TTIP/Tafta : "Les Etats-Unis n'attendent pas après cet accord"

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Il y a tout juste un an, Mathias Fekl avait déjà annoncé que la France pourrait choisir « l’arrêt pur et simple des négociations » avec les Etats-Unis si elles ne progressaient pas dans le bon sens. Il déplorait alors un « manque total de transparence » et une « grande opacité ». Le député européen Franck Proust déplore une décision qui n'est pas "rationnelle".
Il y a tout juste un an, Mathias Fekl avait déjà annoncé que la France pourrait choisir « l’arrêt pur et simple des négociations » avec les Etats-Unis si elles ne progressaient pas dans le bon sens. Il déplorait alors un « manque total de transparence » et une « grande opacité ». Le député européen Franck Proust déplore une décision qui n'est pas "rationnelle". (Crédits : FP)
La France, par la voix de son secrétaire d'Etat au commerce extérieur, Mathias Fekl, a annoncé mardi qu'elle mettait un terme aux négociations de l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et les Etats-Unis. Cette annonce intervient au lendemain d'une déclaration similaire de Sigmar Gabriel, le vice-chancelier allemand. Trois questions à Franck Proust, député européen Les Républicains et membre de la commission Commerce international.

LA TRIBUNE - Mardi après-midi, lors d'une conférence de presse à Bruxelles, Cécilia Malmström, la commissaire européenne au commerce, s'est étonnée des déclarations de la France. Cette annonce du secrétaire d'Etat au commerce extérieur était-elle attendue ?

FRANCK PROUST - Cette réaction est étonnante car François Hollande a redonné fin juillet son aval au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. La France a donc renouvelé son souhait de poursuivre les négociations. Où est la cohérence ? Le discours est donc, ni plus ni moins, une posture politique qui vise à séduire l'électorat de gauche et d'extrême-gauche à quelques mois du scrutin présidentiel. A l'université du PS à la Rochelle, il y a tout juste un an, Manuel Valls avait lui-même rappelé que le TTIP était très important ! C'est de l'amateurisme ! Où est la crédibilité de la France et de l'Europe sur ce dossier ?

>>>(RE)LIRE: TTIP/Tafta : "La posture politique de Hollande l'emporte sur les discussions"

Peut-on me dire sur quoi l'arrêt des négociations est-il fondé ? La commissaire européenne au commerce Cécilia Malmström a fixé l'agenda en indiquant que le dernier trimestre de cette année devait être consacré aux chapitres les plus délicats. La Commission commence tout juste à aborder les questions qui fâchent (le 14e cycle de négociation, NDLR) à savoir les IGP (indications géographiques protégées), la réciprocité sur les marchés publics, l'alignement des normes et le règlement des conflits commerciaux. Est-ce à ce moment qu'il faut quitter la table des négociations ? On pouvait se douter que les élections américaines de 2016, puis françaises et allemandes au printemps et à l'automne 2017 allaient ralentir le processus, de six mois à un an, mais pas qu'il serait interrompu. C'est une position politique mais elle n'est pas rationnelle ! Tout le monde, en France comme en Allemagne, cherche à tenir son agenda politique.

Depuis mi-2013, les Etats-Unis et l'Union européenne tentent de parvenir à un accord qui supprimerait les barrières commerciales et réglementaires. Mais force est de constater que les discussions patinent. De son côté, le gouvernement français est monté au créneau à plusieurs reprises ces derniers mois en cas d'accord qui ne respecterait pas les intérêts de l'UE.

Si l'Union européenne n'obtient pas gain de cause dans les négociations, on pourra se prononcer. Personnellement, je ne suis pas pour un accord à n'importe quel prix. Mais à l'heure actuelle, on parle d'un accord qui n'est pas encore écrit et encore moins acté ! Il faut attendre le résultat final.

On nous accuse de céder face aux pressions américaines qui veulent imposer leurs normes (crainte sur un allègement des normes, oubli du principe de précaution, crainte de l'émergence d'un double système, NDLR), mais pour l'instant nous n'avons cédé ou lâché sur aucun point ! La Commission a insisté, à plusieurs reprises, sur les lignes rouges à ne pas franchir. Quant au supposé manque de transparence évoqué régulièrement, je tiens à rappeler que les documents sont accessibles et que n'importe qui peut avoir un aperçu de l'état des négociations.

Le 23 septembre, la France doit demander à la Slovaquie, lors de la réunion des 28 ministres européens du commerce extérieur, l'arrêt des négociations relatives au partenariat transatlantique. Doit-on considérer que le traité transatlantique est enterré ?

Est-ce que tout le monde va dire oui à la fin du TTIP ? La France n'a pas le pouvoir d'arrêter seule les négociations. Il y a un mandat de négociations. En attendant, la Commission poursuit son travail. Quant aux Américains, ils n'attendent pas cet accord avec l'Union européenne. Si le traité transatlantique ne voit pas le jour, ce n'est pas la fin du monde pour eux. En revanche, de notre côté, c'est très différent. Il est normal que l'on défende l'intérêt de nos consommateurs mais là nous sommes en train de condamner un potentiel de développement. Peut-on se permettre d'y renoncer dans le contexte actuel ?

 >>>(RE)LIRE : TTIP/Tafta : Greenpeace pointe le risque de l'oubli du principe de précaution

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Commentaires
a écrit le 01/09/2016 à 20:35 :
Si, comme vous le dites, l'échec des négociations ne serait grave que pour les pays de l'UE alors qu'il n'aurait que peu d'importance pour les USA, alors il ne faut surtout pas poursuivre la négociation ; car si tel est le cas, on voit mal comment l'UE pourrait éviter de céder beaucoup pour gagner un peu (cela fait partie du B-A BA de la négociation).
Cela dit, on voit mal pourquoi l'UE (509 M d'habitants) se trouverait "marginalisée" si le TTIP n'aboutissait pas alors que c'est la première puissance économique mondiale. De toute façon, si le marché unique européen a multiplié par 10, voire plus, la taille du marché "naturel" des entreprises des pays de l'UE, avec le TTIP on ne serait même pas à un doublement du marché; les gains d'échelle à attendre sont donc modestes de toute façon, sachant que dans les secteurs où un marché supra européen est vraiment nécessaire (aéronautique et astronautique par exemple) le marché planétaire fonctionne déjà sans TTIP.
a écrit le 01/09/2016 à 17:29 :
"Quant au supposé manque de transparence évoqué régulièrement, je tiens à rappeler que les documents sont accessibles et que n'importe qui peut avoir un aperçu de l'état des négociations." C'est sans doute la raison pour laquelle Wikileak offre un récompense à qui lui fera parvenir les textes communiqués aux politiques et à consulter en solo dans une salle isolée, sans possibilité de les copier.
a écrit le 31/08/2016 à 19:46 :
Pas de problème , si les USA n'attende rien de cette accords , nous non plus.... Notre avenir est bien plus à l'est..... Car le commerce a toujours été le moyen de diminuer les tentions économique et politique.... La Russie est un grands pays riche, avide de nos produits et de notre savoir faire.... Les USA pourrons toujours commercer avec la Chine, mais je ne suis pas sur qu'ils accepterons encore longtemps les papiers dollars .... Voila les choses sont dite.. Apres tous si nous europeen somme endetté, ce n'est rien par rapport au USA. Donc cette accords est sûrement bien plus important pour l'oncle Sam que pour nous....
a écrit le 31/08/2016 à 18:24 :
"les IGP" et autre LabelRouge ou AOP, c'est inconnu en dehors de nos frontières, une culture locale, des fromages au lait cru plein de bactéries, pouah ! Vade retro fromage européen ! Vous prendrez bien notre viande hormonée qui coûte 40% moins cher à produire, nos céréales (OGM ou pas, quels précautionneux ces européens ! Procès en sorcellerie), poulets lavés pour les stériliser, ...
Les chaussures européennes taxées à 45%, ça passera à combien si on leur achète leur viande ? 45% ?
a écrit le 31/08/2016 à 17:58 :
Ok, disons que ça fait longtemps que ce traité est mort et enterré mais il faut le dire à une date précise afin de faire sérieux.

Les américains eux sont moins hypocrites dans les actes, d'avoir attrapé VW pour son énorme fraude marquait la fin des négociations, les européens auront toujours une longueur de retard le mieux serait de sortir du modèle économique américain que personne ne maîtrisera aussi bien qu'eux.

C'est une bataille perdue d'avance.
a écrit le 31/08/2016 à 17:19 :
nos amis américains nous font tranquillement disparaître de la carte du monde : il est rationnel pour eux de considérer l'Europe comme un ensemble homogène. C'est pertinent du point de vue diplomatique et commercial. Smartphones, GAFA (géants du web), multinationales de la santé, fast-foods, hygiénisme, class-action, produits culturels... sur tous les plans nous délaissons notre manière de vivre pour mieux ressembler au cousin américain au point de ne plus savoir qui l'on est en tant que nation ni ce que l'on veut au plan politique. Pendant ce temps, nous regardons ailleurs.
a écrit le 31/08/2016 à 17:15 :
Je croyais que notre potentiel de développement, c'était l'Europe. On m'aurait menti ? Beaucoup de pays membres de l'Europe n'ont pas encore atteins notre niveau économique. Nous avons donc de quoi faire chez nous pour l'instant. Pas de quoi paniquer.
a écrit le 31/08/2016 à 17:13 :
ce Monsieur dont je n'ai jamais entendu parler tient des propos qui tiennent de la déloyauté voir de la trahison à l'égard de l'Europe et de son pays. Une honte, démission!
a écrit le 31/08/2016 à 16:29 :
"Pour eux, c'est pas grave si le traité ne se signe pas, par contre pour l'Europe c'est une très mauvaise nouvelle...". Drôle de manière de mener une négociation en tenant ce type de discours public. Pour mémoire, l'UE c'est 500M d'habitants, et les USA 320M d'habitants, avec globalement des pouvoirs d'achat élevés, et un PIB par zone équivalent. Je vois pas bien pourquoi l'UE aurait plus à perdre que les USA dans ces négos... Il faut arrêter les complexes d'infériorité!
Réponse de le 31/08/2016 à 17:45 :
c'est une mauvaise nouvelle pour nous car nous n'avons pas accès à leur marché comme eux ont accès au notre. C'est nous qui avons plus à y gagner..il le dit je crois dans l'article. le complexe d'infériorité c'est justement de bouder et d'arrêter car c'est trop dur de négocier. C'est donc tout l'inverse de votre commentaire car ce n'est pas la taille qui compte..mais la puissance.
Réponse de le 31/08/2016 à 22:00 :
"c'est une mauvaise nouvelle pour nous car nous n'avons pas accès à leur marché comme eux ont accès au notre", sans rire, et qu'est ce qui nous empêche d'appliquer les mêmes restrictions que les leurs? Cela signifie que voila des années que les USA restreignent l'accès à leur marché et que nous ouvrons le notre. Nous sommes trop forts. Vous pensez sérieusement qu'un nouveau traité initié par les USA serait en la faveur de l'Europe? Arrêtez d'être naïf. Excellente nouvelle au contraire si nous avons le courage d'assumer nos positions.
a écrit le 31/08/2016 à 16:25 :
TTIP/Tafta : "Les Etats-Unis n'attendent pas après cet accord", mais nous forcera la main pour l'avoir!

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