Mahindra, champion indien en quête d'image de marque

Marjoie Cessac, à Bombay

Marjoie Cessac, à Bombay
Chevelure grisonnante, moustache à l'ancienne, regard pétillant, Anand Mahindra, 59 ans, affiche un air confiant dans son spacieux bureau du Gateway Building, véritable oasis située dans le très affairé quartier d'Apollo Bunder, au sud de Bombay. Après tout, ce grand patron indien est déjà lui-même l'un des hommes d'affaires les plus respectés de son pays. Et compte, si l'on en croit le magazine Fortune, parmi les 50 personnalités les plus influentes d'Asie. L'homme qui vient de prendre les rênes des scooters Peugeot (il vient d'acquérir 51% du capital) est à la tête d'un véritable empire. Fondé en 1945, par son grand-père, JC Mahindra, ce groupe, à l'origine dans le seul commerce de l'acier, est aujourd'hui présent dans 18 secteurs d'activité, dans 40 pays, de la Silicon Valley à l'Afrique, et compte plus de 180.000 salariés...
Devenir homme d'affaires n'était toutefois pas la vocation première de ce patron méticuleux.
Formé dans les plus grandes universités américaines, au Harvard College puis à la Harvard Business School, il rejoint la Mahindra Ugine Steel Company dont il prend la présidence en 1989. À l'époque, l'Inde commence tout juste à expérimenter ses premières politiques économiques libérales. Un environnement plus ouvert, dont le patron tire parti pour entamer une diversification tous azimuts.
Résultat : lorsqu'il prend les rênes de l'ensemble du groupe en 2012, à la place de son vieil oncle Keshub, l'activité a plus que décuplé. Aujourd'hui, Mahindra est partout. Dans l'informatique, au travers de Tech Mahindra, la cinquième SSII indienne. Dans l'immobilier, via Mahindra Lifespaces, qui se revendique comme incontournable dans l'urbanisme, axé sur le développement durable. Dans la banque, grâce à ses divers établissements, dont Kotak Mahindra. Mais aussi dans la défense et les transports, bien sûr. De ses chaînes de montage sortent aussi bien des voitures, des 4x4, des motos, que des camions, scooters, yachts ou encore des avions.
Dans ce secteur, le groupe compte désormais des usines d'assemblages au Tchad, au Mali, au Ghana et au Nigeria, ainsi qu'un important réseau de distribution sur le continent. Pour l'heure, l'Afrique ne représente qu'un quart des exportations de tracteurs, 3.000 véhicules par an, mais Mahindra espère bien doubler ce chiffre d'ici peu... Que se cache-t-il derrière cette apparente boulimie ? Sans doute l'envie de reconnaissance. De faire de cette méga-entreprise l'une des plus belles vitrines de l'Inde. À l'opposé de Lakshmi Mittal, parti s'installer en Angleterre (c'est l'une des premières fortunes anglaises), Mahindra, lui, assume sa formation américaine, dont il a gardé l'efficacité et le ton direct, mais revendique aussi son profond attachement à son pays. Et la volonté de le servir au mieux. En témoignent ses discours galvanisants devant les nouveaux diplômés d'IIM, prestigieux institut de management, ou ses tribunes élogieuses sur les méthodes pragmatiques du très capitaliste Premier ministre Narendra Modi.
Anand Mahindra s'y emploie. Exemple, le véhicule électrique.
Pionnier dans ce domaine, le groupe revendique la production de la voiture électrique la moins chère au monde, la Reva. En tout, 1.000 voitures de ce type ont été vendues en Europe, avant que la production ne soit stoppée en 2012, lors du lancement de la nouvelle e20.
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Lancée sur le marché indien l'an dernier, l'e20 devrait être disponible dès 2015 en Europe.
Au sein du groupe, cette technologie s'applique d'ailleurs aussi aux deux-roues : GenZe 2.0, un scooter électrique conçu à Palo Alto, devrait être commercialisé au printemps prochain, dans un premier temps en Californie, dans l'Oregon, au Michigan. Puis sans doute en Floride. Dans ce marché du deux-roues, Mahindra est encore relativement novice. Mais il regarde de près ce segment juteux qui, l'an dernier, a crû de 23 % en Inde. D'où son entrée au capital de Peugeot Scooters.
Mahindra n'en est d'ailleurs pas à son coup d'essai avec les entreprises de l'Hexagone. En 2005, on s'en souvient, il s'était allié à Renault dans le but de vendre la Logan en Inde. Une expérience qui cependant tournera court, cinq ans plus tard, faute d'intérêt sur le marché indien.
À quoi tient ce regain d'intérêt pour la France ? Entre autres, à la crise et aux opportunités qu'elle crée.
Que faut-il entendre par là ? Que la France va devenir un vivier de main-d'oeuvre bon marché ? Pas vraiment. De ce point de vue, l'Espagne aurait plutôt une longueur d'avance.
C'est sur cette innovation que le patron indien veut capitaliser. « On pourrait, je pense, imaginer une plus grande coopération sur ce terrain entre l'Inde et la France », déclare-t-il. À bon entendeur...
Marjoie Cessac, à Bombay