Etats-Unis : quels sont ces bugs qui plombent Obamacare ?

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La réforme Obamacare a aussi ses défenseurs...
La réforme Obamacare a aussi ses défenseurs... (Crédits : Reuters)
Plus d'un mois après son lancement, Obamacare connaît de gros ratés, et pas seulement techniques. De quoi alimenter encore la polémique suscitée par la refonte du système de santé américain. Explications.

Obamacare plonge les Etats-Unis dans une situation kafkaïenne. Un mois après le lancement de la plateforme internet HealthCare.gov, le site ne fonctionne toujours pas de façon optimale, les résidents des Etats-Unis qui souhaitent changer de police d'assurance, comme la nouvelle loi le leur permet ne peuvent pas tous le faire, des polices sont annulées contrairement à la promesse du président...

Et ce ne sont là que quelques exemples de "bugs" rencontrés par la réforme qui tient tant au président Obama. Or, au 1er janvier, la loi officiellement baptisée "Affordable health care act" votée en 2010 qui vise à réduire les coûts de l'assurance santé en rendant obligatoire la souscription d'une police d'assurance doit entrer en vigueur.

Ces problèmes, et la controverse qu'ils suscitent ne font que conforter une opposition déjà bien échauffée au moment du "shutdown". Or, les débats sur le budget doivent reprendre au début de l'année prochaine. Washington est donc loin d'être au bout de ses peines. Mais de quels ratés parle-t-on exactement ? 

  • HealthCare.gov ne répond pas

Le 1er octobre, l'administration Obama lançait HealthCare.gov, une plateforme en ligne permettant de comparer les prix des polices d'assurances et de choisir son contrat. Quelque 36 Etats choisissent d'utiliser ce système, les autres préfèrent proposer leur propre site, comme le leur permet le régime fédéral.

Or, très vite, des problèmes techniques apparaissent. Au-delà de 20.000 à 30.000 connexions simultanées, HealthCare.gov connaît des avaries, indique ainsi le Washington Post. Les personnes souhaitant s'y inscrire voient par exemple leur écran se figer. A cela s'ajoutent des problèmes de fond qui concernent la transmission des dossiers aux assureurs. Certains contiennent des données inexactes ou sont tout simplement perdus…

  • Même le "plan B" est en difficulté

D'autres moyens ont été mis en place pour tenter de pallier les problèmes rencontrés par le site. Il existe d'abord les centres d'appel fédéraux  (financés par l'Etat fédéral, qui emploient quelque 10.000 personnes). Mais les agents, visiblement dépassés, ne disposent pas toujours des droits d'accès aux dossiers de chaque assuré potentiel.

Ensuite, les compagnies d'assurances ont le droit de vendre directement leurs polices, éventuellement par courrier ou téléphone. Mais elles aussi doivent avoir accès au système informatique fédéral pour connaître la situation fiscale de leur client et ainsi connaître le montant des aides dont celui-ci pourrait bénéficier. Et là aussi, les bugs se multiplient !

  • La mécanique est grippée

Le principe même d'Obamacare, défendu avec force par la Maison Blanche était le suivant : "grâce aux inscriptions de jeunes en bonnes santé nous ferons baisser les coûts de l'assurance santé pour tout le monde, à commencer par les seniors", plus souvent en mauvaise santé que les autres. Oui mais voilà, s'il n'y a pas assez d'inscrits, cela ne peut pas fonctionner !

Les services de l'administration Obama tablent sur 7 millions d'inscrits au cours de la première phase qui doit se terminer le 31 mars 2014. Pour l'instant, seuls 50.000 seraient parvenus à déjouer tous les obstacles et à signer un contrat pour une nouvelle assurance santé via la plateforme fédérale selon le Wall Street Journal. De son côté CNN estime à 60.000 supplémentaires ceux qui ont pu s'inscrire via les systèmes mis en place par les Etats proposant leur propre plateforme.

Cela représente donc tout juste du cinquième des objectifs de la Maison Blanche pour le mois d'octobre. Le département chargé de la Santé doit transmettre des chiffres officiels cette semaine. Il a déjà confirmé que ce nombre serait "très faible".

Or, une partie des Américains compte beaucoup sur la réforme du système de santé, notamment parce qu'elle interdit aux assureurs de refuser des clients à cause de leurs antécédents médicaux, ce qui était considéré comme l'un des grands scandales du système de santé.

En tout, la commission du Budget au Capitole table sur 24 millions d'inscrits d'ici 2023.

  • Des polices annulées automatiquement 

Et si tous ces problèmes ne suffisaient pas, voilà que la grande crainte d'une partie des Américains -  ne pas pouvoir conserver leur police si celle-ci leur convient - se réalise. Barack Obama  martèle lui-même depuis son arrivée à la Maison Blanche en 2009 que ceux qui souhaitaient garder leur assurance le pourraient. Les contrats souscrits par les employeurs sont souvent plus avantageux et couvrent davantage de frais médicaux que ceux accessibles indépendamment des entreprises.

Sauf que des milliers (voire des millions) personnes ont été avertie que… leur assurance avait été automatiquement résiliée. En effet, la loi de 2010 comporte des critères qui s'ils ne sont pas remplis par les assureurs rendent leurs contrats non avenus. Les difficultés précédemment citées rendent biens sûr difficiles de nouvelles souscriptions. Ce qui rend incertain le nombre de personnes effectivement dotée d'une assurance l'an prochain.

  • Barack Obama sous pression

Forcément, tous ces ennuis ne sont pas pour faciliter la tâche du chef de l'Etat américain. Son prédécesseur Bill Clinton en a d'ailleurs rajouté une couche ce mercredi. Il a ainsi déclaré au magazine Ozy :

"Le président devrait honorer sa promesse faite par le gouvernement fédéral à ces gens [qui souhaitent conserver leur précédente assurance]".

Dans le camp démocrate, les rangs sont de moins en moins serrés derrière Barack Obama. Ainsi, une poignée de parlementaires soutiennent la proposition de loi de Mary Landrieu, la sénatrice de Louisiane qui souhaite faire voter une loi visant à "tenir la promesse" d'Obamacare, que tous les assurés pourront conserver leurs contrats passés avant 2014.

Parmi ses soutiens, une partie craignent pour leur réélections, les échéances de mi-mandat en 2014 approchant à grands pas. Mais même des élus moins pressés par les urnes ont eux aussi soutenu cette proposition. C'est le cas notamment de Dianne Feinstein sénatrice démocrate de Californie et ancienne maire de San Francisco. 

La pression vient ensuite des Républicains, bien sûr, pour qui les déboires d'HealthCare.gov constituent une aubaine. Au moment du "shutdown", les plus radicaux d'entre eux tenaient mordicus à couper les sources de financement de la loi Obamacare, et ce alors que le pays était menacé de faillite.

>> D'Obamacare au shutdown: le guide pour décoder la crise budgétaire américaine

  • Nouvelle promesse : un site réparé à la fin du mois

Pour l'instant, l'agence en charge de superviser le programme s'active jour et nuit pour tenter de réparer les bugs informatiques. La Maison Blanche promet un système pleinement efficace pour Thangsiving, à la fin du mois de novembre.

Pourtant, cette bataille là serait elle aussi loin d'être gagnée, comme l'a affirmé une source officielle témoignant sous couvert d'anonymat au Washington Post.

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Pour aller plus loin:

>> Obamacare: 14 millions d'Américains pauvres laissés sur le carreau ?

>> "L'Obamacare" devra faire face à des défis considérables

>> "I'm sorry" : Obama s'excuse à la télé pour les problèmes causés par Obamacare

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Commentaires
a écrit le 13/11/2013 à 20:20 :
Personne ne veut dire la simple vérité sur Obamacare.
Depuis le départ, il s'agit de forcer les jeunes à cotiser pour équilibrer le système, même s'ils n'ont aucune raison de le faire. D'ailleurs, le glacis de l'éducation supérieure américaine, véritable repaire d'ex-politiques en mal de recasement à quelques millions de dollars par an de salaire et avantages, commence à prendre le relais. Les jeunes ne voulant pas être victimes du système préfèrent payer les amendes. Du coup, de plus en plus d'universités rendent obligatoire l'inscription aux assurances médicales obligatoires pour suivre leur scolarité... Elle est pas belle la vie au pays des cartels et du capitalo-socialisme de connivence?
a écrit le 13/11/2013 à 17:52 :
Le 1er bug c'est la stupidite d'Obama.
a écrit le 13/11/2013 à 17:26 :
Je prétend depuis longtemps que OBAMA est un incapable.Son bilan est désastreux tant en politique inérieure qu'en politique étrangère.Le leadership mondial est aujourd'hui assuré par POUTINE( que je ne soutiens pas).Il ne suffit pas d'etre noir pour etre un grand président. Les sondages US me donnent raison:57% de mécontents.
Réponse de le 13/11/2013 à 19:39 :
Son bilan économique est aussi catastrophique avec une dette stratosphérique!, sans oublier l'aspect humain 50 millions d’américain survivent grâce aux coupons alimentaires (Food Stamp), et les chiffres du chômage aux us complètement truqués et faux.

Le bilan de Barack Obama est pire que celui de George W Bush.

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