme en ayant recours au crédit. Au début, la consommation à crédit laisse croire qu'il y a prospérité puisque les salariés peuvent acquérir les biens qui améliorent leurs conditions d'existence, sans se soucier de leurs dettes, et qu'il y a croissance des productions, mais ce n'est qu'une illusion, car la dette, il faut la rembourser avec des intérêts en plus.

Dés qu'il est créé, par les produits du travail dans l'entreprise, l'argent circule, mais il ne peut pas disparaître et il se trouve forcément quelque part. Tout le monde sait qu'il s'accumule dans la finance, et se raréfie dans l'économie, mais aucun personnage politique ne peut dénoncer et s'opposer à cette dangereuse anomalie, puisque le but inavoué de tout politicien est d'accéder à une fonction qui lui permettra d'exercer des droits inégaux. En raison de la création systématique d'argent, par le travail, il y a énormément d'argent, et beaucoup plus qu'il n'en faut pour faire fonctionner correctement l'économie, car pour assurer un pouvoir d'achat de 100 euros en moyenne par jour, pour une population de 70 millions de personnes, il faut 7 milliards en circulation permanente. À lui tout seul, un gros milliardaire en possède beaucoup plus.

Il est incontestable que les acteurs du marché financier s'emploient à retirer l'argent de l'économie. En proposant continuellement des produits financiers, sous promesses qu'en plaçant leur argent en achetant leurs produits toxiques, ils vont gagner beaucoup d'argent, ils n'ont pas conscience qu'ils empoisonnent le monde. En réalité, les spéculateurs vont utiliser cet argent placé, pour jouer en bourse par la vente et l'achat de produits financiers de plus en plus complexes qu'ils finiront par ne plus savoir contrôler, et qui ne sont d'aucune utilité à notre existence. En effet, ce jeu consiste à produire uniquement de l'argent avec de l'argent par des jeux d'écriture sur des produits dérivés, mais cela n'entraîne aucune production de richesses valables. Le jeu du marché financier immobilise une masse d'argent de plus en plus importante qui disparaît de comptes pour apparaître d'en d'autres, sans que l'on sache quels sont les perdants et les gagnants, sauf pour les petits épargnants qui sont dépouillés de leurs économies, en raison de leur crédulité envers les banquiers.

Puisque les pouvoirs politiques ont accordé aux financiers le droit de faire le commerce de l'argent, nul ne peut interdire aux adeptes du marché financier de faire cadeau de leur argent aux banquiers, en mettant le monde entier en péril. De la même façon, nul ne peut également interdire aux salariés de réfléchir et de s'organiser pour dépasser l'ignorance sur le fonctionnement de l'économie et de proposer des actions salutaires. Il est facile de comprendre qu'aussi longtemps que la mauvaise répartition de l'argent subsistera dans l'entreprise, les salariés resteront condamnés à s'endetter pour consommer ce qu'ils produisent et la crise continuera en s'aggravant. Comme l'endettement ne peut pas se perpétuer indéfiniment, les salariés finiront par comprendre qu'ils doivent s'organiser eux-mêmes, dans leur entreprise, pour revendiquer la transformation des rapports socio-économiques, et obtenir l'égalité des droits sur les résultats de leur travail collectif. C'est seulement lorsque le rapport de force entre les bénéficiaires de l'inégalité des droits, et les partisans de l'égalité des droits sur les profits, sera significatif par un nombre croissant d'actions salutaires, qu'il deviendra possible de dépasser la crise et d'en sortir. Les pouvoirs politiques seront alors dans l'obligation d'ouvrir des négociations pour obtenir une juste et équitable répartition de l'argent dans l'entreprise, là où il se crée en retrouvant sa véritable valeur par la production des produits, des services et des biens dont nous avons besoins pour vivre dignement. Voir http://www.egalitedesdroits.info
André Virasolvy

alain  a écrit le 29/01/2010 à 9:13 :

Pourquoi ne pas donner l'heure et le lieu de ce genre d'événement ?