Les 5 questions que pose la perte du triple A

Largement anticipée, la dégradation de la note de la France par Moody's de Aaa à Aa1 a suscité de nombreux commentaires aujourd'hui. La Tribune évoque cinq questions qui se posent, alors que la France n'est plus notée triple A que par Fitch.

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? Après la France, à qui le tour ?

Dans la zone euro, les "vrais" triple A sont en voie de disparition. L'Allemagne a encore la meilleure note chez les trois agences mais elle est sous perspective négative chez Moody's. De même, pour les Pays-Bas ou le Luxembourg qui n'ont plus une perspective stable que chez Fitch. Même la Finlande a vu son triple A passer sous perspective négative chez S&P en janvier dernier. "Tant que les gouvernements ne s'engageront pas dans une réduction des déficits et dans des réformes crédibles sur la durée, la tendance restera à la baisse des notations souveraines", estime Ciaran O'Hagan, stratège taux chez Société Générale.

Quant au Mécanisme européen de stabilité (MES), son triple A est assorti d'une perspective négative chez Moody's. "Une détérioration de la qualité de crédit des états membres de la zone euro pèserait sur leur capacité combinée à apporter leur soutien et aurait par conséquent un effet négatif sur la qualité de crédit du MES", avait déclaré l'agence il y a quelques mois.

? Le gouvernement actuel est-il responsable ?

"Clairement non. Les questions posées par Moody's sur l'autonomie de la croissance française avaient été posées il y a plusieurs mois déjà par celle-ci. En outre les engagements récents du gouvernement permettent de limiter à un cran la baisse de la note", répond Philippe Waechter, le directeur de la recherche économique de Natixis Asset Management. Il n'empêche. Contrairement à S&P qui a dégainé dès le début de l'année, Moody's a laissé le temps au nouveau gouvernement d'annoncer ses intentions en matière budgétaire. L'agence explique dans son communiqué qu'elle juge "les hypothèses de croissance de 0,8% en 2013 et 2% à partir de 2014 trop optimistes".  Ainsi chaque camp a des arguments pour accuser l'autre....

? L'analyse de Moody's fait-elle progresser le débat sur l'économie française ?

" Moody's pose la même question que trois rapports récents sur l'économie française -FMI, rapport Gallois et prévisions de la Commission européenne-, mais n'apporte pas grand chose de nouveau", estime Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis Asset Management. "Si l'environnement international n'est pas porteur, quelles sont les capacités de l'économie française à retrouver de la croissance et à créer des emplois? Il me semble que le rapport du FMI du 5 novembre était le plus précis sur les mesures à prendre. Mais il avait été à peine relevé", déplore-t-il.

Pour Alexandre Mirlicourtois, directeur des études de l'institut Xerfi, le gouvernement était déjà sous pression pour réformer. L'annonce de Moody's ne change pas fondamentalement la donne. "La rapidité avec laquelle on fait la purge est quand même assez violente. L'effort budgétaire en France est équivalent a ce qui se fait au Royaume-Uni, aller beaucoup plus vite et plus fort encore risquerait de casser l'activité, donc l'assiette fiscale", a-t-il déclaré à Reuters. De même, il souligne que la tonalité du rapport de Moody's n'est pas vraiment nouvelle quand l'agence pointe les difficultés de la France à mener des réformes de fond.

? Cela va-t-il se traduire par des taux d'intérêt plus élevés ?

"Cet abaissement de note ne devrait pas conduire à une remontée significative des taux longs français. Les faiblesses structurelles de la France sont déjà bien connues et la perte du Aaa était déjà très largement anticipée par les marchés", commente l'économiste du Crédit Agricole, Olivier Eluere dans une note. De fait, aujourd'hui, les taux français à 10 ans se sont tendus d'à peine 8 points de base, à 2,15% en fin de journée. Le spread (différence de rendement) avec l'Allemagne a à peine bougé, à 73 points de base contre 72 points de base hier.

Ironie du sort, la France n'a jamais emprunté à des taux aussi bas que depuis qu'elle a été dégradée de AAA à AA+ en janvier par Standard and Poor's. Ces taux bas record contribuent à réduire le déficit public, puisque les dettes arrivant à échéance sont remplacées par des emprunts moins coûteux.

Gareth Isaac, gérant obligataire chez Schroders explique l'intérêt pour la dette française "par le comportement des banques centrales qui ont besoin d'acheter des actifs à court terme en euro. En temps normal, ils achèteraient des Bunds allemands mais à l'heure actuelle, ces derniers offrent des rendements négatifs. Quant aux marchés de la dette souveraine en Finlande, en Autriche et aux Pays-Bas, ils ne sont pas assez profonds. Cela conduit les banques centrales à utiliser la dette française comme un substitut de la dette allemande". 

Quant aux fameuses ventes automatiques de la part d'investisseurs qui s'obligent à ne détenir que des titres "triple A", elles devraient être très limitées. A en croire les stratèges de Morgan Stanley, le montant des ventes liées aux indices obligataires serait même "proche de zéro".

Cette dégradation, qui s'ajoute à un certain nombre de commentaires peu flatteurs (le dossier de The Economist n'est qu'un exemple parmi d'autres), risque cependant de rendre les investisseurs encore un peu plus nerveux sur le sujet "France". "La question sera de savoir si cela se traduira par une incitation supplémentaire à mettre en ?uvre des réformes et donner à la France la capacité de créer des emplois de façon efficace à moyen terme. Si rien ne bouge, il ne peut être exclu d'avoir des taux d'intérêt un peu plus élevés", explique Philippe Waechter. Evoquant la nécessité de renforcer la compétitivité, Gilles Moec, économiste chez Deutsche Bank, estime quant à lui que "pour l'instant le marché accorde le bénéfice du doute à la France, mais le besoin de clarification des choix politiques devient urgent". 

? La perte du triple A est-elle une mauvaise nouvelle ?

Optimiste, le directeur de la recherche économique de Natixis Asset Management remarque qu'il "est toujours désagréable lorsque l'on juge mal votre capacité à faire face à l'adversité. Si cependant cela permet d'accentuer l'idée que la croissance ne viendra pas de l'extérieur mais de notre capacité à la créer alors ce sera gagné."

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Commentaires 39
à écrit le 28/11/2012 à 14:34
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Je suis d'accord!

à écrit le 22/11/2012 à 12:08
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On peut accuser tout le monde de la finance,mais raisonnablement si nous n'avions pas été demandeur ,si les budgets nationaux avaient été réalisés en équilibre (ce que nous gagnons par rapport a ce que nous dépensons) nous n'en serions pas là.Pour ...

à écrit le 21/11/2012 à 18:33
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Contrairement à ce que dit Philippe Waechter, les mesures prises par ce gouvernement socialiste et son chef normal n'ont pas convaincu les analystes des agences de notation. Tailler sérieusement dans les 1400 agences gouvernementales, alléger les str...

à écrit le 21/11/2012 à 13:59
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La première chose à faire serait de décider de supprimer la loi scélérate de "" Pompidou - Giscard"" et de se procurer à nouveau les services de la Banque de France !!! Les dettes - ou PLUTÔT LES VOLS - seraient ILLICO allégés !!!!!

le 22/11/2012 à 10:48
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Et la Banque de France fera quoi de ce monceau de dettes irremboursables?.... Dans ce scénario simpliste et démago, après avoir rajouté une couche étatique, on se retrouverait au même point, à aller payer nos déficits avec de l'argent pris aux méchan...

à écrit le 21/11/2012 à 11:10
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C'EST UN COMPLOT DES ÉLITES ET DU SYSTÈME BANCAIRE, J'ÉCRIVAIS CELA IL Y 2 ANS, ON MA TRAITÉ "D'ABRU... DE BOUT DE COMPTOIR", MAINTENANT IL FAUT PASSER À LA CAISSE.

à écrit le 21/11/2012 à 9:17
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« L'effort budgétaire en France est équivalent à ce qui se fait au Royaume-Uni » sauf qu'il y a une différence de taille ! Au R-U les coupes budgétaires ont été entamées il y a déjà deux ans ; ce qui reste à faire est largement identifié. Du côté-ci ...

à écrit le 21/11/2012 à 7:50
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C'est surtout l'échec d'une europe qui avait été conçue pour un marché unique et qui devait supprimer les écarts sociaux et fiscaux entre les pays de la zone euro. Plus de dévaluation possible pour contrer les écarts de prix avec l'ASIE ou avec les p...

le 21/11/2012 à 8:05
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DE toute manière, nous sommes dans la m.... jusqu'au cou !

le 21/11/2012 à 8:10
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La planche à billets tourne plein pot aux USA, au Japon et au UK. La croissance y est-elle forte ? Non,. Des politiques d'investissement, pour faire quoi ? Créer de nouvelles bulles, des infrastructures inutiles ? Une telle politique monétaire laxist...

le 21/11/2012 à 9:23
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On peut ne pas être les dindons de la farce monétaire (comprendre le dumping monétaire mené par les USA entre autres) sans pour autant faire une relance keynesienne. Il est temps de passer à une politique de l'offre, la politique de la demande menée ...

à écrit le 21/11/2012 à 7:37
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Ceux qui contre Moody n'avaient qu'à pas vendre leurs obligations aux américains. Les japonais sont moins bêtes. De la même manière, ils ne se sont pas gavés d'actifs toxiques. C'est la bétise des gouvernants qui nous revient en boomerang...

le 21/11/2012 à 10:03
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Les japonais ont acheté leur propre dette, mais ils ont aussi acheté une bonne part de la dette américaine, comme les chinois d'ailleurs. Est-ce qu'elle est toxique, on le verra à la digestion ...

à écrit le 21/11/2012 à 7:35
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Voyez le projet de budget: 10 milliards contre l'entreprise, 10 milliards contre les ménages et pas de réduction des dépenses. Récession et chômage: la bureaucratie élimine à tour de bras! Bien entendu les gabegies de l'hôpital de 15 milliards on n'e...

le 21/11/2012 à 8:12
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On s'attaque au plus facile et rapide sans se soucier de l'avenir! Et le chômage augmente, la production s'effondre et les entreprises délocalisent! Mais l'état continue à dilapider et à s'engraisser...

à écrit le 21/11/2012 à 7:21
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Il est assez drôle de voir les français accuser la terre entière d'être à l'origine de la catastrophe actuelle. Pourtant, ce sont eux qui ont voté, depuis 40 ans, pour des hommes politiques démagogues qui vendaient du rêve. Ce sont eux également qui ...

le 21/11/2012 à 7:46
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Oui en parlant réduction des dépenses, on parle de 60 milliards de réduction des dépenses. Or dans notre société, il y a ceux qui travaillent, ceux qui ne travaillent pas et au milieu les victimes: les précaires, les chômeurs, les exclus. Seulement c...

le 21/11/2012 à 12:01
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Ce qui m'étonne,tout le monde se lamente et on apprend que les livrets A explosent depuis leur relèvement, alors il y a encore des ressources disponibles.

le 21/11/2012 à 13:21
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@Pas correct : d'accord, et vous voulez qu'on ait voté pour qui ? Que soit la droite ou la gauche ou les autres, soit ils appliquent la même politique (de l'autruche !) une fois au pouvoir, soit ils sont à coté de la plaque !! Alors on fait quoi ? [p...

le 21/11/2012 à 14:29
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@photoscope: il faut vous décomplexer ,le droit de vote implique le droit de ne pas voter.

le 21/11/2012 à 15:43
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Qui implique que l'on a ensuite le droit de la boucler.

le 21/11/2012 à 17:14
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Pourquoi la boucler quand on honore tous ses devoirs de citoyen .Vous êtes sans doute complexé par une idéologie sectaire quelconque.Peut être souhaitez vous que je la ferme il serait plus sincère de le dire.

à écrit le 21/11/2012 à 3:36
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En finir avec cette Europe qui amène que le malheur. Il faudra donc des millions de personnes dans la rue et que le parlement commence à avoir chaud pour que nos dirigeants comprennent ?

le 21/11/2012 à 9:02
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Il y a déjà des millions de personne dans la rue, nous avons 25% de chômage.

le 21/11/2012 à 9:24
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Non, ça c'est en Espagne.

le 21/11/2012 à 18:03
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Je préfère voir 25% de gens défiler dans les rues que 50% s'entre tuer sur les champs de bataille, comme nous l'a hélas montré l'histoire récente de l'Europe d'avant le pool charbon- acier, père de l'Europe actuelle !

à écrit le 21/11/2012 à 1:28
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L'Euro ayant pour certains euro-atlantistes béats permit de stabiliser le cours des changes des monnaies, occulté par un mal bien plus grand : celui des INTERETS D'EMPRUNTS qui ruinent actuellement la Grèce, l'Irlande, le Portugal, l'Espagne, l'Ital...

à écrit le 20/11/2012 à 22:57
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Hollande est-il un démagogue ? ça c'est une question qu'elle est bonne.

à écrit le 20/11/2012 à 22:12
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Pour comprendre les agences de notations, Il faut bien aussi comprendre et accepter que les marchés ne nous laisseront en aucun cas nous désendetter. Ils n'y ont aucun intérêt. Et ça n'arrivera pas. L'Espagne est un bon exemple, avec la Grèce, le Por...

le 21/11/2012 à 1:32
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La Grèce a été introduite dans l?UE par la haute finance américaine (la bande à Goldman-Sachs) d?une manière frauduleuse et n?a pas le droit de se désendetter par une faillite d?Etat, parce que sinon les crédits de la haute finance seraient perdus. C...

le 21/11/2012 à 1:36
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Comprendre pourquio nous en sommes là ! http://www.u-p-r.fr/videos/conferences-en-ligne/pourquoi-leurope-est-elle-comme-elle-est http://www.u-p-r.fr/videos/conferences-en-ligne/leurope-cest-la-paie

à écrit le 20/11/2012 à 20:53
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Les taux bas vont continuer avoir des effets pervers puisqu'ils permettent à l'Agence France-Trésor de continuer à emprunter a gogo sans inciter le gouvernement à prendre les mesures d'urgences qui s'imposent: réduction des effectifs pléthoriques et ...

le 22/11/2012 à 10:55
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Tout à fait d'accord.

à écrit le 20/11/2012 à 19:47
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Fitch laisse le triple A à la France, l'actionnaire est Marc Ladreit de Lacharrière, proche du pouvoir actuel, il a une grande responsabilité envers les créanciers qui prennent de gros risques.La dette de la France est énorme, il n'y a pas de réform...

le 20/11/2012 à 20:41
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Oui Léo, c'est ce à quoi je faisais allusion ! Il ne faut pas non plus brosser un trop noir portrait des nos dirigeants, ce sont des fonctionnaires, et volontiers des enseignants, donc on est sauvé ! Vous savez, bien des Enarques de la gouvernance pr...

à écrit le 20/11/2012 à 19:42
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? La perte du triple A est-elle une mauvaise nouvelle ? Non, tous les acteurs financiers l'avaient anticipée. En revanche, pas sûr que le future dégradation par Fitch ne soit pas plus mal perçue... Car, finalement, Fitch est plus "française" que les ...

à écrit le 20/11/2012 à 19:00
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1. les USA, 2.NON pas entièrement 3.4 NON et 5 OUI

le 20/11/2012 à 19:32
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Hollande a deja plombé son quiquennat et personne n'est dupe de ce qui arrive ........... le désastre ......................

le 20/11/2012 à 19:47
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il y a belle lurette que nous aurions du perdre notre AAA, d'ailleurs c'est déjà fait chez d'autres agences de notation :-)) et les USA ne devraient plus être AAA . Ou plutôt si !! puisque le AAA est la dernière note obtenue avant la faillite ( Enro...

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