Lutte contre le chômage : le modèle local des communes hollandaises

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Associées aux employeurs et aux syndicats, 35 villes néerlandaises ont décidé de créer des cellules spéciales, à partir du 1er janvier 2014, pour remettre le maximum de chômeurs au travail, et leur trouver au moins 10000 emplois entre 2014 et 2020.

Au plat pays, le fameux modèle des polders, fondé sur le consensus et le bon sens, n'est pas mort : un nouvel accord a été conclu mi-avril entre les partenaires sociaux, qui prévoit, entre autres, de lancer 35 nouvelles cellules pour l'emploi (werkpleinen) à travers le pays. Ces cellules impliqueront les villes, les employeurs et les syndicats, pour remettre le maximum de chômeurs au travail, et leur trouver au moins 10"000 emplois entre 2014 et 2020.

Les Néerlandais ne restent pas les bras croisés face à la montée du chômage, même s'il affiche l'un des plus faibles taux d'Europe, en partie grâce au recours très large au temps partiel, notamment chez les femmes. Le chômage a tout de même atteint un record historique de 8,1% en mars 2013 (contre 3,6% en décembre 2008, au début de la crise). C'est son plus fort niveau depuis 1996. Dans ce contexte, les nouvelles cellules pour l'emploi vont généraliser, au niveau des villes, un système qui a déjà fait ses preuves ailleurs.

Les centres de mobilité on fait leurs preuves

Le tout premier « centre de mobilité » des Pays-Bas a vu le jour sous la forme d'un projet ad hoc, lancé en octobre 2006 à Born, une localité du Limbourg, avec une multitude de partenaires : l'assurance chômage, des agences d'intérim, des sociétés de formation, la province, la chambre de commerce et d'industrie, les syndicats, sans oublier les organisations patronales. L'idée consistait alors à aider 1200 salariés licenciés par l'usine NedCar de Born à se trouver un nouvel emploi.

La situation était critique, puisque la dernière usine d'assemblage automobile des Pays-Bas, qui employait 3000 personnes, s'était vu retirer son contrat avec le constructeur japonais Mitsubishi. Les autorités de La Haye ont ensuite bataillé pour trouver un repreneur, et ont conclu un accord avec BMW. En un an, le « centre de mobilité automobile » a permis à tous les travailleurs licenciés de se recycler"!

Par la suite, le modèle a été repris par le ministère des Affaires sociales et du Travail. Une trentaine de « centres de mobilité » gérés par l'assurance chômage (UWV) ont été instaurés en mars 2009 à travers le pays, avec là encore tous les partenaires possibles et imaginables. La synergie a fonctionné : mi-2010, ces centres avaient examiné les dossiers de 100000 personnes, sur les 121000 ayant perdu leur travail au cours de l'année écoulée. Et permis à plus de 8000 d'entre eux de retrouver un emploi dans les trois mois.

« Il faut battre le fer quand il est chaud et ne pas attendre d'avoir des cohortes de chômeurs de longue durée », affirme Lodewijk Asscher, le ministre des Affaires sociales et du Travail, qui veut désormais miser sur les municipalités. Après tout, c'est le monde d'où il vient. Cet ancien maire-adjoint travailliste d'Amsterdam, en charge des questions sociales, a oeuvré à ce titre à la mise en place d'un « centre de mobilité digitale » dans sa ville. En d'autres termes, une façon d'encourager les employeurs à laisser les salariés travailler sur leur ordinateur à domicile, de manière à perdre moins de temps dans les embouteillages, à désengorger les routes, mais aussi à vivre de manière plus flexible.

L'objectif de 10000 Emplois entre 2014 et 2020 pour les cellules d'emploi municipales peut paraître assez modeste, compte tenu des résultats déjà obtenus, notamment à Born. Mais les villes où le chômage est le plus fort, Rotterdam (9,5"% en 2012), La Haye (8,3"%) et Groningue (7,2"%) se préparent à toute une série d'efforts sur le long terme. « Nous avons le plus fort taux de personnes vivant grâce aux aides sociales, une population très difficile à remettre au travail!», affirme ainsi un porte-parole de la mairie travailliste de Rotterdam. Les villes, qui sont déjà mises à contribution pour fournir des emplois payés au smic aux travailleurs handicapés, et notamment aux jeunes qui bénéficient de l'allocation d'invalidité au travail (Wajong), se posent bien des questions sur les moyens financiers qui seront - ou non - mis à leur disposition.

La question des moyens n'est pas réglée

Or, c'est là que le bât blesse dans l'accord passé entre les partenaires sociaux. Les moyens donnés à ces centres délocalisés n'ont pas été précisés... « Je présume que chaque ville devra faire l'essentiel de l'effort financier », s'inquiète d'ores et déjà Annemarie Jorritsma, la présidente de l'influente Association des communes néerlandaises (VNG), qui regroupe les 408 municipalités du pays. « Cet accord social aura un fort impact sur nos budgets, et il doit être discuté avec les villes elles-mêmes », affirme-t-elle. Dans un pays où le consensus reste la règle, de nouvelles discussions sont à prévoir, avec des changements encore possibles dans la manière dont les cellules seront instaurées. Les villes poussent déjà à un report d'un an, le temps pour elles de se préparer, avant de lancer les 35 werkpleinen.

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Article tiré de La Tribune Hebdo N°47

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Commentaires
a écrit le 20/05/2013 à 16:57 :
Les Pays-Bas donnent facilement le statut d'handicapés pour réduire les chiffres du chômage. Les chiffres des différents pays ne sont vraiment pas comparables
a écrit le 20/05/2013 à 12:00 :
Les Hollandais ont de bons resultats sur le front du chomage il faut donc s'interesser a cette experience. Maintenant il s'agit d'un pays de la taille de l'IDF donc pourquoi pas viser le niveau departemental en france. Plutot que de faire de ces collectivites des usines a assistantes sociales l'alternatives Hollandaise est interessante.
Réponse de le 20/05/2013 à 16:31 :
mais DDRW il est bien indiqué que le financement serait pour les communes !!!!!
je ne vois pas bien la différence avec les emplois jeunes et autres chez nous
cela dit, toute initiative est bonne à étudier

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