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"Aujourd'hui, tous les Américains veulent travailler dans la banque"

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Propos recueillis par Jérôme Marin, à New York  |   -  1192  mots
Même si le taux de chômage est reparti à la baisse aux Etats-Unis, il faudra encore beaucoup de temps avant de regagner tous les emplois perdus pendant la dernière récession. Mais, selon le patron de Michael Page International aux Etat-Unis, les recrutements se multiplient dans la finance. Et les salaires s'envolent !

Ces derniers mois, la situation sur le marché de l'emploi semble s'améliorer aux États-Unis. Peut-on parler d'une véritable reprise ?

On constate en effet une amélioration, avec des secteurs qui sont en train de recruter. Cela contribue à l'instauration d'un sentiment positif sur l'économie américaine. Mais si le rythme de créations d'emplois est bien meilleur qu'il ne l'a jamais été depuis deux ans, il reste encore trop lent pour parler d'une véritable reprise. À ce rythme-là - 200.000 créations par mois - il faudrait attendre 2019 pour regagner tous les postes perdus pendant la crise. Le taux de chômage va continuer mécaniquement à baisser, également parce que de nombreuses personnes découragées continuent de sortir de la population active. Il faudra cependant encore beaucoup de temps avant de se rapprocher de la situation d'avant la criseet d'un taux de chômage de 5%.

Justement, des économistes estiment que la crise a eu des conséquences structurelles qui rendent désormais impossible de revenir vers le plein emploi...

Il y a eu en effet un transfert important de la production manufacturière américaine vers l'Asie et l'Amérique latine. Il existe toujours une industrie forte aux États-Unis mais beaucoup d'emplois manufacturiers ont disparu pendant la crise et ne reviendront pas. Cela pose problème pour toute une population très peu qualifiée, qui peine à trouver du travail lorsque l'économie bascule vers les services. Leur taux d'emploi est donc extrêmement faible. La vraie révolution sur le marché du travail se situe aujourd'hui dans le manque d'adéquation entre cette main-d'oeuvre peu qualifiée et les besoins des entreprises. Il est difficile d'y remédier, notamment parce que l'enseignement supérieur est globalement réservé à ceux qui peuvent se le payer.

Il y a au contraire des secteurs où les salaires augmentent. Pourquoi ?

Les salaires ont fortement augmenté ces derniers mois dans le secteur de la banque ou de la high-tech. Mais surtout pour les personnes les plus qualifiées. Pour les cadres, on est aujourd'hui quasiment dans une situation de plein emploi, avec un taux de chômage de 4,4% pour les « college graduates » [diplômés de l'enseignement supérieur, Ndlr]. Le marché du recrutement est donc très actif, ce qui entraîne une surenchère au niveau salarial. Pendant deux ans, cette compétition s'était calmée parce que les Américains prenaient moins de risque et changeaient moins souvent d'emploi. Ce mouvement s'est accéléré d'autant plus fortement que ces salariés ont emmagasiné pendant deux ans une certaine frustration. Cela crée mécaniquement une augmentation des rémunérations.

Comment se portent les recrutements sur le secteur financier ? Constatez-vous une modification des pratiques de rémunération ?

Depuis septembre 2009, on assiste à une nette reprise des recrutements dans les grandes banques américaines et étrangères présentes aux États-Unis. Certaines évoluent quasiment en flux tendu et ont besoin de personnel qualifié. Il y a donc beaucoup de postes ouverts avec des salaires qui ont tendance à augmenter. Les banques sont plus généreuses sur le fixe - notre salaire moyen de recrutement est compris entre 100.000 et 150.000 dollars par an. Mais elles sont aussi plus floues sur l'attribution du variable.

La finance reste-t-elle le secteur qui paie le mieux ?

Depuis dix ans, tous les Américains veulent travailler dans la banque parce que c'est là qu'il y a les plus gros salaires. Et c'est toujours le cas aujourd'hui. Il y a eu un léger revirement pendant deux ans sur l'administration publique après l'arrivée de Barack Obama, qui a recruté des gens très qualifiés à l'extérieur. Mais maintenant, toutes les embauches sont gelées et l'attrait pour les programmes universitaires préparant à une carrière dans l'administration est retombé. Même s'il y a des secteurs à la mode, il n'y a pas encore de nouvel eldorado. Les polémiques sur Wall Street n'ont pas affecté son pouvoir d'attraction sur les jeunes diplômés.

Avec la reprise des embauches, notamment au niveau cadres, votre activité a-t-elle retrouvé ses niveaux d'avant-crise ?

Nous sommes en train d'y revenir mais il existe des disparités géographiques. Dans certains pays, notamment en Asie et en Amérique latine, nous les avons largement dépassés. Aux États-Unis, nous ne les avons pas encore atteints car le marché a plus souffert qu'ailleurs, mais notre croissance est soutenue. La moitié des grandes entreprises américaines privilégient toujours le recrutement en direct, avant de s'adresser à un cabinet. Mais pour les petites entreprises, il est plus difficile d'attirer des talents en raison de leur déficit de notoriété. Et aujourd'hui, la différence ne se fait plus sur les processus de production ou sur les systèmes informatiques. Elle se fait sur les talents. L'humain prime désormais sur la technologie.

L'émergence des réseaux sociaux professionnels, comme Linkedin, vous fait-elle de l'ombre ?

Non. Notre activité continue de s'accroître quel que soit le moyen d'identification des candidats. Linkedin est un outil supplémentaire mais une entreprise a toujours besoin que nous appelions 50 candidats, que nous en rencontrions 20 et que nous lui présentions les 3 ou 4 meilleurs prétendants pour le poste. C'est comme cela qu'elle peut gagner du temps. Il y a 100 millions d'utilisateurs sur Linkedin : le volume tue donc la qualité. De plus, ce qui intéresse souvent les sociétés, ce sont les personnes qui ne sont pas en recherche active. Elles ne sont pas forcément sur Linkedin ou sur Monster. Mais elles sont dans nos bases de données, parce que nous les suivons depuis plusieurs années. Avec Internet, vous n'avez accès qu'à une partie des candidats.

Barack Obama a effectué début mars son premier voyage officiel en Amérique latine. Les États-Unis semblent redécouvrir cette région. Quel est son potentiel ?

Il est très important, surtout au Brésil. C'est un pays de 200 millions d'habitants avec d'importantes ressources naturelles. La population parle assez bien anglais, elle est bien formée, intelligente et travailleuse. Dans nos bureaux brésiliens, nous sommes obligés de mettre une heure de fermeture pour obliger nos employés à partir. Il y a un vrai appétit pour le développement et pour arriver au même niveau que les États-Unis. Quand nous sommes arrivés au Brésil en 1999, beaucoup de Brésiliens voulaient venir travailler aux États-Unis ou en Europe. Aujourd'hui, c'est fini. Il y a tellement d'exemples de réussite, tellement d'opportunités de développement qu'ils veulent rester, même après avoir effectué leurs études à l'étranger.

Et dans les autres pays ?

Le potentiel est moindre en Argentine ou au Chili qu'au Brésil, même si la croissance économique y est également importante. L'autre pays que nous voyons aujourd'hui émerger, c'est la Colombie, un pays qui a sans doute les employés les mieux formés d'Amérique du Sud, remarquablement intelligents et très travailleurs. Reste le Mexique, qui est rongé par ses problèmes de criminalité et de drogue. Malgré tout, son potentiel est important.

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Commentaires

loukis  a écrit le 01/05/2011 à 16:10 :

ça me fait penser au scketche sur les syndicats de coluche... "Aie Aie Aie !!! tient salus Roger tu travaille dans la police maintenant"...

pieds sur terre  a écrit le 30/04/2011 à 8:35 :

si je comprend bien il vont avoir besoin de personnel pour faire leur sale boulot, il y a de la main d'oeuvre disponible qui arrive en masse en Italie et en France, ils devraient les recruter!

Racisme  a répondu le 30/04/2011 à 12:18:

Votre commentaire semble purement raciste, si vous faites référence aux maghrébins sensés arriver suite aux révolutions récentes. Mais vous oubliez que le "sale boulot" des banques a été fait en quasi totalité par des européens et américains blancs. Votre commentaire aurait dû être bloqué par les modérateurs de la Tribune.

Why ?  a répondu le 30/04/2011 à 21:01:

Pas du tout, ce n'est qu'une réalité. Le "sale" boulot est réalisé par des personnes non qualifiées. Ce qui me gêne plus c'est de parler de "sale" boulot alors qu'il permet de nourrir des familles. L'automatisation des "sales" boulots a mis au chômage de nombreuses personnes avec tout ce que cela implique comme galère. N'oubliez pas, tout le monde ne peut pas être INGENIEUR, il faut du boulot pour tout le monde !!

Non  a répondu le 01/05/2011 à 12:59:

Nous ne sommes visiblement pas du tout d'accord. Le "sale boulot" des banques a été fait par des gens très qualifiés, avec des diplômes d'ingénieurs, de commerciaux, d'avocat, etc : ce sont eux qui ont créé les produits "toxiques" autrefois appelés "produits structurés" ou "complexes", cela demandait des compétences, qui étaient utilisées pour "justifier" le salaire énorme de ces financiers. Et ce "sale boulot" a été fait par des gens "bien sous tous rapports" : issus de bonnes familles, très diplomés, bien habillés, etc, mais totalement malhonnêtes. Regardez les principaux accusés : Madoff, Richard Fuld, Kerviel, etc : tous issus de bonnes familles et diplômés.

Eh oui  a écrit le 29/04/2011 à 20:34 :

Je suis moi même responsable d'un diplôme de mathématiques. Et je constate en effet que la principale motivation des étudiants est de travailler, par la suite, dans la finance ou les assurances. En gros le raisonnement semble le suivant : c'est un secteur où les salaires sont énormes par rapport au niveau demandé et aux efforts fournis; et si l'on fait de grosses erreurs et si la banque coule, ce n'est pas grave, car les gouvernements et les banques centrales viendront sauver la banque qui pourra continuer de distribuer de gros bonus. Cette situation est catastrophique, car le système bancaire aspire une grande quantité d'étudiants de très bon niveau, qui seraient beaucoup plus utiles à faire de la recherche, du développement, etc, plutôt que de faire des conneries dans des banques et dans un système bancaire dont le moins qu'on puisse dire est qu'il a prouvé, dans un passé récent, son inefficacité totale.

Rutabaga  a répondu le 30/04/2011 à 7:40:

Je ne suis pas sûr qu'ils seraient utile ailleurs non plus si on regarde un domaine extrèmement consommateur de talents comme la cryptographie, depuis 20 ans on va de déboires sociétaux en déboires sociétaux à cause de techniques mathématiques présentées comme étant imparable. Peut-être il y a t-il une leçon plus vaste qui serait que la vision que le non spécialiste a de l'expert en mathématique et la vision que l'expert en mathématique se plait à donner, est disproportionné par rapport à l'intérêt ou l'avantage que la société peut en retirer pourrait en retirer.

Délirant  a répondu le 30/04/2011 à 12:14:

Vous racontez n'importe quoi. La cryptographie n'a causé aucun "déboire sociétal". Et les mathématiques ont un énorme impact sur beaucoup de sciences et de technologies, par exemple la compression de données (JPEG etc) et tous ce qui contient de l'informatique et de grosses quantités de données, la météo, l'étude des séismes, les applications en physique, le décryptage de l'ADN, etc. Et Google et leurs concurrents, indispensables aujourd'hui, sont entièrement basés sur des mathématiques poussées (convergence vers la loi stationnaire de chaines de Markov, théorème de Perron Frobenius etc).

Rutabaga  a répondu le 01/05/2011 à 7:46:

je ne suis pas sûr que vous soyez un spécialiste de tous les domaines dont vous parler. En tout cas dire que Jpeg doit énormément aux mathématiques est une bonne farce, l'informatique en général ne fait pas appel aux mathématiques et même l'algorithmique y est de plus en plus ignorée. Pour ce qui est de Google, les papiers scientifiques de Google sont accessibles, j'en ai lu une partie, tous comme la plupart des papiers sur l'informatique il y a un fort aspect pragmatique car à la fois il s'agit de déchiffrer des aspects complètement nouveaux et aussi d'obtenir des résultats. Pour ce qui est de la cryptographie, combien d'argent à été perdu par ce qu'on a eu une croyance aveugle dans les mathématiques? C'est colossal. Combien de données ont été mises dans des mains qui n'avaient pas à les avoir? Il n'y a pas une seule méthode de cryptographie qui a tenue ses promesses. On aurait meilleur eu temps à investir sur la philosophie que sur les mathématique en tout cas au niveau des entreprises, comme le fait justement Google.

Rectifications  a répondu le 01/05/2011 à 13:07:

1) Le Jpeg 2000 est basé sur les ondelettes, technologie mathématique récente, ce que vous semblez ignorer. 2) Tout cryptage est cassable, ce que personne n'a jamais contesté, et mieux vaut une protection imparfaite que ps de protection du tout, là est la force de la cryptographie. La cryptographie a certes fait perdre de l'argent à certains, mais elle a eu d'énorme avantages et permis d'énormes bénéfices à d'autres. Parler des inconvénients en oubliant ces énormes bénéfices est de la malhonnêteté intellectuelle.

Farce  a répondu le 01/05/2011 à 13:10:

D'ailleurs la plupart des informaticiens de haut niveau ont à la base une formation de mathématiques; croire que l'on peut faire de l'informatique de bon niveau sans utiliser de mathématiques, voilà ce qui est une farce. D'ailleurs les ordinateurs ont été inventés par des mathématiciens.

lolita  a écrit le 29/04/2011 à 12:06 :

devrais-je m'expatrier?

Trader  a écrit le 29/04/2011 à 12:05 :

Chouette , ça repart !

Déprime  a répondu le 10/05/2011 à 1:23:

Mouais ... Comme en 14, ou comme en 29 ?

Flo  a écrit le 29/04/2011 à 12:03 :

Qui est ce monsieur "Alexis de Bretteville" ? L'article ne le precise pas.

Yoann  a répondu le 29/04/2011 à 12:35:

C'est le Patron de Michael Page USA.
Tout est sur son site internet : http://alexisdebretteville.com/