Mario Draghi s'exerce à l'art de l'esquive

 |   |  1019  mots
Mario Draghi donne rendez-vous à la rentrée.
Mario Draghi donne rendez-vous à la rentrée. (Crédits : RALPH ORLOWSKI)
Le président de la BCE est resté flou sur les effets du Brexit lors de la conférence de presse. Globalement, il a surtout cherché à renvoyer les problèmes éventuels à plus tard...

Mario Draghi a besoin de vacances. Lors de la conférence de presse du 21 juillet qui a suivi la réunion du Conseil des gouverneurs, le président de la BCE, visiblement las et fatigué, a surtout cherché à esquiver pour donner rendez-vous à tout le monde à la rentrée.

Urgent d'attendre sur le Brexit

Esquiver les conséquences du Brexit, d'abord. Comme l'avait fait la Banque d'Angleterre le 14 juillet dernier, Mario Draghi a estimé qu'il ne disposait pas d'assez d'éléments pour évaluer les conséquences du vote britannique en faveur de la sortie de l'UE. « Nous serons en meilleure position pour évaluer les risques liés au Brexit lorsque nous aurons plus de données et les nouvelles estimations de croissance et d'inflation des équipes de la BCE », a indiqué le président de la BCE. Mario Draghi a mis en garde contre les évaluations avancées par certaines institutions concernant  l'impact du choc en termes de points de croissance (entre 0,2 et 0,5 point sur trois ans pour la zone euro). La validité de ces évaluations dépendra, affirme-t-il, à la fois du temps que prendront les négociations entre Londres et Bruxelles, mais aussi de l'issue de ces négociations. « Il est trop tôt pour dire s'il y aura des conséquences », affirme Mario Draghi. Il est donc urgent d'attendre.

Impossible donc de connaître réellement les vues de Mario Draghi sur les effets du Brexit. Dans l'immédiat, le président a cherché à apaiser les craintes, saluant « la résilience encourageante » des marchés financiers et du système bancaire dans les jours suivant le vote britannique. Pour le reste, Mario Draghi s'est donc contenté de payer de mots les attentes du marché. La BCE « surveille la situation », « agira si nécessaire en utilisant tous les instruments disponibles » et affirme sa qu'elle est « prête, déterminée et apte » à répondre à tout effet négatif. Mais comment concrètement ? Ici, Mario Draghi a esquivé. Rien sur le contenu des éventuelles futures actions en réponse à un choc « Brexit ». « Le Conseil des gouverneurs n'a discuté d'aucun moyen d 'action spécifique ». Bref, le discours est resté flou et vague. La BCE est prête à agir, mais elle ne sait pas quand ni comment.

Défense molle de son bilan

Globalement, le président de la BCE n'a pas cherché, comme à son habitude, à défendre avec détermination le bilan de son action, même s'il a souligné l'amélioration de la distribution de crédits, le « succès » de ses actions de refinancement à long terme (TLTRO) et le fait que l'inflation évoluait sur le « chemin attendu ». Cette défense fut clairement moins déterminée qu'à l'accoutumée. Il a ainsi tenté de relativiser la baisse des anticipations d'inflation sur les marchés (actuellement le marché attend une inflation moyenne à 5 ans dans 5 ans à 1,3 %), pourtant une des principales « boussoles » de son action, par des considérations techniques. Ce « service minimum » de l'ancien gouverneur de la Banque d'Italie est peut-être le fruit de l'incertitude du moment, qui rend vain tout succès passé, mais ce peut-être aussi le fruit de l'isolement stérile de l'action de la BCE qui rend clairement les « succès » de la BCE fragiles et limités.

Esquiver sur tous les sujets

Pour le reste, Mario Draghi a pratiqué l'art de l'esquive. Les inquiétudes sur Deutsche Bank ? Pas de commentaires. Les propositions de la Deutsche Bank sur un Mécanisme européen de stabilité renforcé ? Rien à dire. Soutient-il le transfert de l'autorité bancaire européenne (EBA) à Francfort ? « Aucune opinion particulière sur le sujet ». Que pense-t-il de la proposition de sanctions des budgets espagnols et portugais par la Commission ? Voyez avec la Commission. A-t-il songé à un éventuel resserrement monétaire ? Non. Mais il est vrai que sur ce point, il n'était pas temps d'évoquer un tel processus alors même que l'arsenal actuel montre ses limites.

Un soutien public aux banques ?

Cette conférence de presse n'aura été réellement utile que sur un seul point : celui du secteur bancaire. On sait que le Brexit a réveillé les craintes concernant les banques portugaises et surtout italiennes, grevées de créances douteuses (les « non performing loans » ou NPL du jargon financier). Ici, Mario Draghi s'est clairement avancé en défendant l'idée d'un « filet de sécurité public » pour les établissements financiers. Autrement dit, le président de la BCE affirme la nécessité d'un soutien public aux banques qui, selon lui, est « très utile » pour éviter les « ventes massives de créances douteuses ». Dans le contexte actuel, ce petit mot est venu soutenir le cours des banques italiennes et la démarche de Rome qui tente d'éviter d'en passer par des coupes dans les créances des particuliers. Les titres des banques italiennes dans la foulée ont rebondi avant de s'affaisser rapidement.

Simple rappel à la loi

Car, on aurait tort de surinterpréter les paroles du président de la BCE, même s'il les a sans doute soigneusement choisies pour apaiser les tensions. Ce soutien public ne doit en effet intervenir que « dans les cas exceptionnels », dans le « cadre de la législation actuelle », avec « l'accord de la Commission » et après la mise en place de « réformes permettant la création d'un marché des créances douteuses ». Ceci fait beaucoup de conditions. En réalité, c'est plutôt un rappel de la législation européenne actuelle qui a été fait par Mario Draghi qui n'a rien dit sur la participation ou non à la restructuration des banques des créanciers subordonnés, ce qui est le cœur du problème italien où 50 % de la dette subordonnées des banques est détenue par les ménages.

En fait, sur ce sujet comme sur les autres, Mario Draghi, a esquivé l'essentiel. La réaction des titres bancaires italiens à ces paroles traduit surtout leur volatilité et la nervosité qui les entoure. Quant à Mario Draghi, il a semblé donné rendez-vous au 8 septembre prochain, date de la prochaine réunion du Conseil des gouverneurs.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 22/07/2016 à 9:01 :
C'est sur, qu'avec des dirigeants de ce style, les europeens ne vont plus trouver un sommeil de qualite avant longtemps. Draghi est un incapable : la preuve.
a écrit le 22/07/2016 à 8:47 :
L'indépendance des banques centrales est une catastrophe économique majeure mais ce que veut finance, finance obtient.
Réponse de le 25/07/2016 à 10:29 :
Tout a fait d'accord .Les banques centrales soutiennent exclusivement les marchés financiers : elles doivent revenir sous la dépendance totale des gouvernements avec avance à l'Etat sans intérêt . Reste à trouver un filet de sécurité l'année avant les élections car on connait trop bien les gugusses qui nous gouvernent et sont prêts à tout pour rester au pouvoir...Au départ , elles garantissaient la convertibilité des billets en or , et refinançaient les banques commerciales
a écrit le 21/07/2016 à 19:42 :
"Impossible donc de connaître réellement les vues de Mario Draghi sur les effets du Brexit"
ben deja la caution UK pour ses mecansimes de "stabilisation" est plus ténue de +-15% et c'est un euphemisme. En effet, qu'a pu vouloir faire l'establishment anglais? se barrer avant de payer l'addition.

"Les inquiétudes sur Deutsche Bank ? Pas de commentaires" oui puisque les quataris pro islamistes remettent au pot temporairement leur credit: je pense qu'il est parfaitement au courant de cette "operation" pour y avoir participé. (...)

"Esquiver sur tous les sujets" oui depuis que la délicieuse josephine witt lui a balancé dans la g en retour des confettis parfaitement equivalents à son papier, je pense qu'il ne dort plus.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :