Rawabi, première ville nouvelle « normale » de Palestine

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Rawabi, future cité située près de Ramallah, en Cisjordanie, doit accueillir à terme 40 000 habitants. Prix moyen des logements : 100 000 dollars. Elle sera inaugurée cet été. D'ici là, quelques obstacles de taille persistent, comme l'approvisionnement en eau et l'occupation par l'armée israélienne de la route d'accès à la ville.

À première vue, le chantier est banal avec sa noria de pelleteuses, de camions et d'ouvriers du bâtiment affairés. Mais, à y regarder de plus près, quelques détails sortent de l'ordinaire. Comme le drapeau palestinien arboré par la plupart des véhicules. Banal encore? Oui et non. Certes, la scène se passe en Cisjordanie, mais cette zone, à quelques kilomètres de Ramallah, est contrôlée en grande partie par l'armée israélienne. C'est en effet là que les Palestiniens construisent leur première ville nouvelle, Rawabi - « les collines », en arabe. Pour Bachar al-Masri, entrepreneur et maître d'?uvre du projet, une « utopie devient réalité ». Car si tout se passe comme prévu, un premier lot de 1400 logements, un centre commercial et des écoles seront ouverts dès cet été. À terme, Rawabi, qui s'étend sur 85 hectares, aura une population de 40000 habitants.
« Mon objectif est de créer une ville autosuffisante, c'est pourquoi nous avons prévu d'attirer des entreprises pour créer des emplois, explique fièrement cet ancien chimiste qui s'est découvert sur le tard une vocation de bâtisseur. Les deux premiers quartiers sont presque finis et on peut déjà voir le centre-ville, les cafés, les cinémas et les bureaux où une majorité d'habitants ira travailler sans avoir à quitter la ville. »Plusieurs entreprises de haute technologie, des centres d'appels, une société de télécommunications, des banques ont déjà réservé leur place. Pour viabiliser le projet, 1500 emplois doivent être créés dans l'année, 5?000 d'ici à trois ans. Bachar al-Masri estime que ce défi est possible à relever. S'il y parvient, il aura créé un modèle qui pourra ensuite essaimer à proximité d'autres villes de Cisjordanie, comme Bethléem.
Sur le plan financier, Bachar al-Masri a d'ores et déjà relevé le challenge. Il y a cinq ans, il a entamé une tournée dans les pays du Golfe pour récolter des fonds pour ce qui n'était à l'époque que de simples plans sur le papier. À sa grande surprise, sa proposition a suscité l'enthousiasme de milliers d'investisseurs privés. Résultat : il est parvenu à mobilier près d'un milliard d'euros auprès de particuliers, ainsi que du gouvernement qatari et de banques arabes.

Pensée Pour attirer les classes moyennes

Pour vendre désormais son concept, Bachar al-Masri ne lésine pas sur le marketing. Les acheteurs potentiels sont invités dans un bureau de vente ultramoderne, équipé du nec plus ultra en matière de vidéo, de maquettes illustrant ce que sera la vie « rêvée » des futurs habitants. Ils ont droit également à une présentation en règle des normes vertes qui président à l'ensemble de l'opération. Le slogan de Rawabi est simple : « Vivre, travailler et jouer », tout un programme...Car l'opération est parfaitement « ciblée » : elle vise avant tout les familles de cinq personnes des classes moyennes palestiniennes ayant les moyens de contracter des emprunts immobiliers auprès des banques. Les prix oscillent de 75000 à 150000 dollars pour la majorité des logements, dont la superficie varie de 130 à 230 m2. Pour la clientèle beaucoup plus aisée, le prix des appartements avec terrasses et autres duplex peuvent atteindre les 600000 dollars - un énorme pactole, suivant les critères locaux.
Dans un premier temps, les logements seront vendus en priorité aux Palestiniens vivant en Cisjordanie. Les promoteurs veulent éviter que les Palestiniens de la diaspora vivant dans les pays du Golfe ou en Amérique achètent des appartements pour les vacances et transforment ainsi Rawabi en ville fantôme pendant le reste de l'année, comme c'est le cas du côté israélien dans certains des quartiers de luxe à Jérusalem ou à Tel-Aviv, vides la plupart du temps.
Pour Bachar al-Masri, Rawabi doit devenir une ville en tout point « normale ». L'Autorité palestinienne présidée par Mahmoud Abbas est sur la même longueur d'onde. Elle a accepté la création d'un conseil municipal et l'élection d'un maire dès que la population aura dépassé le seuil des 5000 habitants. D'ici là toutefois, quelques obstacles subsistent. Rawabi s'étend sur un territoire géré par l'Autorité palestinienne, mais un tronçon de 3 km de la principale route d'accès à Ramallah, la capitale politique palestinienne, traverse un secteur resté sous le contrôle total de l'armée israélienne.
Depuis des années, Bachar al-Masri se débat en vue d'obtenir le feu vert des autorités israéliennes pour construire une route plus large que celle utilisée actuellement par les véhicules du chantier. « Il y a beaucoup de complications, l'autorisation actuelle de circuler délivrée par les autorités israéliennes n'est que temporaire », déplore-t-il.

« Notre Projet, c'est de construire la Palestine »

L'autre inconnue de taille porte sur l'approvisionnement en eau. Le contingent accordé à Rawabi est insuffisant. Bachar al-Masri déploie sur ce front également des trésors de diplomatie pour obtenir davantage d'eau auprès d'Israël et de l'Autorité palestinienne. « Notre projet n'est pas de détruire Israël, mais de construire la Palestine. Tout ce que nous souhaitons, c'est avoir une meilleure vie », a coutume d'expliquer Bachar al-Masri.
Détenteur de la nationalité américaine après avoir vécu de nombreuses années aux États-Unis, il espère obtenir gain de cause. Son projet a déjà reçu la visite et le soutien de John Kerry avant qu'il ne devienne le secrétaire d'État américain, ainsi que de Ban Ki-moon, le secrétaire général de l'ONU. Bachar al-Masri exprime toutefois un petit regret : « Si chaque fois que des responsables étrangers me complimentant en me disant "c'est un beau projet, vous faites un travail formidable" me donnaient ne serait-ce qu'un dollar, j'aurais déjà remboursé tous mes emprunts! », affirme-t-il en souriant.

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Commentaires
a écrit le 15/03/2013 à 23:26 :
Même en Cisjordanie, les Israéliens ne favorisent pas le développement et le minimum du bien être des Palestiniens!
Réponse de le 16/03/2013 à 10:04 :
quelle hyprocrisie bien francaise ...
parce que dans le sens inverse, les palestiniens prendraient soins des israeliens?
c'est le monde arabe qui veut detruire israel, pas l'inverse.... certes israel fait un peu trop dans le preventif, mais les faits sont la . !
a écrit le 15/03/2013 à 16:05 :
100 000 dollars dans un pays en guerre, sans économie, dont on ne sait pas s'il sera approvisionné en eau et autres produits de première nécessité, c'est une farce ou quoi ???

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