Brexit : des députés veulent récupérer le QG de Thatcher, vendu à l'UE

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Margaret Thatcher dans les locaux du Conservative campaign office, le 12 juin 1987, au lendemain d'une troisième victoire consécutive des conservateurs lors de l'élection générale.
Margaret Thatcher dans les locaux du Conservative campaign office, le 12 juin 1987, au lendemain d'une troisième victoire consécutive des conservateurs lors de l'élection générale. (Crédits : REUTERS/John Eggitt)
Théâtre des victoires écrasantes des années 1980 puis du désarroi face à la vague travailliste de Tony Blair à la fin des années 1990, le "32, Smith Square" a été cédé en 2007 par la parti conservateur pour combler un trou dans ses finances. Dix ans plus tard, plusieurs députés souhaitent voir le bâtiment, acquis en 2009 par le Parlement européen et la Commission européenne, redevenir propriété des Tories.

A la fenêtre à guillotine du "32, Smith Square", dans le quartier de Westminster, Margaret Thatcher apparaît triomphante. A trois reprises, le 4 mai 1979, le 9 juin 1983 et le 11 juin 1987. La scène devient rapidement le symbole de l'hégémonie du Parti conservateur. De l'impuissance totale des Travaillistes britanniques, enfermés dans des divisions internes. Trois victoires nettes, sans bavure, lors des élections législatives.

Dans les années qui suivent, bien après le remplacement de la Dame de fer par John Major en 1990, le rapport de force s'inverse. Le QG des Tories depuis 1958 est associé aux déroutes électorales successives face à un Labour revigoré par le sang neuf et le nouveau paradigme du jeune Tony Blair. Le "Conservative campaign office", son nom officiel, est alors le théâtre de coups bas en tout genre. Devant sa porte, les leaders du parti William Hague et Ian Duncan Smith présentent leur démission face aux caméras, en 2001 et en 2003 respectivement.

En échange du bâtiment... Des bouteilles de Château Lafite

Quatre ans plus tard, l'imposant bâtiment de briques rouges est mis en vente par le parti, non sans quelques regrets, afin de combler un important trou financier. Les locaux de 3.150 mètres carrés sont rachetés en 2009, par le Parlement européen et la Commission européenne. Prix de la transaction : 20 millions de livres. Rebaptisés Maison de l'Europe (Europe House), ils abritent désormais des bureaux de fonctionnaires européens, à quelques minutes à pied de la Chambre des communes. Sur la façade flottent, côte à côte, l'Union Jack et le drapeau aux douze étoiles jaunes.

32, Smith Square

La Maison de l'Europe, au "32, Smith Square", à Londres. (Crédit : Commission européenne)

Un affront, pour bon nombre de députés conservateurs eurosceptiques. Certains d'entre eux, souhaitant profiter du divorce d'avec l'UE qui se profile à l'horizon, ont émis la volonté de voir le "32, Smith Square" redevenir propriété du Parti conservateur, rapporte le Financial Times (article abonnés). Un "We want our building back", sorte d'écho au "I want my money back", prononcé par Thatcher en 1979 à l'attention de la Communauté européenne"Je pense que ce serait un magnifique geste si Juncker conservait les stocks de Château Lafite (dans la cave à vin partagée de l'UE, ndlr) et qu'en échange il nous rendait le bâtiment, a déclaré Jacob Rees-Mogg, député du Somerset. C'est un endroit emblématique pour le Parti, comme étant le QG des grandes victoires électorales de Margaret Thatcher."

A cinq minutes du Parlement, des fonctionnaires européens

Espoir teinté de nostalgie - le Parti a changé deux fois de siège depuis ce fameux déménagement - partagé par Conor Burns, député de Bournemouth et proche de la Dame de fer : "Pour des raisons sentimentales, j'adorerais voir le « 32, Smith Square» redevenir un camp de base électoral. (...) J'imagine que la Commission européenne n'en aura plus besoin, étant donné qu'elle devra trouver des locaux plus grands pour y implanter son ambassade. Car nous deviendrons le plus grand voisin indépendant de l'UE."

Reste que le bâtiment néo-georgien ne sera sans doute pas une priorité pour les négociateurs britanniques. La semaine dernière, Jean-Claude Juncker a promis une note salée au Royaume-Uni, comprise entre 40 milliards et 60 milliards de livres, lors du processus de sortie de l'Union européenne. Pas de cadeau donc, pour ce qui concerne les retraites des fonctionnaires européens britanniques, par exemple. Ni même pour les projets que l'UE aura engagés sur le sol britannique.

De leur côté, les Britanniques s'attacheront à récupérer leur portefeuille immobilier d'une valeur de 8,7 milliards de livres et... les 42.000 bouteilles de la cave à vin partagée. A moins que le marché proposé par Jacob Rees Mogg ne trouve une oreille attentive, à Bruxelles.

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Commentaires
a écrit le 28/02/2017 à 14:16 :
On comprend pourquoi elle rigolait jamais MT, elle fait carrément flipper là sur la photo.

"Pour des raisons sentimentales, j'adorerais voir le « 32, Smith Square» redevenir un camp de base électoral"

L'oligarchie a des priorités vraiment primordiales. Au secours.

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