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Pourquoi la Chine devrait s'inquiéter de la chute des dictateurs arabes

Dani Rodrik, professuer à Havard

Publié le 18 février 2011 à 18:13

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L'Égypte et la Tunisie viennent d'adresser un message glacial à la Chine et aux autres régimes autoritaires : "Ne comptez pas sur les progrès économiques pour rester éternellement au pouvoir."

Le rapport sur le développement humain 2010 de l'ONU met en évidence le résultat remarquable des pays musulmans du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord. La Tunisie est classée 6e parmi 135 pays sur les 40 dernières années, devant la Malaisie, Hong Kong, le Mexique et l'Inde. L'Égypte figure à la 14e place. L'indice de développement humain (IDH) qui permet d'établir ce classement prend en compte non seulement la croissance économique, mais aussi la santé et l'éducation. Avec une espérance de vie de 74 ans, la Tunisie devance la Hongrie et l'Estonie, des pays plus de deux fois plus riches. 69 % des enfants égyptiens sont scolarisés, un taux voisin de celui de la Malaisie.

Manifestement l'État tunisien et l'État égyptien n'ont pas négligé la protection sociale et ont largement redistribué les bénéfices de la croissance. Mais en fin de compte, cela n'a pas eu d'importance. Les peuples tunisien et égyptien étaient fous de colère contre leur gouvernement et n'étaient pas disposés à le subir encore longtemps. Si le président tunisien Ben Ali et le président égyptien Moubarak comptaient sur la croissance économique pour assurer leur popularité, ils doivent être bien déçus.

La révolte du monde arabe montre que réussite économique et politique ne vont pas nécessairement de pair. Il est vrai que la plupart des pays riches sont démocratiques, pourtant la démocratie n'est ni nécessaire ni suffisante pour garantir le développement économique à long terme. Bien qu'ayant réalisé des progrès économiques, la Tunisie, l'Égypte et beaucoup d'autres pays du Moyen-Orient sont restés sous l'emprise de régimes autoritaires avec, à leur tête, des cliques corrompues s'appuyant sur le clientélisme et le népotisme. Leur classement en termes de développement humain est en décalage total par rapport à la corruption de ces régimes et au système policier sur lequel ils reposent.

Les événements de Tunisie et d'Égypte montrent qu'une croissance économique rapide ne suffit pas à garantir la stabilité politique, si elle ne s'accompagne pas du développement et de la maturation des institutions politiques. La croissance économique engendre une forme de mobilisation sociale et économique, source en elle-même d'instabilité politique. Ainsi que le politologue Samuel Huntington (décédé en 2008) l'a formulé il y a plus de quarante ans, « le changement social et politique (l'urbanisation, l'alphabétisation, l'éducation et la diffusion croissante de l'information) engendre la multiplication des exigences en matière politique et élargit la participation à la vie publique ». Si l'on ajoute à cela les réseaux sociaux comme Twitter et Facebook, le changement économique rapide met en mouvement des forces sociales capables de déstabiliser un régime.

Cela nous amène à la Chine. Au maximum des manifestations en Égypte, lorsque les internautes chinois faisaient une recherche sur les mots "Égypte" ou "Le Caire" ils tombaient sur un message annonçant qu'il n'y avait aucun résultat. De toute évidence, le gouvernement chinois ne voulait pas que la population sache ce qui se passe en Égypte, de crainte que cela ne lui donne de mauvaises idées. Les dirigeants chinois n'ont pas oublié les événements de la place Tiananmen de 1989 et veulent éviter leur répétition.

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La Chine n'est ni la Tunisie ni l'Égypte. Le gouvernement chinois a fait des ouvertures en faveur de la démocratie locale et a pris des mesures sévères contre la corruption. Malgré cela, des manifestations de mécontentement ont eu lieu tout au long de la dernière décennie. Le gouvernement en a recensé 87.000 en 2005, dernière année pour laquelle il a fourni des chiffres - ce qui laisse à penser que leur nombre a augmenté depuis. Les dissidents contestent la suprématie du Parti communiste, à leurs risques et périls.

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Les dirigeants chinois comptent sur une rapide élévation du niveau de vie et la création d'emplois pour jouer le rôle de soupape de sécurité à l'égard des tensions sociales et politiques en fermentation. C'est pourquoi ils visent une croissance d'au moins 8 % par an - le nombre magique susceptible, croient-ils, de contenir la contestation. Mais l'Égypte et la Tunisie viennent d'adresser un message glacial à la Chine et aux autres régimes autoritaires : ne comptez pas sur les progrès économiques pour rester éternellement au pouvoir.

Copyright Project Syndicate

Dani Rodrik, professuer à Havard

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