En Afrique du Sud, les Zimbabwéens se battent pour ne pas être expulsés

Alors que le taux de chômage atteint 25% en Afrique du Sud, les autorités se voient reprocher d'avoir autorisé des centaines de milliers de Zimbabwéens à venir chercher du travail dans les grandes villes sud-africaines lorsque le pays dirigé par Robert Mugabe a sombré dans le chaos.
En août dernier, des dizaines de milliers de salariés sud-africains avaient manifesté dans les grandes villes pour réclamer des hausses de salaires. Le contexte est donc de moins en moins favorables aux travailleurs immigrés Copyright Reuters
En août dernier, des dizaines de milliers de salariés sud-africains avaient manifesté dans les grandes villes pour réclamer des hausses de salaires. Le contexte est donc de moins en moins favorables aux travailleurs immigrés Copyright Reuters (Crédits : Reuters)

Des milliers de réfugiés ou immigrés zimbabwéens se pressent devant le ministère sud-africain des Affaires intérieures pour obtenir in extremis un permis de séjour avant l'échéance du 1er janvier au-delà de laquelle ils risquent d'être rapatriés de force dans leur pays.

Après des jours d'attente, ils se retrouvent entassés dans un bureau, séparés par une imposante grille métallique d'une équipe de bureaucrates épluchant des dossiers qui décideront s'ils peuvent ou non demeurer en Afrique du Sud.

Avec un taux de chômage de 25%, les autorités sud-africaines se voient reprocher par leurs ressortissants les plus démunis d'avoir autorisé des centaines de milliers de Zimbabwéens à entrer sur le territoire sans papiers il y a deux ans lorsque l'ancienne Rhodésie a plongé dans un chaos politico-économique.

L'Afrique du Sud exige aujourd'hui du million et demi d'immigrés zimbabwéens qu'ils sollicitent des permis de séjour en bonne et due forme avant vendredi soir, faute de quoi ils seront rapatriés de force au pays de Robert Mugabe, paria de la communauté internationale.

Le risque sera alors grand d'assister à une nouvelle chasse aux immigrés zimbabwéens à l'instar de celle, sanglante, déclenchée par leur afflux massif en 2008 qui avait ébranlé les investisseurs et secoué le gouvernement de la plus grande économie du continent noir.

De longues files d'attente

Cephas Mugaranyemba, un camionneur rencontré parmi les milliers de Zimbawéens angoissés faisant la queue devant le ministère des Affaires intérieures, a dû attendre plus longtemps encore que ses compatriotes les jours précédents.

Il s'est en effet présenté le jour choisi par la ministre, Nkosazana Dlamini Zuma, pour effectuer une inspection surprise des locaux afin de voir comment ses fonctionnaires faisaient face à l'afflux des postulants au permis de séjour.

"Ils prennent tout leur temps", se lamente Mugaranyemba tandis que la ministre passe une heure à bavarder avec les bureaucrates. De l'autre côté de la grille, la file d'attente s'étire sur deux étages du ministère et se prolonge dans une rue poussiéreuse où flotte dans l'air une âcre odeur d'urine.

"Si je n'obtiens pas les documents, je vais devoir rentrer au pays", craint le chauffeur de poids lourd, qui travaille en Afrique du Sud depuis quatre ans, soit avant la crise provoquée par l'autoproclamation par Mugabe de sa propre réélection.

Pour les autorités du Zimbabwe, où la crise s'est résolue en façade par la nomination comme Premier ministre de l'opposant historique Morgan Tsvangirai, le retour de ces émigrés représente un danger car ils sont tenus pour des électeurs potentiels de l'opposition.

Leurs suffrages pourraient peser sur l'issue des élections législatives que le président de 86 ans, au pouvoir depuis 30 ans, souhaite organiser en 2011, dans l'espoir de pouvoir dissoudre l'alliance entre l'eau et le feu que constitue l'actuel gouvernement d'"unité nationale".

En outre, l'argent qu'envoient à leurs familles restées au pays les émigrés zimbabwéens contribue à faire croire à "un semblant de reprise" de l'économie délabrée du Zimbabwe.

Le souvenir de 2008

Pour l'Afrique du Sud, ces immigrés sont un symbole trop visible des tensions ethniques qui ont conduit aux attaques xénophobes de 2008, qui ont fait 62 morts.

Une nouvelle flambée de violence est à craindre si, avant les élections locales prévues au premier semestre 2011, les hommes politiques sud-africains font miroiter aux électeurs sans emploi le départ massif des Zimbabwéens.

Déjà, le climat s'alourdit. "Je ne me sens pas vraiment en sécurité ici. Il y a des gens armés qui lorgnent sur mon porte-monnaie. Mais il n'y a rien au Zimbabwe. Pas de travail. Si je reste ici, au moins je pourrai gagner assez d'argent pour payer l'école de mes enfants au Zimbabwe", confie Humanatsike Jobolinka, un électricien.

Le technicien Phakamami Dube a pu, lui, obtenir son permis de séjour, mais il s'inquiète pour ses compatriotes qui ne le pourront pas. "Une élection au Zimbabwe ne fera qu'empirer les choses. Ce sera une nouvelle période de chaos", prédit-il.

L'Afrique du Sud a demandé à l'ensemble des immigrés du Zimbabwe de solliciter un permis de séjour avant l'échéance du 31 au soir, qui, a-t-elle assuré, ne sera pas prorogée. "Après ils seront mis définitivement dehors", a déclaré Dlamini Zuma lors de son inspection, annonçant une traque des "clandestins".

Bon nombre de ceux-ci ont préféré anticiper cette chasse à l'homme en rentrant volontairement, mais à contrecoeur, dans leur pays, où la majorité des habitants gagnent moins d'un dollar par jour et où le PIB par tête d'habitant est inférieur de 95% à celui de l'Afrique du Sud. Un exode qui s'accentue évidemment à l'approche du 1er janvier.

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Commentaires 10
à écrit le 30/12/2010 à 10:46
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Au Zimbabwé on a viré les blancs par racisme. Aujourd'hui ce pays c'est "civilisation année zéro".

le 30/12/2010 à 14:05
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Non. Le pays est retourné à l'état de nature. C'est pas pareil.

à écrit le 30/12/2010 à 9:32
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Faut il craindre la contamination de ce type d'expulsions à l'Europe du nord ? voire mondiale ?.....

le 30/12/2010 à 10:57
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La civilisation n'est pas un acquis. Elle va se dissoudre très rapidement. En premier en Europe.

à écrit le 29/12/2010 à 21:13
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Le racisme n'est pas forcement l'oeuvre des plus fortunés.Triste monde

le 30/12/2010 à 14:02
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Noté. Merci. Donnez moi votre adresse. Je viens avec ma famille chez vous.

à écrit le 29/12/2010 à 17:42
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C'est triste, tres triste. Et quand je pense que nous nous plaignons, que nous celebrons Noel en toute quietude.Tout est relatif en ce bas monde. Ces pauvres refugies ne meritent pas ca.Encore, l'ethnicite! mais que faire?

le 30/12/2010 à 10:50
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Les plaindre en les regardant à la télé, bien au chaud, dans son fauteuil, en se gavant de dinde aux marrons, c'est mal. Fini les mots. Il faut que chacun d'entre nous en accueille une famille chez lui.

le 30/12/2010 à 16:23
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Etes vous serieux, l'Ape Biere, ou sarcasique? Les deux hypotheses sont effrayantes.Votre "sonrme" donne a reflechir

le 31/12/2010 à 9:21
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si vous voulez vous occuper de la misére commencez deja par celle qui est en bas de chez vous

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