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ÉconomieFrance

L'université française à la recherche du temps perdu

latribune.fr

Publié le 17 avril 2009 à 13:00

Le Quotidien Numérique

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Après dix semaines d'opposition aux réformes lancées par la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, les universités s'organisent pour rattraper les heures de cours perdues et éviter la dévalorisation des diplômes. Dans le même temps, les oppositions de fond aux réformes restent vives.

Les universités cherchent les meilleurs dispositifs possibles pour rattraper les heures de cours perdues depuis le début du conflit universitaire début février. L'enjeu : organiser des examens qui portent sur l'ensemble du programme afin de maintenir intacte la valeur des diplômes.

La situation n'est pas la même dans les 83 universités françaises. Dans celles en pointe de la contestation, comme Paris-IV ou Rennes-II, les étudiants n'ont pratiquement pas eu cours pendant dix semaines. A l'opposé, un tiers des établissements ont été peu touchés et donc ont peu de cours à rattraper. Entre les deux, une quarantaine d'universités connaissent des situations contrastées pouvant varier entre Unités de formation et de recherche (UFR) d'un même campus.

Fait rare ces derniers temps au sein de l'université, la plupart de ses acteurs semblent d'accord sur un point : éviter la  "validation automatique" du second semestre voulue par la Coordination nationale des universités (CNU) et consistant à accorder la moyenne à tous les étudiants, sans examen.

La Conférence des présidents d'universités (CPU) et Qualité de la science française (QSF) ont dénoncé cette solution. Valérie Pécresse l'a qualifiée d'"inacceptable". Le syndicat Unef, première organisation étudiante, s'est quant à lui prononcé pour des examens qui "ne portent que sur les cours effectivement réalisés". Le syndicat a également demandé à ce que le versement des bourses ne soit pas interrompue "au motif d'un manque d'assiduité".

L'Unef estime par ailleurs que la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, "instrumentalise" la question des examens pour affaiblir la mobilisation et "dramatise" la situation. Pour l'Unef comme le Snesup, premier syndicat d'enseignants du supérieur, "l'expérience de mobilisations passées, notamment celle contre le CPE [contrat première embauche, en 2006, Ndlr], et la souplesse du calendrier laissent des marges de manoeuvre que la ministre feint d'ignorer". Ces solutions consistent à rattraper les cours et à repousser les examens.

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Une partie des universités s'oriente de fait vers un report des examens de mai à juin, et jusqu'à début juillet pour certaines. Mais ces changements de calendrier poseront problème en termes de stages, d'emplois d'été, de logements étudiants, voire de renouvellement des cartes de séjour "étudiant" pour les étrangers.

Pour l'heure, des rattrapages de cours se mettent en place. A Rennes-II, Perpignan ou Saint-Etienne, ils ont débuté au cas par cas pendant les vacances de printemps. A Aix-Marseille-I, certains enseignants l'ont aussi prévu, mais c'est à leur bon vouloir. A la rentrée des vacances, dans de nombreux établissements, ces rattrapages devraient prendre l'aspect de cours du soir ou du samedi, sans oublier que la pratique de cours mis en ligne ou envoyés par courriels s'est développée.

Le conflit est-il terminé ?

Le rattrapage des cours risque d'être peu efficient si ces derniers ne reprennent toujours pas à la rentrée des vacances de Pâques. C'est notamment la position de la Coordination nationale des universités, qui a annoncé le 6 avril : pas de "reprise des cours" sans le "retrait des réformes". Valérie Pécresse déclarant pour sa part deux jours plus tard : "Si au retour des vacances de Pâques, les cours continuent à être perturbés, l'année universitaire sera menacée". La CPU et l'organisation étudiante Uni ont également appelé à la reprise des cours.

L'issue du conflit reste ainsi incertaine. Le 8 avril, la dixième journée de manifestations organisée par les contestataires a moins mobilisé que les précédentes, les 2 avril et 24 mars, où la mobilisation avait pourtant déjà marqué le pas. Le mouvement s'est aussi orienté vers une forme de radicalisation : présidences bloquées à Rennes II, Strasbourg, Orléans, directeur du Crous de Paris retenu contre son gré, à l'instar des patrons d'entreprises "séquestrés" par leurs salariés en colère.

Pour autant, l'opposition de fond aux réformes reste très ferme : ainsi, la communauté scolaire et universitaire, dans un regroupement inédit de 55 syndicats, collectifs, mouvements pédagogiques, a demandé début avril le maintien en l'état pour 2009/2010 des dispositifs de la formation et du recrutement des enseignants, l'un des principaux motifs d'insatisfaction.

Les personnels Biatoss et Ita (bibliothécaires, administratifs, techniciens, ingénieurs) se sont également lancés dans la bataille et ont affirmé le 4 avril leur "ancrage" dans la mobilisation universitaire, exigeant notamment le maintien ou la restitution des postes supprimés dans le budget 2009 et la fin des processus d'externalisation de leurs tâches.

Alors que Nicolas Sarkozy a déclaré (le 7 avril) qu'il ne reviendra "jamais" sur l'autonomie des universités, un nouvel appel à la mobilisation le 28 avril et le 1er mai a été lancé par la coordination nationale des universités.

latribune.fr

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