New York s'offre un mégacampus high-tech !

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Le projet de campus universitaire Cornell NYC Tech, sur Roosevelt Island, déjà surnommée « Silicon Island ». / DR
Le projet de campus universitaire Cornell NYC Tech, sur Roosevelt Island, déjà surnommée « Silicon Island ». / DR (Crédits : DR)
La cité-dortoir de Roosevelt Island devrait devenir un haut lieu de la technologie avec l'ouverture du campus de l'université Cornell, en 2017. Dans une seconde phase, étudiants diplômés et professionnels de sociétés comme Google et Facebook travailleront dans des immeubles communs.

C'est une cité-dortoir un peu terne avec ses immeubles rouge brique, une île de triste réputation pour son pénitencier - Billie Holiday y a été emprisonnée -, son asile de fous et son hôpital d'isolement. L'étroite bande de terre (0,6 km2) sur l'East River paraît toujours un peu endormie comme coincée par Manhattan, la fière, à l'ouest, et Queens, la renaissante, à l'est. C'est pourtant dans ce lieu isolé qu'une petite révolution pour New York et son économie est en cours.

Roosevelt Island va devenir le futur hub du high-tech, des sciences expérimentales, de l'engineering, de la recherche et un incroyable incubateur de start-up pour les trente prochaines années au moins. Cette « Silicon Island », comme on la surnomme déjà, se transforme petit à petit en un lieu hybride, expérimental, inédit. Car c'est ici que Cornell New York City Tech va construire son nouveau campus universitaire dédié à la haute technologie où se mêleront des étudiants en master et des grandes sociétés de l'ère digitale.

L'objectif ? Oser

Associer si étroitement le savoir académique et l'industrie, mettre l'éducation au service du commerce de telle sorte que, à terme, il en résulte un boom économique pour Big Apple. Ce projet terriblement pragmatique est porté par Cornell, l'une des huit universités de l'Ivy League, en partenariat avec Technion-Israel Institute for Technology, basé à Haïfa, et dont l'expertise en matière de commercialisation des inventions est reconnue.

Elle récupère en effet généralement 33% des sommes investies dans la recherche. À titre comparatif, en 2011, Cornell n'atteint que les 10%. Si leur coopération fait sens, l'initiative de ce projet ne leur revient pas. Elle est d'abord le fait d'un homme, Michael Bloomberg. Avec la crise financière de 2008, l'exmaire comprend que NYC ne peut plus compter seulement sur la banque et la finance pour faire tourner la machine. En même temps, un nouveau domaine ne cesse de recruter.

Entre 2005 et 2010, Google, Facebook, Twitter et autres Yelp ont augmenté leurs effectifs dix fois plus vite que l'ensemble des employeurs de la ville. Une conviction s'impose dès lors : ou New York se développe dans le secteur de la « technologie globale » et s'y impose comme un de ses leaders, ou bien... la ville décline.

Enthousiastes, les grands du net s'impliquent tous

En 2010, le milliardaire lance un concours ouvert aux universités du monde entier afin qu'elles proposent leur vision d'un campus destiné aux sciences. Décembre 2011 : Cornell, l'américaine et Technion, l'israélienne, l'emportent. La ville leur donne cinq hectares sur Roosevelt Island et 100 millions de dollars pour remettre les infrastructures en état. Cornell y ajoute 2 milliards de dollars et obtient le soutien de philanthropes comme Charles F. Feeney (350 millions de dollars), un de ses anciens élèves.

Les sommes sont colossales, mais le résultat devrait être à la hauteur : dans les trente prochaines années, ce foyer du high-tech est censé générer 23 millions de dollars d'activité et permettre de créer quelque 600 sociétés, soit environ 30.000 emplois, à un salaire au- dessus de la moyenne. Ceci - ajouté à la force d'attraction que constitue déjà la Silicon Alley, la technopole new-yorkaise concentrée sur les médias, l'Internet et l'édition - devrait permettre à la Grosse Pomme de démarrer les prochaines décennies en pôle position. En attendant, le chantier s'annonce gigantesque. Le campus de Cornell ne sortira pas des fondations avant 2017, du moins pour sa première phase qui implique une refonte du paysage.

Ainsi, les travaux qui ont débuté le 21 janvier dernier se concentrent sur l'élargissement de la route ouest afin que la circulation puisse se faire... dans les deux sens. Le vaste hôpital de Goldwater est démoli, unité après unité. À sa place vont émerger des bâtiments flambant neufs, presque aériens, avec des façades et des murs intérieurs en verre. Cette transparence doit favoriser, symboliquement et effectivement, les contacts entre étudiants, professeurs et entreprises. Car, comme l'explique de façon lapidaire le directeur de Cornell, le Dr David J. Skorton : « Même avec toute notre technologie, la proximité compte vraiment. »

La coopération étudiants-professeurs-professionnels, les relations humaines, les échanges d'idées, voilà selon lui, le coeur du projet, la recette de la réussite.

Dans cette optique, les architectes, dont Thom Mayne du cabinet Morphosis ont, par exemple, imaginé la construction d'immeubles dits de « colocation » dans lesquels les trois entités partageront les lieux de travail, comme de détente. Les sociétés technologies (Facebook, Google, etc.) pouvant louer des pièces dans les bâtiments et aussi y ouvrir des magasins. De même, le centre de cinq étages destiné aux cours académiques ne comportera que six salles de classe, le reste s'organisant autour d'un hectare d'open space avec, ici et là, de petites enclaves pour des discussions plus resserrées.

Autre caractéristique : réchauffement climatique oblige, les édifices produiront autant d'énergie qu'ils en consommeront, notamment grâce à un système d'auvents avec cellules photovoltaïques qui captent l'énergie solaire. Cet ensemble à la fois vert - avec aussi beaucoup de jardins - et techno, accueillera 1.400 étudiants, professeurs et personnels administratifs, en 2017, et jusqu'à 2.000 à la fin des travaux, prévue en 2037.

Cette lointaine perspective n'a pas empêché le programme de débuter, en 2013, dans les 2.000 m2 que Google a mis à la disposition de Cornell, au sein de son quartier général, à Chelsea. C'est dire si la firme croit au projet.

Tout comme d'ailleurs des sociétés aussi différentes que la jeune start-up Artsy, la Fondation Robin Hood ou le cabinet de conseils McKinsey & Company. Les Facebook, Ebay, Amazon, Twitter, etc., sont également dans les starting-blocks.

Leur principale motivation ?

D'une part, trouver des solutions aux problèmes techniques qu'elles rencontrent grâce aux recherches appliquées qu'effectuent les étudiants. Ce qui peut ensuite déboucher sur des dépôts de brevets : un fonctionnaire de l'US Commerce Department y disposera d'un bureau sur place à cette fin. D'autre part, indépendamment même du succès commercial, cette expérience forme les jeunes et, du coup, répond à la problématique de la pénurie de candidats qualifiés, dans un secteur en pleine expansion.

Ce changement de conception qui fait passer l'université du statut de cloître académique à celui de moteur de l'économie commence à faire des petits à New York. Pour la seule année 2013, on a ainsi noté que l'université Columbia a lancé un institut de data sciences et engineering, que celle de New York a ouvert son centre pour l'« urban science and progress », et que l'université Carnegie-Mellon a créé un « Integrative Media Program ». À ce rythme-là, New York va-t-il finir par détrôner la Silicon Valley ?

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