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ÉconomieUnion européenne

Notation de la France : une dégradation politique et opportuniste

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 08 novembre 2013 à 16:31 - Mis à jour le 08 novembre 2013 à 17:18

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La dégradation de la France par Standard & Poor's est le fruit de la stratégie de communication agressive de l’agence de notation américaine, et de son biais politique désormais bien avéré...

« La dégradation, c'est d'abord un message politique. » Le mot de cet opérateur de marché est peut-être la clé pour bien comprendre le moment de la dégradation de la France par Standard & Poor's.

Des agences ? Des entreprises commerciales d'abord

Car en ce qui concerne les agences de notation, il ne faut jamais oublier qu'il s'agit là d'entreprises commerciales dont la compétence a été fortement contestée - non sans raison - au moment de la crise des subprimes américains en 2007-2008. Chacune de ces agences dispose de leur propre stratégie commerciale et de communication. S&P a clairement choisi une stratégie très agressive. Il s'agit pour l'agence new-yorkaise de faire l'actualité, le « buzz. » Ce qui suppose à la fois de surprendre, mais d'être aussi toujours là où il faut être.

Un opportunisme travaillé

S&P avait ouvert le feu de la dégradation des Etats-Unis en août 2011, alors que personne ne s'y attendait, mais que tout le monde était obsédé par la crise de la dette européenne. L'agence a sévi à nouveau six mois plus tard en ôtant pour la première fois à la France son triple A, alors que commençait la campagne pour les élections présidentielles.

L'agence américaine a compris que la prudence encore professée par sa concurrente Fitch n'offrait pas une couverture médiatique suffisante. Etre le deuxième ou le troisième à dégrader un pays important ne sert à rien. Tout juste sera-t-on au milieu d'une colonne de brève. En tirant le premier, l'agence est certaine de faire les unes.

La France sous le feu des critiques européennes

Rien d'étonnant alors à ce que S&P ait tourné en ce début de novembre ses regards vers la France. Car depuis deux mois, le pays est sous le feu des critiques des médias européens. Ce n'est pas tant la situation économique de la France qui a conduit à cette inquiétude. Le pays ne va pas bien, c'est entendu. Mais il n'est pas dans la situation d'effondrement économique dans lequel on se complaît souvent à le décrire en France même.

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Des critiques injustifiées par l'économie

Pour s'en convaincre, il suffit d'observer les projections de la Commission européenne parue ce mercredi. Ils promettent à la France une croissance en 2014 de 0,9 % après 0,2 % cette année. C'est peu, certes. Mais c'est plus que celle des Pays-Bas, qui conserve en dehors de toute logique son triple AAA (0,2 % en 2014 après -1 % en 2013), que l'Italie (+0,7 % en 2014) et que l'Espagne (+0,5 % en 2014) dont on ne tarit pas d'éloges dans les médias de toute l'Europe. Bref, la France n'est pas en « décrochage », sauf par rapport à l'Allemagne. Mais toute l'Europe de l'ouest décroche face à l'Allemagne…

Une image dégradée

Non, ce qui a inquiété les médias, c'est évidemment l'image renvoyé par la gestion politique du pays par le pouvoir en place. Les volte-face à répétition du gouvernement, ses hésitations, son immobilisme, ses contradictions ont alimenté la crainte que le pays ne fût plus gouverné. Les médias européens se sont jetés sur les « révoltes fiscales » et en ont fait leurs choux gras, avant que les éditorialistes ne les convertissent en un signe implacable de désintégration de l'Etat français, en un mouvement de révolte.

Déchainement de lieux communs

La presse conservatrice allemande, notamment, toujours prompte au French Bashing et à la caricature d'une France alternant entre Louis XIV et la Révolution, s'en est donné à cœur joie. Le 30 octobre, la Frankfurter Allgemeine Zeitung proclamait la France « ingouvernable. » Le 3 novembre, Die Welt titrait « la faiblesse de la France tire l'Europe vers le bas », ce qui est, dans les faits, faux, ainsi que le prouvent les chiffres cités plus haut.

Tout ceci a donné lieu, comme toujours dans la crise de la dette, au déchaînement des lieux communs et des clichés habituels. Après les Grecs paresseux et les Italiens truqueurs, si souvent véhiculé par la presse allemande, le temps des Français irrémédiablement ingouvernables est venu. Et qui dit ingouvernables et révoltés, dit fiscalement défaillant. Et si les Français ne paient plus leurs impôts, alors leur dette devient plus risquée… En effet, la notation reflète aussi la capacité d'un pays à lever l'impôt et à faire face à ses échéances d'emprunts. Perçoit-on déjà la fenêtre d'actualité dans laquelle pouvait se jeter S&P pour frapper un grand coup et faire ainsi parler de soi pendant toute une journée ? L'occasion ne pouvait être manquée.

S&P ne se soucie pas de contradictions

La réalité, c'est que S&P est une machine de communication qui défend une vision assez étrange de l'économie. Peu lui chaut de se contredire en réclamant à la fois de l'austérité et une baisse du chômage (qu'on voit la situation en Espagne, en Grèce et au Portugal pour se convaincre de la contradiction du propos).

Les Pays-Bas étrangement épargnés

Peu lui chaut aussi de noter toujours AAA un pays comme les Pays-Bas qui subit une croissance bien plus faible que la France depuis trois ans (c'est pourtant le reproche que l'on fait à cette dernière), qui est en proie à l'éclatement d'une bulle immobilière, soumis à un chômage en forte hausse qui, en deux ans, est passé de 5 à 8 % et dans une situation politique préoccupante (plus de 60 % des électeurs voteraient aujourd'hui pour l'extrême-droite et l'extrême-gauche). Rien de pire que la France ? Rien de mieux non plus. Et pourtant, pour S&P, La Haye est noté deux crans au-dessus de Paris !

Un jugement à l'emporte-pièce

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La vraie raison de cette absurdité est que S&P juge les Pays-Bas plus « crédibles » que la France. Parce que le gouvernement néerlandais montre sa volonté de faire ces fameuses « réformes structurelles », alors même que ces réformes sont menées dans ce pays depuis des années et qu'elles n'ont pas empêché la crise actuelle ? Parce que les Pays-Bas sont un pays du « nord » à qui ont peut faire confiance ? En réalité, S&P juge comme Bild Zeitung. Rien d'étonnant à ce que ses notations souveraines ne soient plus guère considérés comme crédibles par les investisseurs…

Romaric Godin

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