Accidents du travail : les cinq chiffres à retenir

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L'Assurance maladie relève 33,8 accidents du travail pour 1.000 salariés.
L'Assurance maladie relève 33,8 accidents du travail pour 1.000 salariés. (Crédits : Benoit Tessier)
Le nombre total d'accidents du travail est en léger recul (-0,3%). Une dynamique qu'on ne retrouve pas dans le secteur des aides et soins à la personne et l'intérim. Revue de détail des tendances relevées dans le dernier rapport de l'Assurance maladie.

Quelle est l'ampleur des accidents du travail en 2016 ? Quelles sont les professions les plus touchées ? A ce sujet, l'Assurance maladie a publié, ce jeudi 14 septembre, son rapport annuel dans lequel elle fait un zoom sur les secteurs les plus sensibles.. Si la tendance générale tend vers l'amélioration, l'institution s'inquiète de l'évolution dans certains métiers.

Légère baisse des accidents de travail

C'est un niveau "historiquement bas". L'Assurance maladie - "risques professionnels" a recensé en 2016, 33,8 accidents du travail pour 1.000 salariés (626.227 accidents), soit une baisse de 0,3% sur un an. C'est un niveau historiquement bas. Du chemin a été parcouru depuis 1946, année où la branche de l'Assurance maladie comptait alors 120 accidents par an pour 1.000 salariés...

Amélioration dans les BTP

Cette tendance à la baisse est due à une nouvelle diminution du nombre d'accidents de travail dans les BTP (bâtiments et travaux publics). Les actions de prévention dans ce secteur à risque ont permis de faire diminuer les accidents de 3,1% l'année dernière. Et en dix ans, ils ont reculé de 29%. Ils restent quand même à des niveaux élevés : on en compte 90 pour 1.000 salariés.

La manutention, principale cause

Les premières causes d'accidents du travail sont, sans surprise, liées aux activités demandant le plus d'effort physique. La manutention est à l'origine de 53% des accidents. Les efforts physiques, les charges régulières à porter, et les mauvaises postures sont une cause courante de problèmes dorso-lombaires soudains. On trouve ensuite les chutes (25%), deuxième cause. Les accidents liés à l'outillage à main (9%) complètent le podium.

S'ils sont fréquents, ils sont moins meurtriers que les accidents routiers (88.903 en 2016), première cause de décès. Au total, l'Assurance maladie compte 514 décès dus aux accidents de travail.

Hausse des problèmes chez les aides et soins à la personne

Tous les secteurs ne sont pas en baisse. Les problèmes physiques soudains des travailleurs du secteur des aides et des soins à la personne s'accroissent et dépassent même le taux des BTP, ce qui inquiète l'Assurance maladie. On dénombre pas moins de 94,6 accidents de travail pour 1.000 salariés, soit une hausse de 2%. Un nombre d'accidents trois fois plus élevé que la moyenne. Pour les aides à domicile par exemple, le ministère du Travail relève principalement des risques de brûlures thermiques ou chimiques, des lumbagos ou des chutes. Ou encore, en maison de retraite, les accidents de travail sont fréquents en raison des manipulations de personnes, et ports de charges réguliers (linge par exemple). La Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) évoquait, dans un rapport, la "pénibilité physique prononcée" de ces derniers. Des maisons de retraites s'intéressent ainsi aux exosquelettes et robots pour soulager leur personnel.

On retrouve également cette tendance à la hausse avec une augmentation des accidents de 7,8% dans l'intérim. Néanmoins, l'Assurance maladie ne lie pas ce chiffre à une dégradation des conditions de travail, et estime plutôt que cela annonce "peut être le signe avant-coureur d'une reprise économique".

Quel impact économique

Si l'Assurance maladie ne chiffre pas leur coût dans ce rapport annuel, les accidents du travail représentent 41,3 millions de journées de travail perdues chaque année en raison des incapacités temporaires, ce qui est l'équivalent de 165.126 temps plein. En 2016, une annexe du projet de loi de financement de la sécurité sociale évoque un coût financier pouvant aller de 130 euros, pour un arrêt de travail de moins de quatre jours, à plus de 500.000 euros, pour une incapacité permanente ou le décès du salarié.

Le cabinet de conseil Leyton s'était, quant à lui, essayé en 2016 à la mesure du coût des lombalgies - environ un accident sur cinq. Ceci représenterait 1 milliard d'euros par an au total. Un coût comprenant les indemnités versées aux salariés, ainsi que les frais médicaux et de pharmacie.

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Commentaires
a écrit le 16/09/2017 à 22:57 :
Bien sur qu'on refile le sale boulot le plus dur, les générateurs de tms aux intérims, pourquoi se gèner, la boîte ne risque rien, et l'agence les voit passer tout cassés.
Et s'ils sont trop souvent arrêtés, elle ne les reprend plus, la boucle est bouclée.
Comme les problèmes d'amiante: qui doit payer quoi, comment être reconnu?
a écrit le 15/09/2017 à 11:36 :
Il est important de donner les chiffres et de juger de l’évolution aux résultats et non aux discours.
Nous ne sommes qu'aux débuts de la compréhension de l’utilité de la prévention et du principe de précaution, car c’est exactement la même approche, tant que le pollueur ne sera pas le payeur et que c’est la collectivité qui paye, il n’y aura pas de réelle motivation directe. On aura beau empiler les couches de réglementations et de lois, les effets seront toujours médiocres. Certes il y a du mieux et le recadrage et la mise au point effectuée par quelques CARSAT y est pour beaucoup.
Quel est le pourcentage d’entreprises qui ont rédigé leur document unique (obligatoire depuis 2001) et surtout qui mettent en place des mesures correctives ? On doit être à peine à 50 %.

Reste le secteur critique du bâtiment, où le facteur de risque est tout de même plus important que dans un bureau et surtout les taches y sont plus rudes et plus « rythmées », entrainant une fatigue physique qui augmente exponentiellement le risque.
Mais, en caricaturant à peine, on y navigue aussi entre d’un côté une technostructure qui décrète des lois et règlements en pagaille (aux effets souvent médiocres, car d’une telle complexité qu’ils en deviennent parfois inapplicables) et de l’autre côté des fédérations et groupements dont la seule motivation est qu’on les laisse faire ce qu’ils veulent « entre professionnels ».
Il suffit d’analyser l’échec de la méthode de traitement du risque majeur de l’amiante, un gâchis qui compte des milliers de victimes tous les ans. En cause, le manque de proactivité et de réactivité une fois le problème reconnu et l’inconséquence des protagonistes, virant parfois à la désinvolture par l’exonération des responsabilités.
De ce point de vue c’est quasiment un cas d’école, qui pourtant ne semble pas avoir servi de leçon. Au contraire, c’est une leçon d’irresponsabilité.
a écrit le 15/09/2017 à 9:58 :
Est-ce que la machine à café qui ne fonctionne pas est considéré comme un accident du travail :-)
a écrit le 14/09/2017 à 17:47 :
"Cette tendance à la baisse est due à une nouvelle diminution du nombre d'accidents de travail dans les BTP (bâtiments et travaux publics"

Ben oui ce sont les roumains, polonais et autres travailleurs sans papiers qui ont les accidents, ils rentrent pas dans les stats eux.

"La manutention, principale cause"

"Il n'y a pas de métier pénible" nous affirme notre premier ministre. Oui mais il y en a quand même qui tuent plus que d'autres je pense donc qu'on peut les qualifier de pénible cher monsieur qui a vécu une cuillère en argent dans la bouche, merci.

En ce qui concerne l'aide à la personne cela pourrait s'expliquer par le fait que le salarié allant chez les gens se retrouve confronté à des environnements toujours différents dépendant de la qualité que lui ont apporté ses propriétaires, or en général quand on a besoin d'aide à la personne c'est qu'on peut difficilement s'en occuper de sa maison. Et c'est bien entendu une des professions qui est le plus mal rémunérée.

Merci en tout cas pour cet article fort intéressant.

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