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ÉconomieFrance

La France engluée dans une croissance molle

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 02 octobre 2014 à 04:57 - Mis à jour le 02 octobre 2014 à 04:59

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Soudée, bloquée, atone, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier l'économie française. Est-ce grave ? Certes, par rapport à ses voisins, hors Allemagne et Royaume-Uni, le pays n'a pas à rougir. Reste que le tableau n'est pas glorieux. Le gouvernement espère un choc de relance salutaire en Europe qui accompagnerait une accélération des réformes pour déverrouiller la croissance.

En panne... Comme au premier trimestre, la croissance a été nulle au deuxième. Et promet de rester plate jusqu'à la fin de l'année. Une « performance » qui aurait pu être encore plus décevante si la consommation des ménages n'avait pas résisté, compensant en partie l'atonie désespérante du commerce extérieur et la chute de l'investissement des entreprises.

« Alors qu'il avait progressé au cours des trois derniers trimestres de l'année 2013, l'investissement productif a enregistré au printemps 2014 un second trimestre consécutif de recul, au rythme de 3,2% par an », observe l'économiste Philippe Crevel.

Résultat, avec un acquis de croissance de 0,3% seulement à mi-année, le gouvernement a été contraint de réviser deux fois sa prévision de croissance. Désormais,

Michel Sapin envisage une croissance annuelle de 0,4%, loin du 1% anticipé encore en avril. Pour 2015, au lieu du 1,7% escompté, le projet de budget 2015 ne tablera que sur 1%, avec pour conséquence le maintien des déficits publics au-dessus de 4 % du PIB pour encore deux ans. Une fois de plus, la France devra négocier avec Bruxelles et Berlin un délai pour revenir sous les 3%, désormais promis pour... 2017.

« La conjoncture est maussade comme l'a été la saison estivale dans de nombreuses régions. La stagnation du deuxième trimestre a tué dans l'oeuf tout espoir de reprise à court terme. Cette mauvaise passe a été confirmée par l'enquête de l'Insee sur le climat des affaires en France pour le mois d'août. Cet indicateur perd un point dans l'industrie, le bâtiment et les services. Il perd neuf points dans le commerce de détail », observe Philippe Crevel qui anticipe une croissance annuelle de 0,3 % seulement.

Publié en août par Markit, l'indice PMI des directeurs d'achats dans le secteur manufacturier n'est guère plus enthousiasmant puisqu'il s'est replié de 47,8 en juillet à 46,9 en août, affichant son plus faible niveau depuis mai 2013. Quant à l'indicateur de retournement de l'Insee qui permet d'apprécier un éventuel changement de conjoncture, il reste dans la zone indiquant une situation défavorable. Dans ce contexte, la hausse continue du nombre de demandeurs d'emploi ne peut surprendre.

Un coût du travail jugé trop élevé

L'année dernière, après avoir avoué son erreur de diagnostic sur l'état de l'économie française, quatre ans après la crise de 2008-2009, François Hollande a commencé à réagir. Le rapport Gallois fut le coup d'envoi d'une politique de l'offre visant tout particulièrement à abaisser un coût du travail dont le niveau jugé trop élevé serait, si l'on en croit le Medef, la cause essentielle des maux de l'économie française.

Pour amplifier le pacte de compétitivité, qui a créé le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), le chef de l'État a proposé un pacte de responsabilité et de solidarité en janvier. Voté en juillet dernier, il allégera sur trois ans de 30 milliards d'euros le poids des charges patronales, un allégement auquel s'ajouteront 11 milliards de baisses d'impôts. Rarement, sinon jamais, un gouvernement surtout de gauche n'aura fait autant en faveur des entreprises. Au risque de déstabiliser sa majorité et ses électeurs.

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Pour autant, ce pacte ne suffira pas à lui seul à résoudre les difficultés de l'économie française, qui ne se résument pas à un problème d'offre. À quoi sert-il de restaurer la compétitivité si la demande est atone, d'autant plus que l'activité des entreprises sera mécaniquement touchée par les 50 milliards d'euros d'économies sur la dépense publique prévues d'ici à 2017 ?

Ceci est d'autant plus vrai que, dans le cas de la France, la dépendance européenne est forte. Près de 60% des exportations prennent la direction de la zone euro. Dans ce contexte, on comprend l'acharnement de l'exécutif à réclamer auprès de Bruxelles un plan de relance capable de sortir la zone euro de l'impasse économique dans laquelle elle se trouve actuellement.

Une marge de manœuvre limitée

En attendant que les 300 milliards d'euros du plan de relance proposé par Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, soient injectés dans les pays de la zone euro, quelles solutions s'offrent à Emmanuel Macron, le nouveau ministre de l'Économie, alors que se profile la présentation du projet de loi de finances 2015 ?

Austérité oblige - même si le gouvernement devrait à nouveau obtenir un peu de souplesse de la part de Bruxelles en matière de réduction du déficit public -, la marge de manœuvre de Bercy est limitée. Quelques baisses d'impôts accordées aux ménages modestes, voire aux classes moyennes, ne suffiront pas à relancer la machine. La seule bonne nouvelle, pour les exportateurs, est le repli de l'euro, depuis la baisse des taux de la BCE, mais en contrepartie, il augmentera la facture des produits importés.

Au pied du mur, le gouvernement a décidé d'accélérer les « réformes structurelles » pour lever certains blocages qui paralyseraient les énergies. Régulièrement réclamées par Bruxelles et les institutions internationales (FMI, OCDE...), celles-ci ont l'avantage d'être peu coûteuses. Mais elles bousculent l'opinion publique et les partenaires sociaux, au risque de provoquer un autre blocage, social celui-là.

Certes, certaines réformes, comme la simplification administrative et des normes, la flexibilité du marché du travail via l'Accord national interprofessionnel (ANI) signé en janvier 2013, ont d'ores et déjà été lancées. Mais l'exécutif voudrait aller plus loin, pour donner des gages à Bruxelles en échange de sa clémence sur la question de la réduction du déficit public.

« Il faut gagner en productivité »

Avant l'été, et avant sa démission du gouvernement, Arnaud Montebourg avait ainsi annoncé une loi de croissance et de pouvoir d'achat qui devait notamment s'attaquer aux professions réglementées, comme le suggérait le rapport Attali commandé sous Nicolas Sarkozy. Objectif, redonner 6 milliards d'euros aux Français en faisant baisser certains prix dans des secteurs en monopole. Sans surprise, Emmanuel Macron, qui fut le rapporteur de la commission pour la libération de la croissance, a promis de poursuivre ce chantier.

De son côté, pour redresser la compétitivité des entreprises exposées et réduire le déficit des échanges extérieurs de la France, France Stratégie propose de réformer le marché des biens et des services des secteurs abrités de l'économie comme l'immobilier, les services aux entreprises, les services juridiques et comptables.

« Il faut gagner en productivité dans ces secteurs et veiller à la modération salariale », explique le think tank du gouvernement dédié à la prospective, lointain successeur du Commissariat au plan.

La réforme annoncée du travail du dimanche, qui serait assoupli dans certaines zones, la modification des seuils sociaux sont aussi à l'étude. Quant à l'assouplissement du contrat de travail et à la réforme des 35 heures, on ne sait pas encore si le nouveau ministre de l'Économie osera s'y attaquer même si, depuis l'entretien accordé au Point fin août, on connaît avec précision le fond de sa pensée... Recevra-t-il l'aval de l'Élysée ? Il serait, sur ce point, sur la même longueur d'ondes que Laurence Boone, la nouvelle conseillère économique de François Hollande.

Les enjeux sont énormes

Si la panne de croissance se prolonge au cours des prochains trimestres, cela aura des répercussions graves sur un pays en pleine déprime. En particulier, si l'investissement - surtout les investissements innovants - ne repart pas, la France continuera de perdre du terrain dans le domaine technologique, effaçant les éventuels gains de compétitivité permis par le pacte de responsabilité.

D'autre part, une croissance molle ne pourra pas permettre à la France de respecter ses engagements vis-à-vis de Bruxelles en matière de réduction des déficits publics, écornant une crédibilité déjà entamée. Comment réagiront les marchés qui, jusqu'ici, permettent à la France de s'endetter au moindre coût (1,3% à dix ans) ?

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Enfin, sur le plan politique, François Hollande ne pourrait sortir indemne si la conjoncture ne s'améliore pas, comme il en fait le pari depuis deux ans, sans succès pour le moment. Sans un redémarrage de la croissance et une véritable inflexion de la courbe du chômage, il reconnaît lui-même n'avoir aucune chance de se représenter en 2017.

Fabien Piliu

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