"L'euro n'est plus remis en question"

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Entretien exclusif avec le chef du fonds d'aide aux pays de la zone euro en difficulté financière (FESF). Klaus Regling regrette que les pays de la zone euro attendent jusqu'à juin pour dégager une capacité de prêt effective de 440 milliards d'euros pour son fonds. Il est aussi opposé à la participation des créanciers privés à la restructuration de la dette de Dublin.

Les banques irlandaises ont finalement besoin de 24 milliards d'euros supplémentaires de capital. Selon le nouveau ministre des finances irlandais Michael Noonan, le cumul des dettes souveraines et des mauvaises créances des banques pourrait rendre les finances du pays insoutenables. Le plan d'aide à l'Irlande va-t-il suffire?

Klaus Regling: L'enveloppe de 35 milliards d'euros dédiée au secteur bancaire dans le programme d'aide négocié en 2010 est suffisante. L'argent est là. Tant que l'on reste dans cette enveloppe, le programme est soutenable.


Le gouvernement irlandais semble préparer les esprits à une participation des créanciers privés prioritaires, les «senior bondholders», à la restructuration du secteur bancaire. Qu'en pensez-vous ?

Il s'agit d'une catégorie particulière de créanciers, dont les titres sont garantis par l'Etat. Ce serait une mesure drastique, un changement rétroactif, qui n'est pas en ligne avec l'approche que nous essayons de mettre en ?uvre. Si un gouvernement ne tient pas une promesse dans ce cas, certains pourraient se dire qu'un autre pays pourrait faire de même. Nous sommes confiants que notre stratégie fonctionne sans revenir sur nos promesses.


On a évoqué ces derniers mois toutes sortes d'options pour la réforme du Fonds européen de stabilité financière (FESF) et pour le Mécanisme européen de stabilité (MES) qui lui succèdera en 2013: interventions sur le marché secondaire, rachat de dettes souveraines. Elles n'ont pas été retenues. Le Conseil européen du 25 mars n'a-t-il pas été en deça de ce qu'il aurait fallu pour rétablir la confiance ?

Les options que vous évoquez n'ont pas été débattues au niveau politique. Nous traversons, c'est vrai, une période particulièrement difficile, spécialement pour trois pays : la Grèce, l'Irlande et le Portugal. Mais si l'on prend la zone euro toute entière, nous avons passé le cap. Il y a encore six ou neuf mois, beaucoup de gens à Washington, à New York ou à Londres pensaient que l'euro aurait disparu dans les trois ans. Cette perception a changé. J'en tire la conclusion que la stratégie adoptée pour préserver la stabilité financière dans la zone euro fonctionne. Cela ne veut pas dire que tous les problèmes aient été résolus. Mais l'euro en tant que tel n'est plus remis en question. D'ailleurs sa valeur remonte. Quand nous avons procédé à notre première émission de 5 milliards d'euros en janvier, les investisseurs se battaient pour y participer. Des gens qui penseraient que l'euro va disparaître ne feraient pas cela


Quel est, à court terme, votre rôle ?

Trois pays ont des problèmes. La Grèce a fait de grands progrès mais elle en a encore pour plusieurs années. C'est la même chose en Irlande. Le Portugal connaît une bataille politique interne. On verra s'il demande ou non de l'assistance. S'il le fait, nous sommes prêts.


Etes-vous déçu que les chefs d'Etat et de gouvernement ne se soient pas mis d'accord en mars sur la réforme du Fonds européen de stabilité financière (FESF) qui est nécessaire pour que vous disposiez d'une capacité de prêt effective de 440 milliards d'euros?

Le Conseil européen a dit que ce serait fait en juin. Si tel est le cas, tout va bien. Bien sûr, j'aurais préféré ne pas avoir ces trois mois supplémentaires, mais on a de toute façon assez de moyens. Les deux tiers du MESF, ce pot de 60 milliards géré par la Commission européenne, sont disponibles. Et le FMI continuera à abonder tout plan à concurrence de 50% de ce que mettent les Européens. Si toutefois, il y avait un besoin, je suis sûr que les Etats membres pourraient se mettre d'accord plus tôt.


Quelle est l'ampleur de l'effort supplémentaire à produire pour atteindre cet objectif de 440 milliards d'euros ?

Tout dépend comment on s'y prend : garanties ou capital, probablement essentiellement les premières. On y travaille. On n'a pas encore de solution.


Il y a un problème de perception de ce mécanisme d'aide dans l'opinion. Les Allemands et Autrichiens notamment ont peur de perdre de l'argent. Que leur répondez-vous ?

Cette perception que certains payent directement pour d'autres, qui sont en difficulté, est fausse. Le système n'a jamais été conçu de manière à créer des transferts fiscaux de la Finlande, l'Autriche ou l'Allemagne vers la Grèce ou l'Irlande. Il ne fonctionne pas ainsi. Ces pays reçoivent des prêts qui doivent être remboursés. L'Autriche, par exemple, enregistre une rentrée fiscale d'environ 45 millions d'euros du fait de la prime perçue sur les crédits accordés à la Grèce. C'est cela la réalité, pas les supposés transferts.


Les Finlandais qui ne voulaient absolument pas en parler lors du Sommet européen du 25 mars à cause de leurs prochaines élections, sont-ils des trouble-fêtes ?

Non. Cela arrive dans beaucoup de pays que pendant les périodes électorales, les gouvernements ne veuillent pas prendre des décisions difficiles. Cela fait partie de la démocratie. Tout le monde comprend que dans certaines situations il est préférable d'attendre que le résultat des élections soit connu et qu'un gouvernement soit en place avec un nouveau parlement. Le problème est qu'avec 17 pays, cela arrive assez souvent. Ce n'est pas une situation parfaite. Mais tout le monde comprend cela car c'est le sort commun.


Quel serait le rôle du FESF en cas de restructuration d'une dette souveraine ?

Ce sont des scénarios débattus dans les milieux académiques ou les média. Mais pour nous, ce n'est pas une hypothèse de travail. Le FMI, la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission européenne ont conçu en Irlande et en Grèce des programmes qui garantissent à terme la pérennité des finances publiques.

Pourquoi était-il si important de rendre le mécanisme de stabilisation de l'euro pérenne ?

C'est très important d'avoir un mécanisme de gestion de crise dans un régime de changes fixes, tel que l'Union monétaire. C'est une des leçons qui avaient été tiré de l'expérience de l'étalon-or et de la crise des années 1930, en créant après la guerre le Fonds Monétaire International (FMI). Quand nous avons créé l'euro, nous avons cru que nous n'en aurions pas besoin. Mais quand la crise est arrivée, les marchés ont posé la question : qui va fournir la liquidité ? Maintenant nous avons une réponse à leur donner.

Quel bilan tirez-vous du sommet européen du 25 mars ?


Nous avançons dans la bonne direction. En 2009, pour le dixième anniversaire de l'euro, nous avions fait le constat de certaines déficiences. La crise a permis de faire toute une série de petits pas vers un meilleur fonctionnement de l'union monétaire. Sur le semestre européen, que la Commission avait proposé déjà en 2006 et 2007 sans succès, sur la supervision financière, sur la surveillance macroéconomique, sur les modalités de vote du Pacte de stabilité, il y a eu des avancées inimaginables avant la crise. Bien sûr, on aurait préféré y parvenir sans en passer par là. Mais c'est souvent ainsi que l'Europe a avancé.

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