Le "yes, we can" du monde arabe

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Par Philppe Mabille, rédacteur en chef "Editoriaux et opinions" à La Tribune.

L'Egypte, après la Tunisie. Moubarak, après Ben Ali. Et de deux, se dit-on volontiers, en se réjouissant des acclamations qui ont accompagné cette nouvelle victoire dans ce qui ressemble presque à une Coupe du monde de la démocratisation. Où va se porter désormais l'onde de choc de ce tsunami, qui suscite chez tous les peuples arabes un espoir aussi grand que celui issu de l'élection d'un président noir aux Etats-Unis en 2008 ? En Algérie où de nouvelles manifestations sont annoncées, mais aussi en Jordanie, au Yémen, et, pourquoi pas, au Maroc, aux Emirats, voire, en Arabie saoudite...

Jusqu'où soufflera le vent de la révolte ? Doit-on parler d'une révolution globale qui atteindra tous les régimes autoritaires, y compris la Corée du Nord, la Chine ? La vague touchera-t-elle l'Occident ? Certains croient voir dans l'attitude de la jeunesse arabe les prémices d'un nouveau printemps 68, de la part d'une génération nourrie à l'Internet et désespérée par un chômage endémique. La rue arabe nous réveille et cela nous inquiète. C'est que la chute en trente jours de deux dictateurs au pouvoir depuis trente ans, même si elle permet de tout espérer, ne résout rien. Une transition démocratique ne se fait pas en six mois, le temps que s'est donné l'armée, désormais au pouvoir au Caire, pour rendre le pouvoir aux civils.

La statue de la Liberté érigée place Tahrir ébranle le monde, mais ses bases sont fragiles. Un débordement du Nil de la révolte pourrait en saper les fondations, au profit d'une révolution islamiste autrement plus inquiétante. Beaucoup, en Occident, voient Téhéran 1979 sous les pavés du Caire 2011. A tort peut-être, car ces révolutions pacifiques font plus penser à l'Inde de Gandhi qu'à un renouveau de l'islam radical. Prenons néanmoins garde à la désillusion dans un monde qui dépend, pour sa croissance et sa paix, de la stabilité des routes du pétrole et du commerce maritime. Un défi pour l'Occident qui bien que dépassé par les événements, tente de rester en phase avec l'Histoire. 

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