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ÉconomieUnion européenne

Les Pays-Bas s'interrogent sur leur place dans l'Europe

Romaric Godin

Publié le 11 septembre 2012 à 15:21 - Mis à jour le 11 septembre 2012 à 15:32

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Les partis pro-européens sont en tête, mais définir une politique européenne commune sera bien difficile. L'impact sur le reste du Vieux continent devrait cependant rester limité.

Un mercredi pas comme les autres attend l'Europe ce 12 septembre. A 10 heures, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe rendra publique sa décision concernant le pacte budgétaire et le Mécanisme européen de Stabilité (MES). Pendant ce temps, près de 12,5 millions de Néerlandais seront appelés aux urnes pour renouveler la Deuxième Chambre des Etats Généraux, la chambre basse de leur parlement. Ces deux événements peuvent être décisifs pour l'avenir du Vieux continent et de la zone euro. Concernant les élections néerlandaises, leur impact européen doit être envisagé sous deux aspects différents : les résultats eux-mêmes et la future formation du gouvernement.

Bruxelles au c?ur de la campagne

La politique européenne a été au c?ur de toute la campagne. « Bruxelles » a été le repoussoir de l'ensemble des candidats, même ceux qui, à l'étranger sont présentés comme les plus « pro-européens ». Le leader travailliste Diederik Samson passe pour franchement europhile, mais s'il défend la politique de soutien modéré aux pays du sud, il critique l'orthodoxie budgétaire défendue par Bruxelles. Quant à l'actuel premier ministre libéral Mark Rutte, s'il défend la discipline budgétaire, n'est pas le dernier à fustiger l'indolence méridionale et a même jugé que la sortie de la Grèce de la zone euro était « inévitable ». Au grand dam des Travaillistes.

Défaite assurée pour l'Europe

Ne peut-on alors parler d'ores et déjà de défaite pour les institutions européennes ? Certes, les partis anti-européens ont reculé fortement avant le scrutin. Mais preuve est faite que l'Union européenne est désormais franchement impopulaire au pays de Spinoza et celui qui entend gagner l'adhésion des Néerlandais doit s'éloigner du fonctionnement actuel de cette dernière. C'est dire si même un succès des partis « pro-européens » conservera un goût amer pour l'Europe. D'autant qu'un parti comme les Chrétiens-Démocrates de la CDA, qui avaient construit avec les Travaillistes la politique européenne depuis l'après-guerre, devrait confirmer son effondrement entamé en 2010.

Défaite pour les anti-européens radicaux

Evidemment, il faudra surveiller le score des grands partis qui s'opposent ouvertement à Bruxelles. Mais là aussi, les nuances sont de tailles. Le Parti de la Liberté (PVV) de Geert Wilders, islamophobe et qui a fait campagne pour une sortie de la zone euro, ne fait certes plus recette et devrait perdre un quart de ses députés. Le recul du PVV montre que les Néerlandais, quoique critiques ne sont guère favorables à un rejet pur et simple de l'Europe. Surtout, il montre que le ton anti-européen n'est plus l'apanage de Geert Wilders. Le grand gagnant de ces élections restera le Parti Socialiste (SP), formation de gauche qui a centré ses critiques sur le pacte budgétaire et le traité de Maastricht, autrement dit sur les politiques européennes qui remettent en cause le « welfare state » néerlandais. Le SP n'est pas favorable à une sortie de la zone euro, mais refuse tout nouvel abandon de souveraineté.

Interrogation sur le modèle social

Confronté à une remise en cause de son modèle social et économique, les Pays-Bas s'interrogent et accusent l'Europe qui a accompagné le mouvement de dérégulation et de mondialisation de l'économie. Mais les Néerlandais peinent à définir une position cohérente et commune sur l'avenir de leur pays dans le Vieux continent. C'est pourquoi, bien plus que le résultat du scrutin de mercredi, il faudra observer la formation d'une coalition pour se faire une idée de la future politique européenne de La Haye.

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Eclatement des voix

La reine Beatrix , qui va devoir désigner le premier ministre, devrait avoir quelques migraines à partir de mercredi soir. La formation d'un gouvernement semble une gageure. Notamment, on l'a vu en raison des positions très différentes des partis sur l'Europe. Selon le dernier sondage publié par l'institut TNS Nipo, les Libéraux du VVD de Mark Rutte obtiendrait 35 des 150 sièges de la Chambre, les Travaillistes du PvdA 34 sièges. Le SP pourrait glaner 21 sièges, le PVV 17, les pro-européens de D66 13 mandats et le CDA 12 et les Verts 4. Sondage à prendre avec précaution, la moitié des personnes interrogées étant encore indécise.

Difficile coalition

Reste néanmoins que les partis « pro-européens » devraient pouvoir constituer une coalition ensemble. Ni le SP, ni le PVV ne seront incontournables. Mais ceci sera loin de régler tous les problèmes. D'une part, il faudra forcément marier les deux premiers partis : travailliste et libéral. Bien difficile. La première tâche du nouveau gouvernement, ce sera le plan de rigueur de 20 milliards d'euros qui avait fait chuter le précédent gouvernement Rutte. Un plan que les Travaillistes ont critiqué. Tout semble opposer les deux partis : de la politique grecque à la politique de santé. Autrement dit, les occasions de voir la coalition échouer ne manqueront pas. D'autre part, la coalition devra se faire avec au moins un troisième partenaire : les Verts, D66 ou la CDA. Ceci fragilisera nécessairement la coalition en donnant un avantage soit aux Libéraux dans le cas du CDA, soit aux Travaillistes dans le cas de D66. Avec toujours cette épée de Damoclès que ce petit parti voudra exister et rendra sans doute plus difficile la vie de la coalition qu'il ne la facilitera.

Pas décisives, mais parlantes

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Du point de vue européen, l'enjeu immédiat est la ratification du pacte budgétaire. Le traité du Mécanisme européen de stabilité (MES) a déjà été ratifié et il ne manque que la signature de Béatrix pour le promulguer. A priori, les élections de ce 12 septembre devraient permettre de dégager une majorité pour le pacte budgétaire. A moyen terme, le nouveau gouvernement néerlandais devrait continuer à être très prudent dans sa politique européenne afin de ne pas déstabiliser sa majorité qui sera nécessairement fragile. L'impact sur les négociations avec ses partenaires pourrait cependant ne pas être plus sensible que lors du précédent gouvernement qui était, rappelons-le, minoritaire. Le danger sera plus celui de la survie de la coalition elle-même.

Ces élections néerlandaises ne sont donc pas « décisives » pour l'Europe, mais elles seront un nouveau symptôme de l'impopularité de l'UE dans un des pays fondateurs de la CEE.

Romaric Godin

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