Ukraine : une "invasion armée" russe est-elle en cours en Crimée ?

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Le ministre ukrainien de la Défense a ainsi accusé la Russie d'avoir envoyé récemment 6.000 soldats en renfort en Ukraine. (Reuters)
Le ministre ukrainien de la Défense a ainsi accusé la Russie d'avoir envoyé récemment 6.000 soldats en renfort en Ukraine. (Reuters) (Crédits : reuters.com)
Déstabilisée par des protestations anti-gouvernement à Kiev, qui ont abouti à la destitution du président pro-russe Viktor Ianoukovitch, l'Ukraine a vu la Russie renforcer sa présence militaire en Crimée, région russophone. Jusqu'à craindre une "invasion armée". Moscou, a qui un dirigeant de Crimée à demander d'aider à rétablir "paix et sécurité", assure samedi ne pas vouloir laisser cette demande sans réponse.

L'Ukraine va-t-elle connaître un scénario à la géorgienne ? Samedi matin, le Kremlin a indiqué que la Russie "ne va pas ignorer la demande" de Sergïi Aksionov, nouveau Premier ministre de la péninsule de Crimée. Celui-ci voulait que Moscou restaure "la paix et le calme" dans le territoire pro-russe.

Des témoins ont signalé vendredi soir des mouvements de transports de troupes blindés non identifiés, sur la route entre Sébastopol et Simféropol, la capitale de la république autonome de Crimée, ainsi que l'atterrissage de plusieurs avions-cargo militaires dans un aéroport militaire près de Simféropol. Par ailleurs, une dizaine de militaires armés, aux uniformes dépourvus de tout signe distinctif ont patrouillé vendredi toute la journée à l'extérieur de l'aéroport de Simféropol.

>> Lire : Ukraine: la Russie place ses pions en Crimée

6.000 soldats russes en Crimée ?

Le président ukrainien par intérim Oleksander Tourtchinov a accusé la Russie d'agression et a estimé que Moscou entendait rejouer en Crimée le scénario qui a conduit au conflit armé de 2008 avec la Géorgie concernant les régions sécessionnistes pro-russes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud.

Le ministre ukrainien de la Défense a ainsi accusé la Russie d'avoir envoyé récemment 6.000 soldats en renfort en Ukraine et annoncé le placement de l'armée ukrainienne en état d'alerte renforcé dans la région autonome de Crimée. Une "invasion armée" russe, estime de son côté le ministre de l'Intérieur par intérim, Arsen Avakov, pour qui ces mystérieux militaires à l'aéroport de Simféropol "ne dissimulent pas leur appartenance aux forces armées russes".

Accord entre les deux pays

Moscou n'a ni confirmé ni démenti des mouvements de troupes russes. A l'issue d'une réunion en urgence et à huis clos du Conseil de sécurité, le représentant de la Russie aux Nations unies, Vitali Tchourkine, a déclaré que son pays agissait dans le cadre de ses accords avec Kiev.

La Russie, qui dispose d'une très importante base navale en Crimée, affirme avoir le droit d'organiser des mouvements de troupes en Ukraine dans le cadre d'un accord entre les deux anciens voisins soviétiques.

En ouverture d'un conseil des ministres samedi, le Premier ministre Arseni Iatseniouk a déclaré que "la présence inadéquate des militaires russes en Crimée est une provocation". Il a précisé que "les tentatives de faire réagir l'Ukraine par la force ont échoué".

Opération de déstabilisation

En milieu de journée samedi, la Russie s'est déclarée samedi "extrêmement préoccupée" par de récents événements en Crimée, région autonome du sud de l'Ukraine que des "cercles politiques influents" à Kiev cherchent selon elle à déstabiliser.

Dans un communiqué, le ministère russe des Affaires étrangères affirme que dans la nuit de vendredi à samedi, "des hommes non identifiés envoyés de Kiev" ont tenté de s'emparer du bâtiment abritant le ministère de l'Intérieur de la région autonome. "En conséquence de cette provocation perfide, il y a eu des blessés", déclare le ministère, ajoutant sans autre détail que l'opération a été mise en échec

Dans la foulée, la Douma d'Etat, chambre basse du parlement russe, a demandé samedi au président Vladimir Poutine de prendre des mesures pour stabiliser la situation en Crimée, rapporte l'agence Interfax, citant le président de la Douma..

Mise en garde des Etats-Unis

Barack Obama a mis la Russie en garde vendredi, prévenant qu'une intervention militaire en Ukraine aurait un "coût", dans une atmosphère de tension avec son vieil ennemi Vladimir Poutine rappelant la Guerre froide :

Nous sommes profondément préoccupés par les informations faisant état de mouvements militaires à l'initiative de la Fédération de Russie en Ukraine. Les Etats-Unis seront d'accord avec la communauté internationale pour affirmer qu'une intervention militaire en Ukraine aurait des coûts.

Le président Obama et les chefs d'Etats et de gouvernement européens pourraient pratiquer la politique de la chaise vide au sommet du G8 prévu cet été à Sotchi en cas d'intervention militaire de la Russie en Ukraine, a précisé un haut responsable américain.

"Toute violation de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine serait profondément déstabilisante", a déclaré le chef de la Maison blanche qui, après la Syrie, voit avec l'Ukraine un nouveau sujet de discorde avec le Kremlin. Barack Obama n'a pas précisé ce qu'il considérerait comme une intervention militaire de la Russie.

La communauté internationale préoccupée

Dans une série de communiqués publiés verts 13h, Paris, Londres et Berlin ont appelé à la désescalade en Crimée. Frank-Walter Steinmeier, ministre allemand des Affaires étrangères, a jugé que la situation en Ukraine devenait dangereuse et a demandé à la Russie de faire part de ses intentions au sujet de ses troupes basées en Crimée.

"La situation s'est considérablement aggravée, en Crimée notamment", a déclaré Frank-Walter Steinmeier. "Nous renvoyons le gouvernement russe à ses déclarations publiques sur le sujet" :

Cela suppose également que la Russie offre sans délai une transparence complète sur les mouvements de ses troupes en Crimée, ainsi que sur les objectifs et les intentions qu'ils revêtent.

Intégrité territoriale

De son côté, le secrétaire au Foreign Office William Hague a déclaré sur son compte Twitter qu'il s'était entretenu par téléphone avec son homologue russe Sergueï Lavrov "afin d'appeler à la désescalade en Crimée et au respect de la souveraineté et l'indépendance de l'Ukraine".

Laurent Fabius, enfin a indiqué dans un communiqué que "la France est vivement préoccupée par les informations provenant de Crimée, qui font état de mouvements significatifs de forces armées." Le ministre français des Affaires étrangères a appelé les parties "à s'abstenir d'actions susceptibles d'alimenter les tensions et de porter atteinte à l'intégrité territoriale de l'Ukraine".

Dette de gaz non payée à la Russie

Le groupe public russe Gazprom a par ailleurs indiqué samedi que l'Ukraine avait une "énorme" dette de gaz 1,55 milliard de dollars (1,12 md EUR) non payée à la Russie, et a averti que le prix préférentiel accordé à Kiev par la Russie pourrait être remis en cause.

"Nous avons de bonnes relations avec l'Ukraine, le transit fonctionne, il faut juste payer le gaz... Pour le moment, les arriérés de paiement se montent à 1,549 milliard de dollars", a déclaré un porte-parole de Gazprom, Sergueï Kouprianov, à l'agence Ria Novosti. "Avec une telle façon de payer et de remplir ses engagements, l'Ukraine ne va selon toute vraisemblance pas pouvoir conserver le prix préférentiel dont elle bénéficie actuellement pour le gaz" russe.

Dmitri Peskov, porte-parole du président russe Vladimir Poutine, avait indiqué début février que la Russie s'inquiétait de plus en plus du retard de l'Ukraine dans le paiement de ses factures de gaz. Au bord de la faillite, l'Ukraine risque le défaut de paiement sans une rapide perfusion financière internationale.

>> Lire : De la chute de Ianoukovitch à "l'invasion" russe, une semaine brûlante en Ukraine

[Edité à 13h30 avec opération de déstabilisation, réactions internationales et demande de la Douma russe]

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Commentaires
a écrit le 02/03/2014 à 21:46 :
Après les Sudètes en Géorgie, voici l'Anschluss en Ukraine...
A quand le pacte soviéto-chinois ?
a écrit le 02/03/2014 à 15:31 :
Barroso , planque-toi , ils te cherchent !!! ;-)
a écrit le 02/03/2014 à 8:30 :
Le monde est composé de prédateur et de victimes...
a écrit le 02/03/2014 à 0:59 :
C'est une sorte de tournant dans la mondialisation...ou du protectionnisme devrait on dire. Il va peut etre falloir payer ses dettes avant de parler de libre circulation des capitaux.
a écrit le 01/03/2014 à 20:27 :
La maison blanche aurait elle décidé de résoudre ses problèmes conjoncturels par une guerre mondiale ?
Réponse de le 01/03/2014 à 20:58 :
Ce qui est rassurant avec les bombes thermo nucléaires, c'est que les lambda comme nous se font griller par le flash alors que les milliardaires dans leur bunker se font tranquillement bouffer par les mutations cancérigènes, métastases assurées en 6 mois. Ça s'appelle la démocratisation des effets collatéraux. Bienvenu dans un monde non chirurgical...
a écrit le 01/03/2014 à 20:17 :
48h que des soldats sans insignes stationnent dans les aeroports et au parlement et pas un journaliste pour leur demander qui les envoie ???? la ficelle est un peu grosse
Réponse de le 02/03/2014 à 11:23 :
Vous avez déjà tenté de faire parler des troupes d'élite russes ?
a écrit le 01/03/2014 à 19:52 :
La Crimée est une région pro-russe puisque sa population originelle, les Tatars, ont été déportés
en Asie centrale et en sibérie par stalin en avril 1944. Ils étaient accusés d'avoir collaboré avec
l'envahisseur nazi, puisque l'armée rouge n'avait pas pu empécher la chute de Sevastopol. Ils ont
été remplacés par des colons russes, qui considérent les Tatars comme des sous-hommes.
Quand le général Petro Grigorenko, héros de l'Uion Soviétique, a voulu organiser le retour des
Tatars en Crimée et la restitution de leurs droits et de leurs terres, les dirigeants soviets-ruskis
l'ont fait enfermer dans un hopital psychiatrique ou il a été "soigné" avec toute la science médicale
soviétique de l'époque. Putin semble vouloir s'inspirer de ces méthodes.
a écrit le 01/03/2014 à 17:15 :
Ligne 4 " a qui un dirigeant de Crimée à demander d'aider" ?? est ce français?? J aurai dit plutôt " à qui un dirigeant de Crimée a demandé d aider" NON??
a écrit le 01/03/2014 à 15:26 :
Les neo-nazis qui ont fait un coup d'état contre un gouvernement élu démocratiquement vont passer un mauvais moment. Les russophones sont majoritaires en Ukraine et les forces vives de l'Ukraine sont pro Russes. N'en déplaisent aux oligarques de l'Otan et aux eurocrates. Les citoyens d'Europe vont devoir remettre les oligarques a leur place, démocratiquement aux élections européennes.
Réponse de le 01/03/2014 à 15:41 :
Non mais vous lisez ce que vous écrivez ? Démocratiquement ?!? Après avoir empoisonné le concurrent et truqué les élections... C'est ça la démocratie ?!?
Allez donc vivre en Russie démocratique !
Réponse de le 01/03/2014 à 16:07 :
Les élections de 2010 en Ukraine ont permis démocratiquement de changer le gouvernement de Tymocheko, elle avait tout les pouvoirs,elle a perdu les élections,car elle a ruiné l'Ukraine. Les faits sont la.
Réponse de le 01/03/2014 à 16:57 :
Les russophones sont majoritaires avec 17% de la population ?
Il va falloir reprendre les bases des mathématiques !
Réponse de le 01/03/2014 à 17:18 :
Les forces vives de l'Ukraine sont russophone ou pro russes, c'est démocratiquement mathématique. Une majorité électorale est une majorité.
Réponse de le 01/03/2014 à 20:15 :
C'est vrai qu'en Europe quand les citoyens votent comme en France contre le traité constitutionnel européen, les oligarques disent que le vote ne compte pas... Ils sont comiques ces oligarques, il ne savent pas ce que veut dire une majorité numérique et démocratique choisie par les citoyens. Faut retravailler les cours mathématique et de civisme les gars.
a écrit le 01/03/2014 à 15:12 :
Vite François !! il faut envoyer nos troupes en Ukraine. Ah zut j'oubliais, elles sont déjà toutes occupées en Afrique.
a écrit le 01/03/2014 à 13:58 :
N'oubliez -jamais que l'Ours Russe a besoin de 3000 km devant lui pour se protéger .....
a écrit le 01/03/2014 à 13:48 :
Voilà ce qu'il se passe quand on joue avec le feu !
a écrit le 01/03/2014 à 11:25 :
Dire que l europe fanferonait la semaine derniere, et reste inexistante aujourd hui
a écrit le 01/03/2014 à 11:21 :
La Crimée est russe!
Réponse de le 01/03/2014 à 14:01 :
La Crimée est tartare, et n'est devenu russe prarce que les russes ont massacré et déporté les tartares.
Réponse de le 01/03/2014 à 15:21 :
d'où l'origine du steack du meme nom ?
Réponse de le 01/03/2014 à 16:17 :
@@raspoutine: ce sont les tatares ou tatars. Les origines du monde et de la géopolitique actuelle sont le fruit de massacres divers et variés. Qu'est-ce qui appartient à qui est quasiment impossible à déterminer.

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