La complexe remise en route des installations pétrolières

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L'exploitation de la rente pétrolière ne peut se faire sans consensus politique.

Les marchés du pétrole ont fraîchement accueilli la nouvelle de la chute imminente du régime libyen. Le baril de pétrole brent a abandonné jusqu'à plus de 3 dollars lundi matin, avant de regagner du terrain en fin de journée, alors que les traders anticipaient - un peu vite - la reprise de la production du pays. Les 1,6 million de barils de brut léger que la Libye mettait encore sur le marché chaque jour en janvier dernier semblent bien loin. Les interrogations s'accumulent.

« La vraie question qui se pose est juridique : à qui appartient le pétrole libyen ? Les banques ne peuvent financer des opérations, ne serait-ce que le transport de pétrole, s'il n'existe pas de titres de crédit clairement établis à partir de certitudes juridiques », observe Harry Tchilinguirian, expert du pétrole chez BNP Paribas, en rappelant l'exemple de l'Irak où le chaos intérieur a bloqué toute évolution économique longtemps après la chute de Saddam Hussein.

Les actifs de Total protégés a priori

L'engagement de la France et de l'Italie au sein des forces de l'Otan devrait a priori protéger les actifs de Total et d'ENI, les premières compagnies pétrolières présentes dans le pays aux côtés de Wintershall et Marathon (l'action Total, en forte hausse lundi, a d'ailleurs largement participé à la reprise de l'indice CAC 40 - voir aussi en page 14). Le Qatar, qui a soutenu les rebelles, devrait également avancer ses pions. Mais ce n'est qu'une hypothèse. S'il semble possible techniquement de redémarrer les champs de l'est du pays d'ici à quelques semaines, le redémarrage de l'ensemble des gisements pourrait prendre des années, puisqu'il nécessitera un consensus politique entre les différents groupes de rebelles.

Pour la société de conseil JBC à Vienne, trois ou quatre ans pourraient être nécessaires. Des interrogations se posent également sur l'état des pipelines et autres réservoirs. « Autant les dommages ont été légers avant l'intervention de l'Otan, autant on ne sait rien de précis sur ce qui s'est passé depuis le début des bombardements aériens », assure Harry Tchilinguirian. « Si les deux principaux terminaux d'exportation, Es Sider et Ras Lanuf, ont été endommagés, personne ne sait dans quelle proportion. Des mines pourraient par ailleurs avoir été placées sur certaines installations par les forces pro-Kadhafi. Dans le doute, le marché du pétrole s'apprête donc à continuer de se passer de la Libye, d'autant qu'avant la mi-2012 il n'y aura pas de changement fondamental de l'offre », assure Emmanuel Fages, analyste sur l'énergie à la Société Générale.
 

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