Le palmarès des patrons du CAC 40 les mieux payés en 2014

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(Crédits : reuters.com)
En exclusivité pour La Tribune, voici l'étude réalisée par Facta, plateforme spécialisée dans la collecte de données, la vérification des faits (fact checking) et le journalisme de données (data journalism).

Les rémunérations globales des dirigeants des entreprises du CAC 40 ont sensiblement augmenté en 2014. Elles atteignent le chiffre vertigineux de 153 millions d'euros, en hausse de 10,1% par rapport à 2013. Sur un périmètre strictement comparable (mêmes entreprises et mêmes dirigeants sur l'ensemble de l'exercice, soit 33 sociétés), cette hausse est à peu près du même ordre, de 8,2%. Mais parmi les différentes composantes des rémunérations, les évolutions ne sont pas similaires.

Une hausse de 10 % des packages due à l'augmentation des attributions d'actions et d'options

L'augmentation est plus modérée s'agissant des rémunérations fixes, souvent stables d'un exercice sur l'autre, et même des rémunérations variables. Pour ces deux composantes réunies, la hausse est de seulement 5,2% en 2014 (3,1% sur le périmètre strictement comparable). On note toutefois la multiplication de formules de rémunérations variables « pluri-annuelles », parfois rattachées au moins pour partie à la variation du cours des actions. Ces rémunérations peuvent atteindre des montants élevés, comme chez Axa, Danone ou Renault.

Toutefois, le véritable vecteur de l'augmentation des rémunérations en 2014 aura été les attributions d'actions et d'options, qui ont gonflé de 19,6% sur un an (19,8% sur un périmètre strictement comparable). Il semblerait que les entreprises aient d'une certaine façon anticipé le rebond boursier du début 2015, ces instruments étant d'autant plus intéressants à attribuer que les cours de bourse sont encore modérés. En revanche, les attributions d'actions effectuées en 2014 ne pourront pas bénéficier de l'allégement considérable de leur fiscalité prévu par la loi Macron, qui ne s'appliquera qu'aux décisions postérieures à la loi.

Une transparence et une comparabilité quasi totales

Les sociétés cotées de droit français sont de plus en plus transparentes en matière de rémunérations de leurs dirigeants. Elles suivent en cela, un peu contraintes, les recommandations précises édictées à la fois par l'AMF et dans le code Afep/Medef, et elles reprennent notamment le formalisme des tableaux récapitulatifs prévus à ce sujet. Il est donc loin le temps où il fallait aller, dans le meilleur des cas, chercher au fin fond des rapports annuels l'information précise sur ces rémunérations.

Quelques bémols néanmoins. Tout d'abord, les sociétés de droit étranger qui font partie du CAC 40 ne sont pas soumises à ce formalisme. Il serait opportun qu'elles décident d'elles-mêmes de s'y plier. Par ailleurs, il est regrettable que certaines entreprises essaient de dissocier les rémunérations variables pluri-annuelles de l'ensemble des rémunérations variables. Car même si leurs critères sont souvent, par construction, applicables à des situations à venir, elles ne présentent pas de différence de nature avec un variable annuel, qui dépend aussi de conditions de performance. L'information relative aux régimes de retraite à prestations définies est quant à elle encore insuffisante ou lacunaire : elle devrait être également normalisée et exhaustive.

Enfin, deux critiques spécifiques à formuler : chez Schneider, le dirigeant doit percevoir des montants très importants en compensation de sa renonciation à un régime de retraite à prestations définies. Mais ces montants ne figurent pas dans la description de ses différentes rémunérations. Chez Veolia, le PDG se voit attribuer des actions grâce à un nouveau mécanisme sans que soit donnée la valorisation de cette attribution.

Une relation assez nette entre la taille de l'entreprise et la rémunération globale

En croisant la taille de l'entreprise, exprimée par sa capitalisation boursière, et la rémunération globale des dirigeants (y compris la valeur des attributions d'options et d'actions), il apparaît une relation croissante assez nette entre les deux (voir graphique ci-dessous). Une relation d'ailleurs déjà évoquée par différentes études, comme celle des économistes Augustin Landier et Xavier Gabaix qui ont montré le lien direct entre les augmentations de la capitalisation d'une entreprise et de la rémunération de son dirigeant.

Une exception attendue au sein de l'échantillon concerne le cas spécifique d'EDF, où la rémunération du dirigeant a été fortement réduite sur application des règles décidées par l'actuel gouvernement pour les entreprises publiques. Parmi les rémunérations moins élevées que la relation visible sur le graphique devrait le suggérer, on trouve aussi Total, le « package » du dirigeant n'étant pas le plus élevé, loin s'en faut, malgré la capitalisation de la société ; ou encore BNP Paribas, où il n'y a toujours pas d'attribution d'actions ou d'options depuis la crise et les règles adoptées alors pour les banques. Dans l'autre sens, se signalent Gemalto et Renault, avec des rémunérations globales élevées au regard de la capitalisation boursière de ces entreprises.

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Entre rémunération du dirigeant et rendement pour l'actionnaire, une convergence plus ténue

Il est également intéressant de rapprocher la variation des rémunérations du dirigeant et le rendement global pour l'actionnaire une même année. Ce dernier indicateur est en effet le plus pertinent pour cet exercice, la variation du résultat net étant par exemple trop sujette à des éléments exceptionnels, à des effets de cycle ou à ceux propres aux règles comptables IFRS.

On distingue une relation un peu plus vague entre ces deux variations annuelles que pour le lien entre taille de l'entreprise et rémunération, et davantage d'exceptions. S'il y a un problème de comparabilité dans le cas d'Accor (le dirigeant n'était pas présent sur l'ensemble de l'année 2013), on trouve en revanche à nouveau Gemalto et surtout Renault comme déviant de la moyenne. Dans le cas du constructeur automobile, il est intéressant d'observer la position sur la rémunération (puisqu'il y a désormais « say on pay ») de l'Etat, qui est justement monté au capital en prévision de l'assemblée générale, a priori surtout pour y défendre ses droits de vote doubles. Alcatel-Lucent, Arcelor-Mittal et Bouygues voient aussi leurs dirigeants bénéficier d'augmentations sans que leur action ait enregistré un parcours aussi favorable. A contrario, chez LVMH, Valeo et surtout Orange, la rémunération globale du dirigeant aurait pu évoluer davantage à la hausse.

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En orange, des sociétés pour lesquelles la comparaison 2014/2013 est problématique (par exemple, changement de dirigeant).
La taille des cercles est proportionnelle au montant du package global du dirigeant.

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>>> La méthodologie de l'enquête

  • Sociétés

Nous avons pris en compte les sociétés du CAC 40 dans sa composition du 31 décembre 2014. En l'espèce, nous avons ainsi retenu Valéo, qui a remplacé Vallourec dans l'indice en cours d'année 2014. Mais aussi Gemalto, qui a été depuis remplacé par Peugeot en mars 2015.

  • Dirigeants

Le dirigeant étudié est le principal dirigeant exécutif de chaque groupe : président-directeur général, président du directoire, directeur général... Par ailleurs, en cas de fonction occupée seulement sur une partie de l'année 2014, nous avons retenu le dirigeant qui l'avait occupée le plus longtemps au cours de l'année : Franck Riboud chez Danone, Arnaud de Puyfontaine chez Vivendi (tous deux ayant par ailleurs été en fonction toute l'année à ce poste ou un autre dans leur société), Henri Proglio chez EDF, Christopher Viehbacher chez Sanofi et le défunt Christophe de Margerie chez Total.

  • Rémunérations

Les rémunérations prises en compte sont présentées selon les catégories prévues par le code Afep/Medef et l'AMF, lorsque cette information est disponible (presque toujours le cas pour les 36 sociétés de droit français de l'échantillon) : rémunération fixe due / versée, rémunération variable due / versée, jetons de présence, avantages en nature, valeur des options et actions attribuées.

Toutefois, pour les totalisations présentées, ne sont conservées que les rémunérations fixes et variables d'une part, les options et actions attribuées d'autre part. En effet, les avantages en nature sont par construction non pécuniaires tandis que les jetons de présence correspondent à une fonction précise et parfois distincte de la fonction exécutive, celle de membre d'un conseil. De plus, les pratiques divergent largement selon les entreprises à ce sujet, qu'il s'agisse du montant de ces jetons de présence ou de la renonciation à ces jetons par les mandataires sociaux, sans que cela se rattache spécifiquement à la rémunération des dirigeants. Ces montants, relativement faibles en comparaison des rémunérations, ont donc été écartés des totalisations présentées (mais figurent dans nos tableaux détaillés).

S'agissant des rémunérations variables pluriannuelles, avec différents critères de performance et parfois une référence directe au cours de l'action, elles ont été systématiquement rattachées aux rémunérations variables dues, quand bien même certaines sociétés souhaitent davantage les assimiler à des attributions d'options ou d'actions. Les situations intégrant ces rémunérations hybrides sont signalées par une note de bas de page.

Enfin, certains cas particuliers méritent attention et sont signalés par des notes de bas de page en-dessous des tableaux.

  • Données boursières

Les capitalisations et les performances des actions en 2014 ont été collectées sur Bloomberg. Il s'agit des capitalisations au 31 décembre 2014 et des rendements totaux pour les actionnaires de chaque action, c'est-à-dire sa variation sur l'année augmentée le cas échéant d'un dividende réinvesti.

S'agissant de l'alignement des intérêts des actionnaires et des dirigeants, principe fondateur dans les lignes directrices fixant les rémunérations des dirigeants d'entreprises cotées, c'est bien la rentabilité totale pour l'actionnaire qui apparaît le meilleur indicateur. En effet, les résultats financiers des entreprises sont plus difficiles à interpréter. En particulier, les normes IFRS peuvent entraîner un décalage important entre performance effective et résultat net publié. De surcroît, la performance financière doit être d'abord rapprochée de celles des entreprises similaires, davantage qu'appréciée dans l'absolu ou même en variation d'une année sur l'autre.

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>>> Le détail des rémunérations des dirigeants

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>>> Pour en savoir plus, retrouvez le coin de la data sur Facta.media

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Commentaires
a écrit le 29/04/2015 à 8:27 :
Très bien de votre part de les avoir appelés dans votre manchette: "dirigeants". Marre d'entendre parler de "Grands Patrons" puisqu'ils n'ont rien de" grand", et qu'ils sont encore moins "patrons".
a écrit le 28/04/2015 à 17:57 :
La montée du chômage fait monter derechef les rémunérations des grands dirigeants...
Mais cela n'a aucun rapport...Aucun...Bien sur...
Les travailleurs exploités pour des salaires de misère sont indispensables pour les bénéfices énormes des entreprises qui vont de mieux en mieux, un beau jour on promènera les têtes de ces élites en haut d'une pique et il l'auront bien cherché.
a écrit le 28/04/2015 à 16:10 :
les employés de renault et accor (et nous autres français en général) apprécieront : en gros M. Gohsn monte son salaire, son entreprise vaut moins (valeur de la capitalisation boursière) ce qui dénote d'une performance médiocre.... je croyais que la rémunération devait sanctionner une performance ?
mais en France c'est win win : win en temps de crise win en temps de croissance ! et responsabilité 0 car même lorsqu'ils sous performent ou mettent leurs entreprises en danger ces PDG sortis du serail ne sont 1-jamais viré 2- si viré ils attérissent dans la grande entreprise d'a coté sans aucune perte.
La dessus on pourrait sans doute regarder l'exemple anglo saxon dont les pdg touchent certes beaucoup mais sont immédiatement touché au portefeuille voir en justice en cas de mauvaise gestion ou de comportement frauduleux
a écrit le 28/04/2015 à 12:24 :
Et les retraités zéro augmentation depuis 2 ans , pas la peine d'avoir cotisé toute sa vie
pour ensuite subir la décision des politiciens qui eux s'augmentent et profitent du système.
a écrit le 28/04/2015 à 11:39 :
je ne comprends pas!! on nous parle de crise économique et on assiste a la surenchère des salaires de PDG!!! NOUS SALARIES ON COÛTE TROP CHER? DES APPELS D'OFFRES POUR RÉGULER CES SALAIRES. ET PUIS SOUS UNE AUTRE FORME VOUS VOULEZ DIMINUER LE CHÔMAGE? MAIS POUR CELA VOUS AUGMENTEZ LES CHARGES SOCIALES???? DUR DE COMPRENDRE DANS CE CAPHARNEUM
Réponse de le 28/04/2015 à 17:58 :
Qu'est ce qu'on attend pour organiser le grand boycott ?
Réponse de le 29/04/2015 à 11:30 :
Mais la crise, c'est surtout en France.
Ailleurs, comme en Chine, c'est la croissance (même si elle est moins forte).
Or, les sociétés du CAC 40 font l'essentiel de leurs activités hors de France ...
D'où cette apparente incohérence !
Réponse de le 29/04/2015 à 17:18 :
En Chine, votre Eldorado, c'est les pollutions à mort et l'esclavage.
a écrit le 28/04/2015 à 11:19 :
que voulez vous, avec l'UMP ou le FN leur salaires baisseront surement vu toutes les nouvelles taxes pour tous auxquelles il faut s'attendre pour compenser la baisse d’impôts qu'auront droit tous ces dirigeants d'entreprises comme en 2007 !
a écrit le 28/04/2015 à 9:17 :
et pendant ce temps là le MEDEF demande de ne pas investir, ne pas créer d'emploi et d'attendre 2017 pour que ces rémunérations soient encore mieux exonérées. Youpie.
a écrit le 28/04/2015 à 8:55 :
Cette étude souligne la transparence des informations. On pourra noter que la transparence et la régularité de la communication concernant la rémunération et des indemnités de nos élus. J'ignore le but de toutes ces études. Notre pays souffre d'un complexe historique à l'argent mélangé à la lutte des classes au XXI° siècle. Je me demande en quoi ces informations peuvent nous aider à faire face aux grands défis: dépense publique, chômage, fiscalité, croissance. QUAND CESSERONT NOUS DE STIGMATISER QUOTIDIENNEMENT CERTAINES CATEGORIES DE POPULATION: MUSULMANS, FONCTIONNAIRES, PATRONS, RETRAITES..... ???? CA NE MENE NULLE PART SAUF A FAIRE GAGNER DU TEMPS A NOTRE MEDIOCRE CLASSE POLITIQUE !!!!
Réponse de le 28/04/2015 à 18:01 :
@Livestrong
La lutte des classes a de beaux jours devant elle, face à des pratiques du XIX°siécle.
La dépense publique et la fiscalité ne sont pas un défi, mais une nécessité pour des sociétés du XXI°siècle.La croissance, le chômage et les stigmatisations sont les tares d'un système économique dépassé, moribond. La classe politique est médiocre, normal quand le système politique est à l'image du système économique.
Réponse de le 28/04/2015 à 19:20 :
La dépense publique et la fiscalité ne sont pas un défi, mais une nécessité pour des sociétés du XXI°siècle. Avec 57,2% et un record toute catégorie au sein de l'OCDE, la France devrait à vous lire être un paradis, des pays avec plus de 10% de dépense publique sur PIB vivent bien mieux Pays Bas, Irlande, où l'on voit même des jeunes qualifiés exilés pendant la crise revenir au pays !!! Pour ce qui est de la pression fiscale,les écarts avec les mêmes pays vont de 8 à 17% PIB ! le chômage et les stigmatisations sont les tares d'un système économique dépassé, Vous irez dire cela au chômeur de catégorie A supplémentaire toutes les 3 minutes, je suis certain qu'il appréciera: je préfère considérer votre commentaire comme ironique
a écrit le 28/04/2015 à 7:51 :
on remarquera les deux premiers articles ce matin sur LT :
- la rémunération des dirigeants croit de 10 % sur un an
- le chomage augmente, les jeunes durement touchés

le résumé d'une problématique globale de nos sociétés qui finira forcément mal !
(et inutile de décrier ici la politique de tel ou tel politicien de tout bord...)
Réponse de le 28/04/2015 à 8:46 :
Aucune étude sérieuse ne permet de démontrer qu'il existe un lien entre la rémunération des dirigeants et le taux de chômage. Ceux qui vous font croire cela sont les mêmes qui nous ont imposé le chômage de masse au détriment de réformes qui marchent ailleurs.
Réponse de le 28/04/2015 à 9:36 :
ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. je n'ai jamais di qu'avoir des patrons mal payés faisait baisser le chômage. (soit dit en passant, pour reprendre les termes, aucune étude sérieuse ne permet de démontrer qu'il existe un lien entre la rémunération des dirigeants et le taux de chômage, et ce dans un sens comme dans l'autre ! )

En revanche, ce que je pense vraiment, pour y travailler, c'est que ces Groupes pilotés par ces dirigeants (dont le débat ici n'est pas de juger de la justification de leur rému) analysent euro par euro, tâche par tâche, etc... en vue de la moindre embauche au smic dont je vous laisse le soin de constater quel % ces embauches représentent de la seule augmentation accordée au dirigeant... Et cela, j'ai la conviction de ne pas avoir besoin "d'étude sérieuse" pour penser qu'en sus d'être un facteur d'aggravation du chômage, est une grave dérive de notre Société
a écrit le 28/04/2015 à 7:47 :
C'est encourageant. La france reste dans la course concernant les inegalites. Et puis ces remunerations devraient profiter à l'ensemble de la nation selon la theorie du"parapluie" chere à l'ideologie neoliberale. Il nous faut continuer nos efforts et exiger de nos gouvernants d'exonerer de toutes impositions ces "createurs de richesse" et pourquoi pas proposer que chaque salarie verse une semaine de travail à son patron....AH comme il est exhaltant de rendre les riches plus riches....Allez avec un peu de volonte nos patrons seront à la hauteur des financiers anglais....

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