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ÉconomieInternational

Que cherche Pékin en mer de Chine?

Robert Jules

Publié le 18 septembre 2012 à 14:37 - Mis à jour le 18 septembre 2012 à 14:44

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L'exacerbation des tensions entre la Chine et le Japon s'inscrit dans la volonté de Pékin de dominer 80% de la mer de Chine pour des raisons stratégiques. Mais en voulant imposer de force sa volonté de superpuissance aux autres pays de la région, les autorités chinoises ont abouti à un front commun soutenu par les Etats-Unis.

La polémique sino-japonaise qui risque d'avoir des conséquences économiques dommageables pour les deux pays a pour objet la souveraineté d'ilôts de la mer de Chine : Sensaku (comme les appellent les Japonais) et Diaoyu (comme les appellent les Chinois).
Au début de septembre 2010, ces îlots avaient déjà provoqué des réactions chinoises : des émeutes contre des magasins de marque nippone, et, entre autres mesures de rétorsion, l'arrêt des exportations de métaux rares, dont la Chine détient plus de 90% de l'offre internationale actuelle.

Par cette démonstration de force, la Chine, qui pouvait se vanter à l'époque d'être sortie renforcée de la crise financière provoquée par les subprimes, a voulu affirmer ainsi son rôle de superpuissance mondiale, destinée à supplanter les Etats-Unis.
Mais en répétant ce type d'actions, la Chine a rendu définitivement méfiant à son encontre un Japon qui avait pourtant pris ses distances ces dernières années avec les Etats-Unis, surtout avec l'exigence populaire du départ des troupes américaines stationnées dans l'Archipel, notamment à Okinawa. Ce qui devait se faire à partir de 2014. Mais avec les menées chinoises, Tokyo et Washington ont décidé de ne pas le faire au nom de la sécurité! Ce qui apparaît comme un échec pour Pékin.

Super gendarme

Ce rôle de super gendarme que souhaite jouer la république populaire dans la mer de Chine a également eu pour conséquence de rendre plus méfiants l'ensemble des pays de la zone à son égard. D'autant que Pékin a des revendications agressives sur d'autres îlots, selon les 9 traits délimitant un espace équivalent à 80% de la mer de Chine.
C'est le cas des îles Spratly, revendiquées à la fois par Brunei, l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Taiwan, le Vietnam et... la Chine dont la plus proche cote se trouve pourtant à des milliers de kilomètres. Ou encore les îles Paracels, ou l'ensemble des îlots Dokdo/Takeshima, dont les centaines de récifs couvrent une zone économique de 1,5 million de kilomètres carrés.

Sécuriser certains intérêts, notamment pétroliers

Cette volonté de maîtriser l'ensemble de la mer de Chine est, selon plusieurs analystes, dont l'expert américain en stratégie, John Lee, du Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS), lié au statut de grande puissance montante de la Chine, et à ses intérêts géostratégiques. Par exemple, près de 80% de ses importations de pétrole qui viennent du Moyen-Orient et de l'Afrique, dont à peine 10% via des tankers étrangers, doivent emprunter des couloirs maritimes à travers l'océan Indien, le détroit de Malacca et la mer de Chine contrôlés par la marine des Etats-Unis. Pékin vise donc à reprendre le contrôle de ces voies maritimes, au moins dans la mer de Chine.

Impairs diplomatiques

Mais, pour le moment, le gouvernement chinois s'est surtout illustré par des impairs diplomatiques, qui ont conduit nombre de pays de la région, en particulier au sein de l'Association des Nations de l'Asie du Sud-est (Asean), à se rapprocher des Etats-Unis. Même un pays comme l'Inde est désormais sur une ligne dure, après la futile décision de Pékin de refuser il y a quelque mois des visas à de hauts fonctionnaires indiens.

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Ainsi, lors de la dernière réunion en juillet de l'Asean, nombre de pays membres voulaient que la question des litiges en mer de Chine soit mentionnée dans le communiqué, pour signifier que le problème était sur la table et qu'il fallait le résoudre par des voies pacifiques où chacun ferait valoir ses arguments. Mais Pékin a réussi à faire qu'une question aussi importante soit oubliée, en voulant imposer le choix de rencontres bilatérales. Résultat, l'ensemble des autres pays font front commun face à Pékin, et cherchent un appui auprès des Etats-Unis, et d'une secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, qui les appuie totalement.

«En fomentant des divisions au sein de l'Asean, la Chine a distribué la meilleure main géopolitique que les États-Unis ont eue dans la région depuis longtemps. Si Deng Xiaoping était encore vivant, il serait grandement inquiet de la tournure des événements», ironise l'expert singapourien Kishore Mahbubani, dans une tribune Project Syndicate.

Tensions au sein du pouvoir chinois

Ces «offensives» du pouvoir chinois traduisent également les tensions au sein des instances dirigeantes au moment où se prépare le prochain Congrès cet automne -on n'en connaît toujours pas la date- qui verra l'accession d'une nouvelle génération de dirigeants. Or le processus complexe donne lieu à une rude mais feutrée bataille au sein des différentes factions, notamment militaires, comme l'a montré la chute du leader néo-maoïste Bo Xilai, pour trouver un équilibre.

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Pour l'expert américain en stratégie Edward N. Luttwak, le problème de la Chine réside dans le fait que ses élites restent encore prisonnières de leur histoire impériale: «Les dirigeants chinois estiment qu'un langage affirmé et même menaçant, ainsi que des actions provocatrices ont un effet bénéfique parce qu'ils incitent les autres à négocier les questions non résolues depuis longtemps, et ce, dans un esprit de conciliation. Cette croyance a des racines culturelles profondes», écrit-il dans son ouvrage «La montée en puissance de la Chine». Avec à la clé, une dangereuse montée des tensions régionales.

Robert Jules

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