Narendra Modi : le favori des marchés autoritaire et nationaliste choisi pour réformer l'Inde

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Qu'à cela ne tienne qu'il n'ait pu être partout. Dans cette campagne, Narendra Modi a poussé le sens du show politique jusqu'à apparaître en hologramme 3D à ceux qui étaient hors de portée.
Narendra Modi a remporté une victoire historique face au parti du Congrès en Inde. Loué pour ses qualités de meneur d'homme, à la limite de l'autoritarisme, il est très attendu par les milieux d'affaires pour réformer le pays.

Un site internet de "popstar", une couverture médiatique mondiale, le soutien des marchés et une campagne électorale à l'américaine... Mais qui est donc Narendra Modi, ce leader de la droite hindou (BJP), version aile dure nationaliste, en passe de devenir Premier ministre de l'Inde?

En premier lieu, qu'il est un hyperactif. L'homme a en effet tenu pas moins de 437 meetings et s'est exprimé dans... 5827 rassemblements publics dans toute l'Inde lors de la campagne dont l'issue sera connue le 16 mai prochain. En tout, il aura parcouru quelque 300.000 kilomètres. Et comme il ne pouvait être partout, il a poussé son sens du show politique jusqu'à apparaître en hologramme 3D à ceux qui étaient hors de portée. Les premiers résultats et les projections des télévisions valident sa stratégie puisque qu'ils lui donnent une majorité absolue au parlement pour le BJP, une première depuis 30 ans pour un parti seul. Le Congrès a reconnu sa défaite.

Le favori des milieux d'affaires

Et l'engouement suscité ne s'arrête pas à la sphère politique. Jugé proche des milieux d'affaires, sa probable élection a provoqué l'envolée des cours de Bourse indiens, du Sensex au Nifty, ces derniers jours. Les deux indices ont en effet atteint des nouveaux records historiques depuis lundi, à l'annonce des sondages de sorties d'urnes qui le donnaient gagnant.

Cet engouement des marchés pour Narendra Modi vient de son bilan à la tête du Gujarat, cet État frontalier du Pakistan situé à l'ouest de l'Inde. Le candidat de la droite indienne se targue en effet que le Gujarat, dont il est ministre en chef depuis 2001, a connu l'un des taux de croissance du PIB moyen par habitant les plus élevés d'Inde (6,7% entre 2000 et 2010), bien au dessus de la moyenne nationale (de 5,7% sur cette période), durant son mandat.

"Modinomics"

Les marchés comptent en fait sur la réputation de Narendra Modi et sur sa formule magique appelée "Modinomics", sur le modèle du "Reaganomics" aux États-Unis, et plus récemment de "l'Abenomics" au Japon.

Comme le note un analyste de Credit Suisse, une partie des projets qui permettraient de relancer la croissance du pays, fondés sur une plus grande ouverture des marchés aux investisseurs dans des secteurs clés, sont victimes de blocages administratifs. Les milieux d'affaires espèrent que la poigne du favori des sondages et son discours pro-marché suffiront à faire sauter les blocages.

Le pouvoir fédéral surestimé

Sauf qu'ils pourraient être déçus. Car les idées et la volonté ne suffiront pas pour relancer l'économie en Inde. En effet, une bonne partie des projets nécessaires au redémarrage de la croissance ont besoin d'être approuvés au niveau local.

Selon Credit Suisse, les deux tiers des projets en attente d'une approbation au niveau fédéral sont dans les secteurs de l'énergie et de l'acier, déjà en surcapacité. En revanche, la production de charbon reste anémique, et pèse sur le dynamisme économique de l'Inde. Même chose en ce qui concerne l'extraction de minerai de fer, susceptible de donner un coup de fouet au secteur de l'acier. Mais c'est au niveau des États fédérés que cela coince.

Dérives autoritaires et montée des inégalités

En outre, ce meneur est aussi décrié pour son comportement et ses prises de position lors des émeutes communautaires, anti-musulmanes, qui ont ensanglanté le Gujarat. Il était en effet resté inactif lors de ces mouvements de foules qui ont fait plus de mille morts, essentiellement des musulmans. Il avait ensuite refusé de présenter ses excuses. Europe et États-Unis l'ont d'ailleurs boycotté pendant une décennie, avant de reprendre contact avec lui récemment, en raison de son ascension politique.

Comme pourrait en attester sa campagne hypercentrée sur sa personnalité, Narendra Modi est aussi montré du doigt pour ses dérives autoritaires et pour sa tendance au culte de la personnalité. Et sa réussite économique est souvent remise en cause du fait de la très grande montée des inégalités dans l'État du Gujarat, et sur sa politique essentiellement tournée vers les grands groupes.

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Commentaires
a écrit le 19/05/2014 à 21:13 :
Le nouveau PM Indien, M. Modi, vient de remercier à Poutine et aux dirigeants du Japan, Sri Lanka, Nepal et Australie pour leur soutient. Cependant il n'a rien dit à propos des États-Unis et moins encore à propos de l'Europe. Ni Merkel ni Hollande seront contents, na !…
a écrit le 19/05/2014 à 16:19 :
Le nouveau PM Indien Modi vient de remercier à Poutine et aux dirigeants du Japan, Sri Lanka, Nepal et Australie pour leur soutient. Curieux, pas un seul mot pour les États-Unis, moins encore pour l'Europe. Hollande ne sera pas content...
a écrit le 18/05/2014 à 12:45 :
faire le démagogue en période électorale est une chose , accéder a la fonction suprême et prendre des décisions en est une tout autre , la réalité c'est l'écueil des utopies et démagogies , non ce qui inquiète le pouvoir élu en inde c'est la chine qui a réussi économiquement , l'Inde est paralysée par une paperasse et un protectionnisme effrayant vis a vis des européens ou meme d'ailleurs , libéraliser l'économie c'est un gage de renouveau , mais aussi de permettre a des individus de vivre mieux mais il faudra régler les inegalitées qui sont extrêmes dans ce pays si magnifique et cela sera un sacré challenge
Réponse de le 18/05/2014 à 21:16 :
Il pourrait venir en France prendre quelques leçons avec notre Hollande national, celui-ci trouve toujours des solutions pour les challenges...

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