"C'est sur les entreprises qu'il faut compter pour relancer l'économie"

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Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis Asset Management.
Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis Asset Management.
Le pouvoir d'achat des Français a reculé fin 2013, selon des chiffres publiés par l'Insee lundi. Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis Asset Management, livre son analyse.

Selon Philippe Waechter, quand la baisse du pouvoir d'achat des ménages perdure, elle ne peut plus être compensée par la stratégie circonstancielle de la "tirelire cassée", qui consiste à puiser dans l'épargne pour maintenir un certain niveau de consommation. Ce sont donc sur les entreprises plus que sur les consommateurs qu'il faut compter pour relancer la machine, estime-t-il.

Le pouvoir d'achat global a baissé de 0,2% au dernier trimestre 2013. Quels facteurs expliquent ce recul ?

Philippe Waechter. Alors qu'il avait augmenté en début d'année, le revenu disponible brut (pouvoir d'achat) des Français a glissé sur une pente négative lors des deux trimestres suivants. L'élément qui a fait basculer la balance ne fait aucun doute : c'est l'augmentation significative des impôts sur le revenu et le patrimoine (+ 5,2%).

Il y avait bien plusieurs facteurs positifs qui auraient pu tirer le pouvoir d'achat à la hausse, comme l'accélération de la masse salariale perçue et une augmentation des prestations sociales. Mais la hausse de la fiscalité a littéralement gommé leurs effets.

Sur l'ensemble de l'année 2013, le pouvoir d'achat global a tout de même augmenté de 0,3%, selon l'Insee. Peut-on s'en enthousiasmer ?

Non, au contraire, nous ne sommes pas sur une dynamique enthousiasmante... Non seulement cette augmentation globale reste très modérée et n'installe aucune vraie tendance haussière, mais, en plus, la statistique utilisée n'est pas la plus pertinente.

Pour mieux visualiser le pouvoir d'achat des ménages, ce n'est pas le revenu disponible brut global qu'il faut considérer, mais celui par unité de consommation, qui prend en compte la composition des ménages et les contraintes budgétaires. Or ce chiffre a reculé de 0,3% sur l'année 2013 d'après les données de l'Insee !

Si le pouvoir d'achat a diminué, comment expliquer que les dépenses de consommation aient, à l'inverse, augmenté de 0,3% en 2013 ?

C'est simple : les ménages ont consommé davantage en puisant dans leur épargne. Ils ont fait l'hypothèse que la baisse de leurs revenus bruts était temporaire, et ont choisi de maintenir leur niveau de consommation comme avant.

Mais une question se pose : que se passera-t-il si cette baisse de pouvoir d'achat se maintient? Vont-ils continuer à conserver leur niveau de consommation en cassant la tirelire? Je ne pense pas. D'ailleurs, la nouvelle inquiétante en ce début d'année, c'est l'indice de consommation des ménages: il a chuté de 2,1% en janvier et stagné en février.

Quelle politique adopter alors pour stimuler la consommation en 2014 ?

Tous les constats réalisés précédemment signifient une chose, selon moi : en phase d'amélioration de l'activité, ce n'est pas sur le consommateur qu'il faut compter en premier... En 2013, le dispositif de déblocage de l'épargne salariale des ménages n'avait déjà pas fonctionné : malgré l'exonération d'impôts qui leur était offerte, les ménages étaient trop inquiets et ont préféré ne pas puiser dans leur épargne.

Dans une telle phase, c'est donc davantage sur les entreprises qu'il faut compter pour relancer l'activité. A cet égard, le pacte de responsabilité - qui vise à faire baisser les charges des entreprises et à relancer la compétitivité - est très intéressant.

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Commentaires
a écrit le 03/04/2014 à 18:26 :
Nous ne sommes pas assez compétitifs par rapport aux autres pays comme les 35 h, taxe à 75 pour cent etc ... Nous sommes trop cher et exigeants et, faisons fuir les investisseurs et, donc pas d'entreprise qui embaucherait et ainsi de suite ...
a écrit le 01/04/2014 à 8:58 :
sur 38 ministres aucun n est passe par le prive ! et on s etonne encore que cela marche pas ! on marche sur la tete dans ce pays !
a écrit le 31/03/2014 à 21:23 :
Je dois être bête car je ne comprends pas le raisonnement. Si on baisse les charge, les entreprises vont augmenter leurs marges mais pour quoi faire ? Augmenter les dividendes des actionnaires (dans les grandes entreprises) ? Pas plus de consommation, pas plus de clients puisque comme le décrit l article, le problème c est le pouvoir d achat des ménages. Donc retour à la casse départ car ce n est pas les grandes entreprises qui augmenteront les salaires ....
Réponse de le 31/03/2014 à 21:44 :
Je vous rappellerai simplement que plus de 90% des entreprises sont des TPE, et 70% des salariés sont dans des petites entreprises ... alors merci de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain : on peut tout à fait baisser les charges sur l'emploi, et taxer la distribution de dividendes...en n'oubliant pas que les dividendes sont la rémunération d'un capital (comme les intérêts d'un emprunt) et d'une prise de risques !!!
Réponse de le 31/03/2014 à 23:53 :
De toute façon il est stupide de maintenir le financement de la SS et du chômage avec un prélèvement sur les seuls salaires. Ce coût se retrouve de toute façon dans les prix donc c'est au moins aussi injuste que la TVA et ça a en outre l'inconvénient d'augmenter bêtement le cout du travail. Il est évident qu'il faut transférer tous ces prélèvements vers l'impôt (TVA sociale pour le chômage et la retraite, CSG pour la solidarité). Tant qu'on n'aura pas compris cela on foncera dans le mur...
Réponse de le 01/04/2014 à 0:25 :
Les dividendes récompensent une prise de risque... Il est ou le risque lorsque l on menace les entreprises de sortir du capital si celles ci ne crachent pas assez de dividendes. Oui à une aide aux PME , non à une aide aux entreprises internationales qui ne pensent qu a faire de l optimisation fiscale sur le dos de leurs salaries.
Réponse de le 01/04/2014 à 9:36 :
Baisser les charges pour mieux rémunérer les actionnaires, ca fait venir les clients ca?
A mon avis ça creuse surtout le trou de la sécu et ça enrichit les apporteurs de capitaux, CAD les plus riches au départ.
Réponse de le 01/04/2014 à 9:38 :
C'est bien connu, les rentiers meurent comme des mouches.
a écrit le 31/03/2014 à 21:03 :
Effectivement ...il me semble sauf que erreur que sans client on ne vend pas, sans client on liciencie, sans client l'entreprise ferme. Perso je dirai qu'il faut plutôt favoriser la consommation mais intelligemment , je m'explique s'assurer que les produits que l'on consomme soit produit chez nous. Ainsi, plus tu consommes plus tu dois produire donc plus tu crées cherches de la main d'œuvre pour produire . Enfin j'ai pas fait de grandes études je reste juste logique.
a écrit le 31/03/2014 à 20:35 :
Bonjour,

deux points importants il me semble:

1/ Philippe Waechter travaille chez Natixis, qui est une société de gestion qui travaille pour de très riches particuliers, et pour..des entreprises bien sur.

2/ Le PIB des pays occidentaux comme la France, c'est a 70% la consommation des ménages.

Nous sommes dans une économie de consommation, si on ne privilège pas le consommateur; je ne vois pas comment nous retrouverons une quelconque croissance de ce PIB...ce Monsieur l'avoue lui même, mais propose une solution qui lui convient peut être mieux :-)
Réponse de le 31/03/2014 à 21:42 :
Le problème de l'augmentation de la consommation c'est que cela favorise les industries étrangères (i phone, etc...) et creuse le trou du déficit commercial qui est déjà abyssal.
Réponse de le 31/03/2014 à 23:56 :
Il faut de la consommation...et de la protection (par la TVA sociale par exemple) de sorte à convertir cette consommation en production française. C'est du bon sens.
Réponse de le 01/04/2014 à 8:31 :
@Jeannot Lapin,

Bonjour, Cette consommation favorise l'industrie étrangère parce qu’on l'a bien voulu. C'est aussi ça l’Europe et la suppression des barrières douanières...il n'y a pas que des avantages.

D’ailleurs savez vous comment font les autres grands pays de ce monde pour éviter ce qu'il nous arrive ? il taxent a l'import beaucoup plus que nous. c'est le cas des chinois, des russes des brésiliens, mais aussi...des USA.

C'est une mondialisation a deux vitesse....Pour changer tout cela, l'UPR se présente aux européennes...
a écrit le 31/03/2014 à 19:28 :
Une entreprise sans clients et sans carnet de commande, c'est une vue de l'esprit.
a écrit le 31/03/2014 à 19:12 :
Misons sur les cadres des entreprises. Les cadres ont été sévèrement touchés par la spoliation fiscale. Ils sont découragés, désabusés, n'ont plus envie de prendre de risques: sans eux, les entreprises ne créent pas de richesse, font moins de résultat et donc paient moins d'impôts. Au lieu d’assommer les cadres d'impôts, il faut les dorloter, les mettre dans les meilleurs conditions pour qu'ils sur-performent. Il faut baisser leurs impôts.

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