Pourquoi Bercy a révisé à la baisse ses prévisions de croissance

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Le projet de budget 2014 repose sur une prévision de croissance de 0,9% en 2014. Le gouvernement, qui a un temps envisagé une croissance de 1,2%, ne peut plus se permettre des pronostics trop optimistes. Dans beaucoup de pays, la question ne se pose plus : ce travail d'estimation est confié à des organismes indépendants.

Dans le domaine économique, la prévision reste un exercice éminemment délicat. Les variables prises en compte étant si nombreuses, le gouvernement prend toujours un risque lorsqu'il présente son projet de loi de finances. Lors du quinquennat précédent, Bercy s'est toujours montré trop optimiste. Que ce soit avant ou après la crise de 2009. Parce qu'il fallait donner un signal positif au marché, aux ménages et aux entreprises ? Peut-être. Résultat, les prévisions de croissance ont été de nombreuses fois abaissées, nécessitant de facto des ajustements budgétaires, essentiellement via l'augmentation des recettes fiscales.

Une importante révision à la baisse

Ce mercredi, Pierre Moscovici, le ministre de l'Economie et Bernard Cazeneuve, le ministre du Budget ont choisi d'amender cette technique. Alors qu'ils tablaient jusqu'ici sur une progression de 1,2% de la croissance en 2014, que la majorité des économistes jugeait surestimée, le tandem a annoncé qu'il ne visait plus qu'une hausse de 0,9% du PIB.

Comment justifier une telle prudence ? Même si la reprise pointe le bout de son nez, ce n'est pas encore l'euphorie. Loin de là. Parmi les plus optimistes sur le cas de la France, les économistes de l'OCDE ne tablent que sur une croissance de 0,8% en 2014. Si la conjoncture se retourne favorablement, il sera plus aisé pour le gouvernement d'assumer une erreur de calcul l'ayant conduit à sous-estimer ses recettes fiscales par exemple plutôt que de devoir jouer les pompiers.

Un organisme indépendant à la rescousse ?

L'exécutif peut-il limiter la prise de risque? Qu'ils soient dans la majorité ou dans l'opposition, certains politiques militent ouvertement pour que les prévisions de croissance soient confiées à un organisme indépendant du pouvoir. C'est par exemple le cas de Philippe Marini, le président de la commission des finances du Sénat. Lorsqu'elle était parlementaire, Nicole Bricq, aujourd'hui ministre du Commerce extérieur y était également favorable.

En procédant ainsi,  l'exécutif éviterait que cet exercice ne se transforme en un acte militant permettant de réduire artificiellement la contrainte budgétaire en affichant des marges de manœuvre qui n'existent pas. Le Fonds monétaire international (FMI) a également fait cette recommandation au gouvernement. Pour l'instant, le gouvernement n'a nullement l'intention d'externaliser cette tâche, aussi si compliquée et hasardeuse soit-elle.

Plusieurs exemples à l'étranger

A l'étranger, certains pays ont choisi cette voie. Aux Pays-Bas, les hypothèses économiques sont formulées par le bureau d'analyse de la politique économique dont l'indépendance est assurée par une loi de 1945. Il propose deux scénarios économiques au gouvernement. Le premier correspond au taux de croissance économique qu'il considère comme le plus vraisemblable. Le second correspond à une prévision prudente de taux de croissance économique à retenir aux fins de la politique budgétaire.

Au Canada, ce n'est pas l'administration qui réalise les prévisions économiques. Celles-ci découlent des résultats d'une enquête réalisée par le ministère des Finances canadien auprès du secteur privé. Pour garantir la crédibilité de son budget et se prémunir contre les erreurs de prévision et les évènements imprévisibles, le Conseil du Trésor et le ministère des Finances utilisent la moyenne des prévisions économiques du secteur privé,autrement dit le consensus.

En Australie, on prévoit officiellement un plan B

C'est une solution intermédiaire qui a été retenue en Australie. Une Charte de l'honnêteté budgétaire énonce notamment des principes d'élaboration du budget. L'article 12 de cette charte oblige notamment le gouvernement à justifier de ses hypothèses économiques et à estimer les effets budgétaires d'une conjoncture qui serait moins favorable. Le gouvernement doit présenter un « test de sensibilité » sur son projet de budget qui montre les effets d'une variation de la croissance sur les finances publiques et il doit élaborer un scénario de budget alternatif en cas de conjoncture basse sur ses recettes mais aussi sur ses dépenses.

 

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Commentaires
a écrit le 12/09/2013 à 18:23 :
Peut-on s'exaspérer " soi-même "... ( les guillemets indiquent le pléonasme.)...je veux dire ...peut-on être soi-même la propre victime de sa propre connerie ? ( Veuillez excuser la répétition , mais j'adopte sciemment un langage très simple afin de bien me faire comprendre.).
a écrit le 12/09/2013 à 17:57 :
Les analystes et commentateurs de " boudoir " étaient nuls...les voilà exaspérés...Ils ne comprenaient RIEN , ils ne comprennent toujours RIEN...
a écrit le 12/09/2013 à 14:30 :
Parce que Moscovisi nous ment depuis 6 mois .............
a écrit le 12/09/2013 à 12:54 :
Bercy, la BDF c'est du pareil au même qui peut croire encore aux chiffres de ces organismes sous contrôle de l'Etat, à la BDF par exemple c'est très très politisé à un certains niveau..., c'est comme l'INSEE avec leur inflation à 0.9% alors que l'électricité, le gaz, les loyers, la nourriture, les assurances, les transports en commun, le carburant, le tabac et les impôts (oui je sais sa rentre pas dans le calcul mais moi je les compte c'est une dépense obligatoire et c'est du pouvoir d'achat en moins).... tout cela augmente de plus de 1%.... l'INSEE c'est politique, les chiffres doivent être conforme aux attentes du gouvernement et donc ils arrivent à pondérer les chiffes, à exclure certains produits etc... tout ça pour qu'au final ils trouvent le chiffre qui convient
a écrit le 12/09/2013 à 12:30 :
L'Etat français ne fait strictement aucune économie ( la comptabilité publique a des capacités terrifiantes pour geler des crédits et les dégeler plus tard, suspendre des autorisations de programme et les reprendre plus tard...). Les moyens détournés (taxe, réduction de "niche", contribution...) ajoutant des baisses de pouvoir d'achat aux ménages "normaux", ceux-ci arbitrent des dépenses provoquant de moindres rentrées. Pas besoin d'avoir des organismes officiels pour s'apercevoir du résultat. Un pot pourri des prévisions extérieures à la France (UE, FMI, analystes financiers...) suffirait pour avoir des prévisions acceptables.
a écrit le 12/09/2013 à 11:29 :
C'est effectivement plus prudent de revoir le PIB à la baisse et c'est bien que vous remarquez la nature rocambolesque (donc cet optimisme maladif) des prévisions parisiennes de l'INSEE, BDF et OECD. Vous omettez tout de même de parlez clairement du nouveau dérapage du déficit publique, je cite les echos: Plus inquiétant, le déficit public atteindra 4,1 % de PIB cette année (au lieu des 3,7 % prévus), et encore 3,6 % l?an prochain. Le retour en dessous de la barre des 3 %, même repoussé à 2015, est donc très incertain. Alors que l?Allemagne a renoué avec l?équilibre budgétaire...
Réponse de le 25/09/2013 à 17:27 :
L'Allemagne maltraite ses petits pensionnés et ne fait pas d'enfants. Comparez ce qui est comparable.
a écrit le 12/09/2013 à 9:42 :
Merci de la qualité de votre information sur le pétrole de schiste. Merci aussi à la France d?avoir su renoncer à cette horreur.
Vous devriez en faire reportage télédiffusé.
Amicalement . j de B
Réponse de le 12/09/2013 à 10:12 :
Je ne vois pas le rapport avec l'article en question. Ceci étant même si je suis a priori contre l'exploitation du gaz de schistes, cela aurait tout de même été utile d'avoir un vrai débat sur le sujet. C'est comme cela que cela se passe habituellement en démocratie. A croire que la France n'en n'est pas vraiment une...
Réponse de le 12/09/2013 à 12:59 :
non la France est une monarchie démocratique (on vote pour un monarque ! soit le monarque au blason de la rose soit le monarque au blason de l'arbre , mais au fond les pratiques et les politiques ne changent pas....
a écrit le 12/09/2013 à 9:31 :
en realite ils ne savent ou ils vont .Le deficit 2013 est passé de 3% à 4,1% et finira probablement au dessus . On aura lors reussi l'impossible: le matraquage des impots tout en gardant nos deficits cheris . Pour 2014, 0,9% de croissance plus 1,5% d'inflation permet de conserver en l'etat les fonctionnaires et les allocataires , du moins en theorie .Donc ça permet de faire un budget sans aucun effort structurel . Comme d'hab....c'est l'objectif pour ne pas se prendre la veste totale lors des municipales . Aprés ce sera la douche ....sauf pour les fonctionnaires et les allocataires , bien sur .
a écrit le 12/09/2013 à 9:29 :
POUR RÉDUIRE LA DÉPENSE PUBLIQUE, IL FAUT RÉDUIRE ET TAILLE DANS LA FONCTION ÉTAT, PUBLIC, CHU, TERRITORIALES, MILLE FEUILLES, ENTREPRISES PUBLIQUES Y COMPRIS PARLEMENTAIRES PAR DES FERMETURES D?ADMINISTRATIONS EN DOUBLONS OU SANS UTILITÉS, SUPPRESSION D'AGENTS PUBLIQUES OU TERRITORIAUX EN SURNOMBRES SANS TACHES DE TRAVAIL A FAIBLE PRODUCTIVITÉS, Y COMPRIS SÉNATEURS DÉPUTES, POUR TOUS SUPPRIMER LEURS PRIVILÈGES ET AVANTAGES... LES CONTRIBUABLES DU PRIVE NE VEULENT PLUS PAYER POUR ENTRETENIR CETTE CASTE DE NABABS DE MONARQUE PARLEMENTAIRE ET LEURS VASSAUX DE FONCTIONNAIRES QUI RUINENT NOTRE PAYS ET ACCÉLÈRE SON DÉCLIN !!!
Réponse de le 12/09/2013 à 13:00 :
le déficit chronique du budget de la France est dû à de très nombreux paramètres, qui se répartissent entre un déficit de recettes et un excès de dépenses. Il serait utile de disposer de chiffres (indiscutables, c'est mieux), et de pouvoir mettre l'accent sur les paramètres les plus importants en priorité.
Le déficit du commerce extérieur est inquiétant, les dépenses excessives et sans valeur ajoutée en sont une aussi. Mais les montages complexes opérés par les grandes entreprises, mais aussi par les ETI et certaines PME (holding au Luxembourg, Trusts, ...) coûtent des dizaines de milliards d'euros chaque année à la France.
Par ailleurs, si on veut faire avancer le débat, il vaut mieux le faire de façon dépassionnée et objective.
a écrit le 12/09/2013 à 9:21 :
Depuis le départ , ils remettent tout à la baisse! preuve s'il en est, qu'ils ne sont que des guignols, au courant de quedalle !
a écrit le 12/09/2013 à 9:10 :
... ce sera le jour où le gouvernement fera un budget à l'équilibre, avec prévision de croissance 0. Sans cela, aucune dette ne sera jamais remboursée!
Réponse de le 12/09/2013 à 14:09 :
+1, et qu'on ne vienne pas me parler de mauvais signal lance a l'economie. Elle tourne avec des parametres qui sont autres que la prevision de croissance aussi psychologique soit elle. Le bon message est que toute recette apportee en plus par la croissance est versee au desendettement.
a écrit le 12/09/2013 à 8:36 :
Les français travaillent bien et produisent plutôt pas mal, dans le genre. Mais tout ce qu'ils créent en plus par leur travail est bouffé par les nouveaux impôts. C'est pour çà qu'il n'y a pas de croissance. Et trop de chômage. Balayons cette caste de parasites (mondains) !
a écrit le 11/09/2013 à 23:14 :
Avec la taxe sur l'EBE pour 2014 le gouvernement prépare une chute massive des investissements dans les PME qui font plus de 3 millions de ÇA
INCOMPRÉHENSIBLE !
Montebourg est-il d'accord avec une telle hérésie ??
Réponse de le 12/09/2013 à 0:39 :
Montebourg est d'accord avec tout ce qui peut lui permettre d'exister dans les média.
Réponse de le 12/09/2013 à 8:00 :
Montebourg est lui meme une hérésie!!!
a écrit le 11/09/2013 à 22:17 :
Le déni de la réalité et le pifomètre semblent être les mamelles de ce gouvernement. Ajoutons à cela le mépris de nos grands patrons pour leur pays, pour qui la France est une "Marie-couche-toi-lâ". Que c'est triste.
a écrit le 11/09/2013 à 21:14 :
y a aucun organisme independant qui donne 0.9% de croissance, sachant que la croissance potentielle de la france est... nulle ( mais ca ca suppose des reformes, donc une grosse paire de coronas dont manquent certains, enfin je veux dire ' dont certains sont dotes ' a la francaise pour tous')
Réponse de le 11/09/2013 à 22:01 :
Je reprend: "il n'y a aucun organisme indépendant" point.
Réponse de le 12/09/2013 à 8:40 :
@churchill : pas "coronas", mais plutôt "cojones", si on parle bien de la même chose.
a écrit le 11/09/2013 à 20:11 :
Parce que Hollande sent monter la RESISTANCE des francais qui commencent a faire la greve des achats, courage il faut continuer
Réponse de le 11/09/2013 à 21:19 :
vous faites une grave erreur... passez plutot vos vacances en italie dans un 5*, allez bronzer en espagne, boire des bieres au ru, au retour, achetez une berline allemande ou une sportive anglaise( et dite a votre femme d'arreter de travailler, vu ce que ca rapporte au couple apres avoir paye la garde des enfants, les frais divers, etc...); a salaire egal travail egal, si elle parle 5 langues ou qu'elle est chirurgienne oncologue, elle sera aisement remplacee par tout rmiste grace a un texte de loi egalitariste qui decrete l'egalite des salaires et des gens
a écrit le 11/09/2013 à 19:22 :
Ites les richesses vives.ls ont realise que la France avait une gestion socialo qui consiste a faire expatrier tou
a écrit le 11/09/2013 à 19:20 :
Hollande optimiste mais pas réaliste comme d'habitude
a écrit le 11/09/2013 à 18:32 :
Espérons que la pression de l'opinon soit suffisante pour confier en France aussi les prévisions a un organisme indépendant de l'Etat.
a écrit le 11/09/2013 à 18:12 :
C'est de la faute à Sarkozy ! :)
Réponse de le 11/09/2013 à 22:01 :
Nier qu'il pourrait porter sa part de responsabilité c'est aussi de la mauvaise foi.
Réponse de le 12/09/2013 à 6:24 :
Sarkozy serait encore au pouvoir, je suis sur que ce ne serait pas pire.. Ouvrons les yeux et arrêtons de croire ce gouvernement, ils ont descendu Sarko mais faites des recherches et vous verriez que ce gouvernement nous coûte plus cher que le précédent.
Réponse de le 12/09/2013 à 8:08 :
déjà 37 ministres sans diminution de salaire
Réponse de le 12/09/2013 à 10:10 :
Comme nier la responsabilité des socialistes et de la gauche qui a lutté pendant des années contre toutes les réformes engagées par les gouvernements successifs aussi. Sans compter le populisme de gauche par la négation des réalités économiques comme les 35 h ou la retraite à 60 ans non financée... La droite a été nulle et faible, c'est vrai mais la gauche l'est encore plus : le déficit se creuse plus vite que sous Sarko, les embauches de fonctionnaires ont encore augmenté alors que le nombre de départs de fonctionnaires à la retraite est aujourd'hui en voie de diminution et j'en passe...

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