Pour l'OFCE, l'objectif des 3% de déficit va lourdement peser sur la croissance

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Selon l'OFCE, l'emploi ne se rétablira pas avant 2015... et encore
Selon l'OFCE, l'emploi ne se rétablira pas avant 2015... et encore (Crédits : DR)
Selon l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), la légère reprise de la croissance attendue en 2014/2015 ne profitera pas à l'emploi. Et la marche forcée vers l’objectif des 3% de déficit va peser sur la reprise.

Ce n'est pas un optimisme béat qui caractérise les perspectives économiques 2014/2015 de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Le très keynésien institut lié à Sciences Po Paris, fidèle à ses paradigmes, estime en effet que les politiques d'austérité menées depuis 2011 vont continuer de peser sur la croissance… et l'emploi.

Selon les dernières projections de l'OFCE, en 2014 et 2015, le PIB français croîtrait respectivement de 1,2 % et 1,6%. Des prévisions certes supérieures à celles escomptées il y a quelques mois. Mais, pourtant, selon les économistes de l'Observatoire :

« la prévision décrite ici ne peut pour autant être qualifiée de reprise, ni même d'optimiste, car elle ne repose pas sur la hausse de l'emploi, la distribution de revenu, l'accélération de la consommation et la reprise de l'investissement par le jeu de l'accélérateur ».

Les entreprises vont prioritairement rétablir leurs marges

Comment expliquer ce phénomène ? En fait, les entreprises profiteraient de ce regain de croissance procuré par le relâchement de l'austérité pesant sur elles - notamment via le pacte de responsabilité - pour restaurer progressivement leur situation financière. Or, cette stratégie repose prioritairement sur l'augmentation de la productivité. D'autant plus que les entreprises disposent de marges de capacité de production sans investir qui pourront être intensifiées. Par ailleurs, selon l'Observatoire, les entreprises françaises se sont plutôt moins séparées de leurs salariés par rapport à leurs homologues européennes depuis le retournement conjoncturel de 2011. Il resterait un "suremploi de 190.000 salariés", essentiellement dans l'industrie.

La courbe du chômage va continuer de légèrement se dégrader

Résultat, en contrepartie de cet ajustement « il ne faudra pas attendre de la croissance une reprise des embauches ». Pis, selon l'OFCE, la France perdra encore des emplois marchands cette année avec 43.000 postes en moins par rapport à 2013. Heureusement, il y aura 115.000 emplois aidés de plus dans le secteur non-marchand. In fine, cependant, il n'y aurait toujours pas d'inversion du chômage… avec, au contraire, 61.000 chômeurs supplémentaires par rapport à 2013 et le taux de chômage s'établirait à 10%, contre 9,8% fin 2013. Le sursaut devrait être plutôt pour 2015… mais il serait très limité.

 Déficit: objectif 3%...

Bien entendu, l'OFCE s'est également penché sur « LE » sujet du moment, à savoir l'état des finances publiques et la marche forcée vers l'objectif à la fin 2015 de contenir le déficit à 3% du PIB. Etant entendu que les projections de l'Observatoire ont été réalisées avant la révélation par Manuel Valls, mercredi 16 avril, de son plan pour freiner les dépenses de 50 milliards d'euros. Même si l'OFCE avait anticipé ce "choc" de 50 milliards mais sans en connaître la structure.

Fin 2013, le déficit budgétaire s'élevait à 4,3% du PIB, après 4,9% en 2012, soit une baisse effective de 0,6 point. Pour l'OFCE, cette performance est  «décevante au vu de l'effort budgétaire de 1,7 point de PIB [soit environ 35 milliards d'euros] mis en œuvre en 2013, dont 1,4 point par le biais d'une hausse des prélèvements obligatoires ». Soit l'effort budgétaire annuel le plus important mis en œuvre depuis la mise en place de la rigueur budgétaire.

... via la contraction des dépenses...

En 2014/2015, le gouvernement poursuivra l'ajustement budgétaire engagé depuis 2010. Mais, souligne avec justesse l'OFCE, « la structure de la rigueur va changer, avec cette fois un accent mis sur la réduction de la dépense publique plutôt que sur l'augmentation des prélèvements obligatoires » Ces derniers ne progresseraient que de 0,15 point. Mais cette apparente stabilité des prélèvements cache de fortes disparités, puisque la fiscalité sur les ménages va s'alourdir de 12,6 milliards d'euros, principalement sous l'effet de la hausse de la TVA (5,4 milliards d'euros) et de la hausse de l'impôt sur le revenu (3,8 milliards). Simultanément, le CICE va restituer aux entreprises 7,5 milliards d'impôts sur les bénéfices.

... qui va peser sur la croissance et l'emploi

Par ailleurs, en 2014, des économies à hauteur de 15 milliards d'euros seront réalisées par rapport à l'évolution tendancielle des dépenses. Selon l'OFCE:

« il résulterait de cet effort une évolution des dépenses publiques de 1,7 % en valeur sur l'année 2014, et de 0,4 % en volume. Une telle évolution des dépenses publiques représenterait un effort sans précédent, puisque l'évolution de la dépense des administrations publiques était de 4 % l'an en valeur entre 2000 et 2007, et de 2,5 % sur les trois dernières années ».

Selon l'observatoire, cette marche forcée pourrait conduire à un solde public égal à 3,7% à la fin 2014 et… à 3% fin 2015, l'objectif serait donc tenu. Mais à quel prix ! L'impulsion budgétaire, c'est-à-dire les conséquences de la politique budgétaire menée sur l'évolution de la croissance, serait de -0,7 point de PIB en 2014 et -0,6 en 2015. Et le taux de chômage resterait aux alentours de 10% de la population active…

 

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Commentaires
a écrit le 05/05/2014 à 13:26 :
Comment se fait il que le gouvernent ait la même prévision de croissance pour 2014 que la Commission alors que celle ci ne prend pourtant pas en compte de mesures d’économies dans ses hypothèses ? Ou sont passés les effets récessifs des multiplicateurs keynésiens ( 1 euro de dépense publique en moins --> 1,2 de PIB en moins) dans la moulinette de Bercy, et dont le gvt on nous a bassiné pour justifier pendant 2 ans le refus de mesures d'econonies?
a écrit le 19/04/2014 à 22:56 :
merci Bruxelles !!!!!!!!!
a écrit le 18/04/2014 à 11:56 :
L'OFCE affirme que les multiplicateurs par la baisse des dépenses Publiques sont plus élevés en bas de cycle que par la hausse des impôts et semble regretter le changement de politique du gouvernement.
Il calcule les multiplicateurs suivant l'instrument utilisé (emploi public – prestations sociales – investissement public – TVA – impôt sur le revenu).
Est-ce toujours aussi pertinent que cela ?
Prenons l'emploi des fonctionnaires dont la baisse déprimerait le plus l'activité.
Quand une entreprise Privée devient plus productive en produisant la même chose avec moins de personnel, le PIB reste le même puisqu'elle produit la même chose.
Quand une administration Publique devient plus efficace en produisant la même chose avec moins de fonctionnaires, le PIB est diminué de la masse salariale des fonctionnaires en moins, puisque le PIB pour la partie publique est évalué aux coûts des facteurs (l'administration ne vend rien).
Que les multiplicateurs soient très élevés sur l'emploi Public, c'est à dire que la baisse de l'emploi Public entraîne une forte baisse du PIB n'est donc pas étonnant.
Cet indicateur est dans ce cas totalement trompeur.
C'est simplement du au mode de calcul du PIB différent quand il s'agit de production Publique (coût des facteurs) ou de production privée (prix de vente).
Réponse de le 18/04/2014 à 14:12 :
Oui, c'est sûr, et calculer la déficit en fonction du PIB est une arnaque complète. En fait, il est surtout question de ne pas faire peur au gens avec l'immensité du gouffre.
a écrit le 18/04/2014 à 11:38 :
OFCE
C'est un organisme placé à gauche. Je ne sais pas pourquoi. Est-ce que la source de financement est la cause de leurs opinions que l'on peut qualifier de gauche. Qui paie? L’État probablement.
Réponse de le 18/04/2014 à 14:20 :
Car la gauche est interdite dans ce pays ? A peu près tous les instituts d'analyse économique sont à droite, sont-ils financés par les Etats classés à droite d'après vous ?
a écrit le 18/04/2014 à 11:22 :
J'aime beaucoup l'OFCE, tendance légèrement gauchisante, qui, justement ne voit pas la vie en rose pour 2014 et 2015, et encore elle sous estime, à mon avis les tours de vis sur les ménages moyens et modestes des décisions VALLS, notamment l'affaiblissement des allocs familiales et plus généralement la baisse du niveau de vie de tout le monde: familles, retraités, étudiants.
a écrit le 18/04/2014 à 0:16 :
Et encore on parle de ramener le déficit à 3% du PIB, soit aux environs de 55 milliards, 1000€ par an et par habitant, 2000€ par actifs... Il faut peut être arrêter de vivre au dessus de ses moyens. Et le plus tôt sera le mieux !
Réponse de le 18/04/2014 à 2:56 :
Tout a fait juste. 3% de deficit budgetaire c'est deja assez laxiste et pas du tout liberal. C'est incroyable comment nos integristes keynesiens changent le sens et les representations au point de vouloir faire passer du bon sens (revenir dans les clous du -3%) pour une heresie economique ultra liberale.
a écrit le 17/04/2014 à 20:29 :
Tu parles! les gens vont se replier encore plus sur eux mêmes, compter encore plus leurs sous, la croissance ils vont se la mettre au...... !!!
a écrit le 17/04/2014 à 18:45 :
L'OFCE, sous couvert d'une étiquette scientifique, est un organisme PARTISANT. Adeptes d'une dépense publique à tout va, ils sont CONTRE toute économie dans la sphère publique. On aurait aimé les entendre l'année dernière lors des augmentations de prélèvements obligatoires. Mais là, non ! Des augmentations de prélèvements , c'est bien , cela ne pèse pas sur a conjoncture: des réductions de dépenses , c'est terrible , cela brise la croissance.
Pas crédibles.
D'autant plus qu'avec 40 ans de "relance keynesienne" annuelle, le PIB de la France devrait être l'un des plus élevés au monde. Ce n'est pas le cas.
Ils sont aussi incapables de voir ailleurs : en Angleterre , les dépenses ont baissé de 20% et le PIB a .....augmenté de 3%. Mais pour voir cela , il faut redevenir IMPARTIAL.
Ce que n'est pas l'OFCE !
a écrit le 17/04/2014 à 18:33 :
Ce pays ne peut se réformer, dès l'annonce d'une mesurette tout le monde monte au créneau...pas nous pas nous!!! Avec un peu d'objectivité nous pourrions évoluer, et conserver un peu de notre bien être...mais non on va dans le mur...sauf les pas nous pas nous...
Réponse de le 17/04/2014 à 20:27 :
les politicards aussi "disent PAS NOUS! PAS NOUS !!! soyez un peu objectif!
Réponse de le 18/04/2014 à 8:05 :
ou ai je dit le contraire? tout le monde....c'est tout le monde...politiques et citoyens
a écrit le 17/04/2014 à 18:05 :
walls nous fait du herault il rabote les prestations sociales mais ne touche pas aux privileges
elus,fonctionnaires avec le mensonge du blocage de l'indice qui est compensé par la prime de technicite ancienneté et le calcul de la retraite sur 6 mois.les regimes speciaux toutes ces agences qui ne servent à rien sous prefectures comites theodule ,secu des mines emploi bidon dans les hopitaux par des syndicalistes etc
Réponse de le 18/04/2014 à 7:52 :
Ne confondez pas petits et hauts fonctionnaires. " les privilèges" ne sont pas les mêmes. Sinon, on les supprime tous, et puis vous irez nettoyer votre rue, vous irez décrottez le derrière de vos enfants, vous leur donnerez un panier repas pour midi. Certes il faut réduire, mais commençons par nos élus, supprimons les régimes spéciaux, sans passe droit !
Réponse de le 18/04/2014 à 10:29 :
Pour ceux qui nettoient les rues, les horaires de travail peuvent etre optimisés... le fini-parti coute une fortune ! Pour décréter le derrière des enfants, les nounous sont privées ! Pour la cantine, ce sont principalement des sociétés privées... A TOUS les niveaux de la fonction publique, qu'on vous dit !! Pour commencer, qu'on les bascule TOUS au régime général des retraites, avec les MÊMES conditions que les salariés du privé, les MÊMES conditions de réversion, etc !!
Réponse de le 18/04/2014 à 12:15 :
Et revoilà les trolls anti-fonctionnaires ! On se croirait dans les années 1970... Ce sont d'ailleurs peut-être les mêmes...
Réponse de le 05/05/2014 à 14:11 :
Je n'ai rien contre les fonctionnaires. Mais pourquoi n'y aurait-il pas un régime général pour tout le monde? Ne sommes nous pas tous égaux?
Arrêtons de vouloir garder nos avantages dans chaque profession! Pensons plutôt à l'avenir de nos enfants! Ne soyons plus égoïstes et restons solidaires de nos anciens qui se sont battus pour avoir la Sécu, les congés payés, la retraite,....
Pensons tout simplement à l'avenir et non "à un chacun pour soi". Je précise que je ne suis pas de gauche.

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