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ÉconomieInternational

Le nouveau directeur général de l'OMC saura-t-il relancer le multilatéralisme?

Mounia Van de Casteele

Publié le 07 mai 2013 à 07:31

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le nouveau directeur de l'organisation internationale doit être désigné d'ici mercredi. Le successeur de Pascal Lamy devra notamment redorer le blason de l'institution. Et ce, en renforçant le multilatéralisme, aujourd'hui en perte de vitesse. Cette lourde tâche incombera-t-elle au Brésilien Roberto Azevedo ou au Mexicain Herminio Blanco ?

C'est la dernière ligne droite. Le nom du successeur de Pascal Lamy devrait être dévoilé d'ici mercredi, au terme d'un processus de sélection totalement atypique dans le monde des organisations internationales. Une sélection en trois tours, qui s'est faite sous l'égide d'une "troïka" composée du Président du Conseil général de l'OMC, du Président de l'Organe de règlement des différends et du Président de l'Organe d'examen des politiques commerciales. Qui du Brésilien Roberto Azevedo ou du Mexicain Herminio Blanco remportera cette troisième manche? En attendant, les soutiens des deux finalistes se disent très confiants.

Ce match peut s'appréhender comme un bras de fer entre une tendance protectionniste contre une autre plus libérale. Le Brésil semble en effet privilégier la demande interne sur le commerce extérieur. Sa politique a d'ailleurs été critiquée par ses détracteurs pour ses penchants protectionnistes. Mais le gouvernement brésilien a assumé depuis 2003, sous la présidence de Luiz Inacio Lula da Silva, un rôle clé au sein de l'OMC par sa défense des pays en développement face aux Etats-Unis et à l'Europe. A côté, le Mexique apparaît comme un modèle d'ouverture économique. Herminio Blanco, fut l'un des architectes de l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena) signé en 1994 par son pays avec les Etats-Unis et le Canada. Avec le Chili, le Mexique est le pays qui a signé le plus de traités commerciaux internationaux, notamment avec l'Union européenne et le Japon.

Début de mandat le 1er septembre

Quoi qu'il en soit, une fois désigné, le nouveau directeur général devra prendre ses fonctions le 1er septembre. Il aura la lourde tâche de relancer les négociations sur la libéralisation du commerce international, au point mort depuis des années. En effet, le non achèvement du cycle de Doha, lancé en 2001, semble avoir considérablement affaibli l'institution internationale. Notons toutefois que de grandes nations, comme la Russie, continuent à vouloir faire partie du club. Mais, selon Guillaume Klossa, fondateur du think tank européen et transpartisan EuropaNova, ce serait plus la gouvernance que le principe-même de l'OMC qui serait remis en cause.

Il faut reconnaître que Pascal Lamy, l'actuel président de l'OMC, n'a pas réussi à pousser les pays membres à parvenir à un accord. A l'origine, le cycle avait été baptisé "Programme de Doha pour le développement" compte tenu de son objectif principal : améliorer les perspectives commerciales des pays en développement. Finalement, les négociations se sont essentiellement concentrées sur l'agriculture. Objectif : revoir à la baisse les tarifs agricoles pour permettre un meilleur accès des produits des pays en développement aux marchés des pays riches. Mais le sujet est sensible. Et à Doha, les contradictions entre pays riches et pays pauvres étaient trop fortes. Il faut dire que les pays en développement ou émergents, comme le Brésil, n'ont en effet pas les mêmes intérêts que les très pauvres, comme le Burkina Faso. Et bien que les négociations aient même été prolongées au dernier moment, cela n'a pas suffi à mettre tous les pays d'accord.

Les accords bilatéraux se multiplient

Depuis, les accords de libre-échange bilatéraux ne cessent de fleurir et l'OMC peine à endiguer leur prolifération. En effet, il se crée en moyenne deux accords bilatéraux d'investissement chaque semaine selon un rapport publié en 2006, qui précise que 30 % du commerce mondial sont régis par quelque 250 accords bilatéraux et régionaux de commerce.

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Canada, Japon, Inde, Maroc, à elle seule l'Union européenne ne compte plus les accords bilatéraux actuellement en discussion. Mais le plus important est sans doute celui entre l'Union européenne et les Etats-Unis. Sachant que, là encore, l'agriculture est celui qui devrait faire l'objet d'un bras de fer. L'un des anciens candidats à la direction de l'OMC, le sud-Coréen Taeho Bark s'en est d'ailleurs alarmé. "J'ai peur que les négociations sur un accord transatlantique de libre-échange n'accaparent les ressources de l'Union européenne et des Etats-Unis", a déclaré le ministre du Commerce dans un entretien au quotidien allemand Die Welt début avril.

Régler les litiges internationaux

Selon Bruxelles, grâce à un tel contrat, les deux blocs seraient en passe de redéfinir les règles du commerce mondial puisqu'ils pèsent à eux deux près de la moitié de la richesse mondiale et un tiers du commerce international. C'est pourquoi certains experts, à l'instar de Jean-Marc Siroën, professeur d'Economie à l'Université Paris-Dauphine, estiment que cet accord signe sans conteste l'arret de mort de l'OMC. Selon lui, le mouvement va d'ailleurs s'accélérer.

Or les accords de libre-échange vont à l'encontre du principe multilatéral de l'OMC, dont le fonctionnement a été calqué sur le modèle du GATT(General Agreement on Tariffs and Trade) de 1947. L'organisation instituée par les accords de Marrakech en 1994 (mais entrée en fonction le 1er janvier 1995) s'occupe de la réglementation du commerce international. Prônant en principe la libéralisation des échanges, l'organisation appréhende les exportations comme moteur de croissance et de plein emploi. Mais son rôle réside principalement dans le règlement des litiges commerciaux entre les états, comme le conflit USA-UE concernant les subventions à Boeing et Airbus par exemple...

La polémique entrée de la Chine

Et pour cause, si le multilatéralisme et la libre-concurrence paraissaient avoir du sens dans les années 1990, il semble que la donne ait considérablement évolué à l'aube du 21e siècle, (en témoigne la publicité faite autour du "consommer local" et du "Made in France"). Cela dit, de grandes nations, comme la Russie -devenue son 156e membre en août 2012-, continuent à vouloir faire partie du club. Rappelons toutefois que l'arrivée de la Chine en 2001 - après 15 ans de négociations - n'a pas arrangé les choses. Loin s'en faut. Justifiant de son statut de pays émergent, la Chine s'est vue octroyer certaines facilités et souplesse concernant les conditions de son accession. Résultat: le pays est aujourd'hui montré du doigt, accusé de concurrence déloyale. Notons à cet égard que si les exportations de l'Union européenne vers la Chine n'ont cessé de croître depuis 2000 - passant de 26 milliards d'euros en 2000 à 136 milliards d'euros en 2011 d'après les chiffres d'Eurostat - l'Allemagne est le seul pays des 27 à ne pas être déficitaire par rapport à Pékin. C'est pourquoi, les pays préfèrent aujourd'hui conclure des accords bilatéraux, à l'instar de l'Union européenne et des Etats-Unis.

Pourtant, certains experts se veulent optimistes et voient même d'un bon oeil l'éventuel accord transatlantique. A l'instar du finaliste mexicain Herminio Blanco, l'économiste Dan Ikenson, du célèbre Cato Institute, estime que cet accord pourrait peut etre créer l'étincelle nécessaire à revitaliser certaines parties du cycle de Doha et permettre de réussir un nouveau succès multilatéral.

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Du reste, jamais l'organisation n'a compté autant de candidats pour succéder au poste de Pascal Lamy. Sachant que les neuf prétendants de départ ont tous assuré vouloir s'atteler d'emblée à la relance des négociations pour la libéralisation du commerce international. Alors le sommet de Bali du 3 au 6 décembre prochain va-t-il permettre de donner un second souffle au cycle de Doha?

Mounia Van de Casteele

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