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ÉconomieFrance

Cumulardes, étrangères, seniors… qui sont les dames du CAC 40 ?

Marina Torre et Hélène Haus

Publié le 02 décembre 2013 à 17:02 - Mis à jour le 02 décembre 2013 à 18:17

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Les grandes entreprises françaises sont parvenues à dépasser le quota imposé par la loi de 20% d’administratrices… en invitant souvent les mêmes femmes à siéger dans plusieurs conseils ou en allant les chercher à l’étranger. Pour parvenir aux 40% en 2017, il faudra dénicher de nouvelles têtes. La chasse est ouverte.

"Le jour où une femme incompétente sera nommée à un poste important", signe d'une véritable parité selon le célèbre mot de Françoise Giroud, semble encore bien lointain. En attendant, les plus grandes entreprises françaises ont bien fait un effort, en dépassant le quota de 20% de femmes parmi les membres des conseils d'administration et de surveillance imposé par la loi de 2011. Le but de cette ouverture, outre le respect du principe l'égalité: améliorer les performances des entreprises. Une théorie qui a fait ses preuves dans le monde.

En France, les entreprises s'y sont pliées avec plus ou moins de bonne volonté comme le montre le baromètre dévoilé en octobre par l'observatoire Ethics and boards pour le ministère du Droit des femmes. Ce dernier prévoit même "début 2014" le lancement officiel d'une plateforme web sur lequel les femmes pourront publier leur C.V. afin de se rendre "visibles" auprès des entreprises réalisant un chiffre d'affaires annuel supérieur à 50 millions d'euros ou comptant au moins 500 salariés. En 2017, ces mêmes sociétés devront d'ailleurs avoir atteint le seuil de 40% de femmes parmi leurs administrateurs. Il leur faudra pour cela diversifier leurs choix.

En effet, en y regardant de plus près, il apparaît que plus que jamais, leurs compétences sont scrutées de très près. A tel point que, pour prouver leur légitimité, elles doivent souvent avoir déjà un mandat d'administratrice inscrit sur leur CV ou bien avoir déjà exercé de très hautes fonctions à l'étranger...

  • 10% de cumulardes

Au sein des entreprises cotées en particulier, il apparaît que certains noms reviennent régulièrement. Quelque 11% des femmes membres d'un conseil d'administration ou de surveillance du CAC 40 ont déjà au moins un autre mandat dans une autre entreprise du CAC. Certaines en ont même plus. La championne, Anne-Marie Idrac, cumule quatre mandats. L'ancienne secrétaire d'État chargée du Commerce extérieur du gouvernement Fillon officie ainsi chez Bouygues, Saint-Gobain, Total et Vallourec.

A cela, il faut rajouter toutes les autres entreprises du SBF 120 que certaines de ces femmes administrent également… Parmi les 47 nouveaux membres élus aux assemblées générales du CAC 40 en 2013, 13 étaient des femmes ayant déjà au moins un mandat ailleurs d'après une étude de l'observatoire Ethics and Boards. Le cumul existe également chez les hommes. Ainsi cette année, 63% des hommes élus dans un conseil d'administration ou de surveillance d'une société du CAC40 avait également un autre mandat dans une société du SBF 120, toujours selon la même source.

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Pourquoi de tels cumuls ? "Connaître une femme qui a déjà un poste d'administrateur, c'est toujours plus rassurant", explique Agnès Bricard, la fondatrice de la Fédération des femmes administrateurs.

  • 22% d'étrangères

22% d'étrangères

Il apparaît également plus rassurant de choisir des candidates parmi les femmes ayant déjà exercé un poste de direction d'une entreprise. Et comme elles sont plutôt rares, il est fréquent d'aller les chercher… à l'étranger. Résultat: près d'un quart (22%) des administratrices du CAC 40 sont des étrangères. Les plus nombreuses sont Américaines (une dizaine), Britanniques (5) Allemandes et Espagnoles (4 pour chacune de ces nationalités).

Et, signe que décidément, le "vivier" de femmes compétentes en France apparaît bien restreint aux yeux de ceux qui décident des nominations : quatre femmes sont à la fois étrangères et cumulardes.

En cause : la recherche de profils de femmes ayant fait leurs preuves comme dirigeantes. C'est ce qu'explique Viviane de Beaufort, directrice du programme "entreprendre au féminin" à l'Essec :

"Les dirigeants se disent qu'il leur faut un profil de femmes qui sont aussi de hauts dirigeants. Ils recrutent des clones."

De façon plus pragmatique, les nominations de femmes étrangères répondent également à l'impératif d'ouvrir les conseils d'administration à des personnalités connaissant sur le bout des doigts des marchés étrangers où les multinationales françaises sont implantées ou souhaitent se lancer. En nommant des femmes étrangères, elles font donc d'une pierre deux coups. Dominique Druon, présidente du cabinet de recrutement et de conseil Aliath confirme :

"Dans le cahier des charges des entreprises, les sujets internationaux reviennent presque systématiquement. "

Nécessairement expérimentées, dotée d'un solide carnet d'adresses, les administratrices sont par ailleurs plutôt seniors, mais un peu moins que les hommes. Les femmes élues au CAC en 2013 ont ainsi 53 ans de moyenne d'âge selon Ethics and Boards et les hommes 57 ans.

  • Et demain : plus de Françaises, jeunes et connectées?

Problème : "Avec le passage du quota de 20 à 40%, les entreprises seront obligées de se retourner de nouveau vers les Françaises", pointe Dominique Druon. Un avis partagé par Viviane de Beaufort, qui affirme :

"Dans un contexte mondialisé, avec des risques financiers, il y a des questions auxquelles les dirigeants de 70 ans, cravatés, blancs, franco-français et qui sortent des grands corps ne sont plus capable de répondre seuls correctement. "

Aux yeux des spécialistes du recrutement mais aussi des responsables de formations d'administrateurs, le profil le plus recherché demain sera celui de technicien(ne), ingénieur(e)  ou pas, mais en tous cas très à l'aise avec les problématiques digitales. "Les profils de plus en plus demandés sont ceux de femmes qui ont une bonne compréhension des questions numériques", indique la présidente du cabinet de recrutement Aliath.

  • Les trouver, et les convaincre

"La cooptation doit être remplacée par la professionnalisation", acquiesce Agnès Bricard. Cela permettrait de contourner la question de la "pénurie" fréquemment évoquée. "J'ai entendu des président d'entreprise dire : 'des femmes compétentes', je n'en connais pas", raconte par exemple Dominique Druon.

Seulement, où trouver ces fameuses femmes compétentes et dignes de confiance pour occuper ces postes ? Certains professionnels du recrutement pointent que celles-ci ne se bousculeraient pas pour se porter candidate, et ce même si la rémunération est attractive.

"Nous avons sollicité des candidates qui sont légitimes pour passer la barre mais qui ne sont soit pas intéressées, soit débordées par leur double journée au travail et à la maison", regrette ainsi Jean-Pierre Scandella, chasseur de têtes et co-fondateur du cabinet Arrowman.

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Pourtant, "on a du sang neuf en France, on a des femmes compétentes, simplement, elles ne sont pas organisées", pointe Agnès Bricard, la fondatrices du Réseau Femmes Administratrice qui prêche pour sa paroisse. Elle participe à la création de la plateforme du gouvernement qui doit être prochainement lancée et qui permettra d'offrir une vitrine aux candidates potentielles.

De fait, les réseaux féminins se sont multipliés depuis des années. L'enjeu donc : faire en sorte qu'ils se rencontrent. Dominique Druon, habituée des recrutement affirme ainsi :

"les réseaux féminins et masculins fonctionnent comme deux mondes parallèles mais les ponts sont en train de se construire".

Marina Torre et Hélène Haus

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