Le (petit) Standard & Poor's chinois débarque en Europe
Romain Renier
Romain Renier
C'est un trublion sur le marché de la notation qui vient d'obtenir son accréditation pour exercer en Europe. Vendredi, l'autorité de régulation financière européenne (ESMA) a donné son feu vert à Dagong Europe, la branche européenne de l'agence de notation chinoise.
L'agence de notation des émergents
Fondée en 1994 au moment de la restructuration des entreprises d'État, Dagong veut acquérir une dimension internationale à l'heure où les entreprises chinoises s'implantent de plus en plus à l'étranger. Elle avait déjà franchi une première étape en 2010 en commençant à noter les dettes souveraines pour faire entendre la voix chinoise dans un concert dominé par Standard & Poor's, Moody's et Fitch. Elle marque sa différence en accordant moins d'importance aux critères rois que sont habituellement la privatisation et la libéralisation des marchés. Pour ce challenger, ce qui compte, c'est la capacité qu'ont les économies à créer de la valeur.
En plus des arguments chiffrés, Dagong valorise plus fortement la croissance économique et les réserves de change, c'est-à-dire la valeur dégagée principalement grâce aux exportations. Ce qui favorise clairement les émergents très axés sur les exportations comme la Chine.
Décriée mais à ne pas négliger
Les notes accordées par Dagong sont peu prises en compte par les marchés. Et la méthode utilisée est souvent décriée. En conflit avec la Securities and exchange commission (SEC), l'autorité de régulation des marchés financiers américaine, elle s'était vue refuser son accréditation pour exercer aux États-Unis en 2010. On lui reproche surtout son manque de transparence et son excessive sévérité.
Mais il ne faut pas minimiser le point de vue de cette jeune agence qui traduit le regard que porte la Chine, premier créancier mondial, sur les économies du monde. Fin 2010, elle s'était notamment illustrée en dégradant la note de la France, un an avant les trois grandes agences. Ces dernières s'étaient alors empressées de rassurer avec succès les marchés en confirmant le triple A français. Elles ont pourtant fini par suivre le mouvement plusieurs mois plus tard. Dans une note datée de 2011, Patrick Artus, qui dirige la recherche économique chez Natixis, avait pour sa part validé le regard porté par Dagong sur les grandes économies occidentales.
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