"L'accord d'association avec l'Europe va stimuler les réformes en Ukraine"

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Petro Porochenko, ministre de l'Economie ukrainien/AFP
Petro Porochenko, ministre de l'Economie ukrainien/AFP (Crédits : AFP)
Entrepreneur, député, économiste "keynésien", le nouveau ministre de l'Economie d'Ukraine Petro Porochenko, 46 ans, l'une des plus grandes fortunes du pays (un milliard de dollars, selon Forbes) explique dans un entretien exclusif à "La Tribune" la politique économique que le nouveau gouvernement compte mener, en particulier à l'égard de l'Europe.

Propriétaire de « Roshen », premier groupe de confiserie du pays, Petro Porochenko est surnommé « le roi du chocolat », mais possède d'autres actifs dans l'industrie automobile, navale et médiatique. Il fut l'un des principaux soutiens financiers de la « révolution orange » fin 2004, qui a fait dévier le pays de l'orbite de Moscou et porté au pouvoir une équipe favorable à l'intégration dans l'Union Européenne. Il fut ministre des Affaires étrangères de Ioulia Timochenko entre 2009 et 2010. Ilest de retour au gouvernement depuis le 23 mars, cette fois au sein du camp adverse dirigé par Viktor Ianoukovitch, en tant que ministre de l'Economie.
 

Qu'est-ce qui vous a décidé à rentrer dans un gouvernement qui n'est pas franchement de votre bord politique ?

Ma motivation est très simple : mon pays traverse aujourd'hui une période difficile. Les principaux produits d'exportations comme le métal subissent une baisse de la demande. Le récent gel des négociations pour l'accord d'association avec l'Europe aura des effets négatifs, car l'entrée dans la zone de libre-échange nous aurait donné 2 à 3,5 points de croissance supplémentaire du PIB dès les huit prochains mois. Or nous avons besoin de cette croissance car nous devons rembourser en 2012 et 2013 la part la plus importante des crédits à court terme fournis par le FMI [15 milliards de dollars]. Même si notre dette publique représente moins de 40% du PIB, ce qui reste très raisonnable par rapport à bien des pays européens, les marchés internationaux nous restent fermés. Seule une forte hausse des investissements étrangers directs accompagnée d'une croissance de la productivité du travail pourrait nous sortir d'une telle situation. Or, les investisseurs ne se pressent pas au portillon. Ma mission est d'améliorer le climat d'investissement pour les attirer.

Est-ce que la co-organisation avec la Pologne de la coupe d'Europe de football ne va pas plomber encore davantage les finances du pays ?

Notre dette n'atteint pas un niveau critique. Je n'ai pas envie de commenter pour l'instant à quel point l'utilisation des fonds budgétaire est efficace et justifiée. Nous avons construit et rénové des routes et des aéroports pour l'occasion, dont le pays a un grand besoin. Notre tâche est désormais de les faire fonctionner à pleine capacité. Je suis opposé au fait que le budget prenne tout en charge. Il faut favoriser les partenariats public-privé pour la construction de routes et de parkings payants, qui sont des investissements sûrs et à long terme.

Quels sont les secteurs selon vous les plus attractifs pour des investisseurs étrangers ?

La modernisation du réseau de gazoducs et la construction de terminaux GNL, avec des retours sur investissement élevés garantis par la hausse des prix du pétrole et du gaz. Les secteurs à fort potentiel sont la logistique, qui stagne depuis 20 ans, les ports à cause de la situation géographique. L'agriculture, où le niveau de productivité reste très bas, le génie mécanique, car nous avons du personnel très qualifié et un réseau électrique dense et de qualité (50% de la production est d'origine nucléaire). Le tourisme et la distribution aussi car nous comptons 45 millions de consommateurs bénéficiant d'une forte croissance de leur pouvoir d'achat.

Les milieux d'affaires se plaignent unanimement d'une persécution des services fiscaux qui va en s'intensifiant. Pouvez-vous influencer la situation ?

Nous allons rapidement mettre en place un système qui permettra aux contribuables de mieux se défendre. Les abus de pouvoirs des inspecteurs seront sanctionnés par des licenciements. Le problème de l'Ukraine ne réside pas dans des lois mal écrites, mais dans le fait qu'elles ne sont pas implémentées. L'accord d'association avec l'Union européenne va stimuler la volonté politique de réformer le système fiscal pour améliorer le climat d'investissement, la dérégulation et la simplification des procédures fiscales.

La devise ukrainienne a connu de fortes dépréciations dans le passé récent. Est-ce que le secteur financier est aujourd'hui stabilisé ?

La régulation du système bancaire est de qualité et nos réserves en or et en devises ont tendance à augmenter. Nous allons simplifier les procédures de recouvrement des dettes afin de mieux protéger les banques contre les emprunteurs malhonnêtes. Nous voulons que les banquiers se sentent à l'aise. Pourquoi ? Parce que la rentabilité des opérations bancaires en Ukraine est plusieurs fois supérieure à ce qu'elle est en France ou en Suisse.

Avez-vous le sentiment que le Kremlin exerce une pression injustifiée sur le gouvernement ukrainien ?

La Russie mène une politique efficace pour défendre ses intérêts nationaux. L'Ukraine doit faire de même. Il faut faire en sorte que chacun y trouve son compte et qu'on cesse ce jeu à somme nulle. Il faut que les liens économiques soient séparés des intérêts politiques. Il existe des problèmes dans l'accès des biens et services, les accords sur les réglementations techniques, les prix du gaz, la coopération industrielle. Je vais me rendre à Moscou le 17 avril pour en discuter avec mes collègues russes.

L'Union Européenne conditionne l'accord d'association avec l'Ukraine à la libération de l'ex-Premier ministre Ioulia Timochenko. Le Premier ministre Azarov s'est insurgé contre ce qu'il considère comme un « chantage ». Quelle est votre position ?

Il ne s'agit pas de chantage. L'Europe ne dit pas qui est coupable ou non (c'est la justice qui se prononce), mais demande - et je suis parfaitement d'accord - qu'Ioulia Timochenko ne soit pas privée du droit de se défendre. Le procès s'est déroulé en secret. Or, une décision de justice ne se fait pas en catimini. C'est à la justice de démontrer à la société que ses décisions sont justes.

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Commentaires
a écrit le 11/04/2012 à 18:14 :
Pauvre Ukraine ! à quand un nouveau Khmelnitskiy ?

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