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Et si la Grèce sortait de l'euro...

Sophie Rolland et Robert Jules

Publié le 14 mai 2012 à 12:15

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La question de la sortie de la Grèce de la zone euro se pose de façon de plus en plus concrète. Lundi, le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble a fait valoir qu'une sortie de la Grèce entraînerait "beaucoup de turbulences" pour la zone euro, mais qu'elle permettrait aussi au pays de dévaluer sa monnaie. De quoi soutenir sa compétitivité...

Acropolis, Adieu ? Difficile de dire si les Européens envisagent réellement la sortie de la Grèce de la zone euro ou si les dernières déclarations sont surtout destinées à mettre la pression aux électeurs grecs. Une chose est sûre : le discours à l'égard de la Grèce est de plus en plus offensif. : "Pourquoi la Grèce doit quitter l'euro", titre le très sérieux Spiegel allemand cette semaine.

Le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble n'a pas hésité à affirmer que « la zone euro [pouvait] supporter une sortie de la Grèce » vendredi. Lundi, il a enfoncé le clou et fait valoir que si une sortie de la Grèce entraînerait "beaucoup de turbulences" pour la zone euro, elle permettrait aussi au pays de dévaluer sa monnaie. De quoi soutenir sa compétitivité...

Du côté des banquiers centraux, le président de la Bundesbank allemande, Jens Weidmann avait, lui aussi, été très clair . " Si Athènes ne tient pas parole, ce sera un choix démocratique. La conséquence sera que la base pour de nouvelles aides disparaîtra ", a-t-il averti. Quant au patron de la banque centrale belge, Luc Coene, il a évoqué la possibilité d'un "divorce à l'amiable", dans le Financial Times.

La semaine dernière, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a estimé, sans la nommer, que la Grèce devrait quitter la zone euro si elle ne parvenait pas à respecter ses engagements."Tout le monde doit respecter les accords", avait-il indiqué, en soulignant que c'était "comme dans un club". "Je ne veux pas parler d'un pays spécifique mais si un pays ne respecte pas les règles, mieux vaut qu'il parte". La Commission a précisé son message ce lundi en indiquant qu'elle voyait " le futur de la Grèce dans l'euro" et qu'elle voulait "qu'elle reste dans la zone euro. "C'est selon nous la meilleure solution pour la Grèce , sa population et pour l'Europe dans son ensemble", a indiqué une porte-parole de la Commission.

C'est la troisième fois en deux ans que la question de la sortie de la Grèce de la zone euro se pose. En mai 2010, elle avait incité les Européens à mettre en place un plan d'aide bancal et incomplet. En mars 2012, elle avait conduit à un nouveau plan d'aide et à une restructuration massive de la dette publique détenue par les créanciers privés.

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La fatigue des dirigeants européens
Le temps ne joue pas en faveur d'un maintien du pays dans la zone euro. « La Grèce a désormais moins de leviers sur ses partenaires », résume l'économiste d'Oddo Securities, Bruno Cavalier. Depuis deux ans, « le gouvernement grec a souvent profité du fait qu'un défaut désordonné ou une sortie de l'euro exercerait des externalités négatives telles sur les autres pays que ceux-ci feraient tout, au bout du compte, pour éviter ce scénario », rappelle-t-il. Il est vrai que ces deux dernières années, les autorités grecques ont souvent eu tendance à différer la prise de décision, n'ont pas montré une franche adhésion aux mesures d'ajustement exigées, voire ont créé la confusion par des volte-face mal venues. Chaque nouvelle négociation a donné l'impression que le point de rupture était plus proche.

Les probables élections à venir en Grèce seront un referendum pour ou contre l'euro
Les derniers sondages en disent long sur l'impossible équation grecque. Une très large majorité des Grecs veulent une solution à la crise politique actuelle. Selon un sondage de l'institut Kappa, ils sont 72 % à estimer que les partis doivent coopérer « à tout prix », et 78 % à vouloir un gouvernement qui fasse « tout ce qu'il faut » pour que la Grèce reste dans la zone euro. Mais paradoxalement, ce même sondage, donne le parti Syriza (opposé aux réformes voulues par l'UE) en tête (20,5% des voix) en cas de nouvelles élections, devant les conservateurs et les socialistes du Pasok. Dès lors, les probables élections à venir en Grèce pourraient bien se transformer en referendum pour ou contre l'euro.

Les conséquences, volontaires ou pas, d'une sortie de la Grèce pour la zone euro

Financièrement, l'effet serait sans doute marginal pour les créanciers privés. En effet, depuis le début de la crise, les institutions financières ont eu le temps de se délester - même à perte - de leurs titres grecs et de passer les provisions adéquates. A cet égard, l'opération d'échange de titres avec décote des investisseurs privés (PSI) a clarifié les positions. Elle n'a pas non plus provoqué l'effet domino tant redouté via les CDS. En revanche, les banques grecques, elles, seraient exsangues. Du côté des banques françaises, Christian Noyer a assuré ce lundi matin qu'elles avaient provisionné "75% du risque grec" en un an.

Politiquement, la pilule serait difficile à faire avaler aux contribuables européens, Allemands en tête, qui le feraient payer cher à leurs gouvernants. Cela peut paraître paradoxal. En effet, pour les pays européens, un des avantages indéniable de la sortie de la Grèce de la zone euro serait de mettre un terme à la fuite en avant consistant à allouer toujours plus de moyens au sauvetage du pays. Elle entraînerait néanmoins des pertes immédiates importantes pour les Etats de l'Union européenne et le FMI (qui se retournerait vers les Etats), dont tout ou partie des créances ne seraient pas remboursées. Sans parler de l'exposition de la BCE... La chancelière allemande Angela Merkel serait la première concernée, son mandat arrivant à échéance en 2013.

Selon les économistes de la banque Deka, cités par Die Welt, le coût d'un retrait de la Grèce, synonyme de non-remboursement des aides consenties par Berlin, serait de 86 milliards d'euros, rien que pour les contribuables allemands. Il pourrait grimper à plus de 100 milliards d'euros en prenant en compte la part de l'Allemagne au FMI ainsi que les pertes à éponger dans les banques publiques régionales.

Quid des autres pays dits "périphériques" de la zone ? Le Portugal, l'Irlande - qui va soumettre le nouveau pacte budgétaire à référendum populaire dans quinze jours - ou encore l'Espagne seront-ils tentés de suivre l'exemple grec ? Probablement pas. D'abord parce que ces pays n'ont pas le même type de difficultés que la Grèce. Ils ont plutôt des problèmes de liquidité que de solvabilité. De plus, des élections récentes ont installé au pouvoir des majorités stables. « Une sortie de la Grèce pourrait être paradoxalement un facteur de cohésion pour les autres membres », juge même Bruno Cavalier.

En revanche, ces pays pourraient être tentés de demander un assouplissement des conditions ou du calendrier de l'application des mesures exigées pour réduire le déficit public et atteindre l'objectif de 3 % du PIB, comme l'exige le nouveau pacte budgétaire sous peine de sanctions automatiques. D'une certaine façon, l'Espagne l'a imposé récemment à Bruxelles, en passant d'un déficit public ciblé de 4,4% du PIB à 5,3% pour 2012, actant le fait que le gouvernement précédent avait laissé un déficit public à 8,5% du PIB contre un objectif de 6,6% en 2011. Ces pays pourraient par ailleurs trouver un allié en la personne du nouveau président français, François Hollande, qui souhaite inclure un volet « croissance » au nouveau pacte de stabilité, trop focalisé, selon le candidat socialiste, sur les programmes d'austérité.

Sur les marchés, une sortie de la Grèce créerait un précédent extrêmement dommageable pour les autres pays. « Très clairement, les investisseurs ne seront pas incités à prêter au Portugal, à l'Irlande ou même à l'Espagne s'il y a un risque qu'ils abandonnent un jour l'euro », résument les économistes d'Aurel BGC. De quoi dissuader les gouvernements de la zone de laisser la Grèce retournerà la drachme. Au moins pour un temps. « Une sortie de la Grèce ne sera pas possible tant que la zone euro ne sera pas en mesure de la gérer, c'est-à-dire tant qu'elle n'aura pas des Eurobonds opérationnels et qu'elle n'aura pas résolu les problèmes de son système bancaire », estime Nicolas Doisy chez CA Cheuvreux. « D'ici là, l'Europe continuera de payer pour la Grèce... bon gré mal gré », conclue-t-il.

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Une chose est sûre : pour les tenants de la construction européenne, une sortie de la Grèce créerait le doute sur la viabilité même du projet d'intégration. Pier Carlo Padoan l'économiste en chef de l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) a estimé que les conséquences d'un défaut de la Grèce seraient "catastrophiques", jugeant au passage "irresponsables" ceux qui en minimisent ses conséquences. Les plus optimistes avancent néanmoins que l'incapacité à trouver une solution pour un pays qui ne représente que 2,5% du PIB de la zone euro pourrait peut-être aussi inciter Bruxelles à davantage prendre en compte les attentes des citoyens européens.

Sophie Rolland et Robert Jules

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