L'Allemagne échoue encore à placer ses obligations d'Etat sur le marché

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L'Allemagne n'a pu lever que 2,4 milliards d'euros ce mercredi contre 3 milliards d'euros espérés.
L'Allemagne n'a pu lever que 2,4 milliards d'euros ce mercredi contre 3 milliards d'euros espérés. (Crédits : Reuters)
Berlin n'a pu lever que 2,4 milliards d'euros au lieu des 3 milliards d'euros prévus lors d'une adjudication de titres à 30 ans. Un second échec en une semaine qui montre le goût retrouvé du marché pour les pays périphériques.

Pour la deuxième fois en une semaine, l'Etat fédéral allemand n'est pas parvenu à placer ses obligations d'Etat auprès des investisseurs. Mercredi, l'agence financière allemande, la Finanzagentur, n'a pu obtenir que 2,4 milliards d'euros pour son émission d'obligations fédérales à 30 ans, quand elle voulait en obtenir 3 milliards d'euros. Le total de la demande n'a pas dépassé 2,8 milliards d'euros, obligeant l'Etat à reprendre 562 millions d'euros de titre pour les revendre au fil de l'eau sur le marché secondaire.

Voici une semaine, le 19 février, une émission de Bund, autrement dit d'obligations à 10 ans, avait reçu le même accueil dédaigneux des marchés : au lieu des 5 milliards d'euros que visait la Finanzagentur, l'Allemagne n'avait pu lever que 3,8 milliards d'euros pour une demande totale de 4,3 milliards d'euros.

L'Allemagne n'attire plus

Le temps est donc loin où, comme en 2012, les investisseurs acceptaient des taux d'intérêt négatifs, autrement dit était prêts à payer pour détenir de la dette allemande. Désormais, les taux proposés par Berlin sont trop faibles pour les attirer. Le coupon de l'obligation à 30 ans n'offrait en effet qu'un rendement de 2,5% ; celui du Bund, un rendement de 1,75%. Des taux très faible, notamment en terme réel.

A 1,2% en janvier, l'Allemagne dispose d'un taux d'inflation au-dessus de la moyenne de la zone euro, ce qui réduit encore le rendement de ses titres. Et comme la reprise s'annonce vigoureuse outre-Rhin, les investisseurs prévoient une accélération des prix outre-Rhin, donc un rendement réel encore plus faible.

Attrait des pays périphériques

A l'inverse, les pays d'Europe du sud attirent de plus en plus les investisseurs, rassurés par le retour des excédents budgétaires et par la garantie implicite de la BCE. La décision de la Cour de Karlsruhe de transmettre le cas de l'OMT, l'arme suprême de la BCE contre la crise de la dette, à la Cour de Justice de l'Union européenne, n'inquiète guère les marchés. Car les obligations italiennes, portugaises et espagnoles offrent des rendements très alléchants. Pour les 10 ans italiens, le taux est de 3,6%, 3% en termes réels, car le taux d'inflation italien est deux fois plus faible que l'allemand.

Réduction des spreads

Ce semi-échec allemand sur les marchés est donc bien le signe d'un resserrement des spreads. De plus en plus, les investisseurs commencent à effacer de leur esprit le risque liés aux pays périphériques de la zone euro.

Le besoin de sécurité est moins fort et surtout le sentiment de sécurité semble désormais attaché également aux pays périphériques, même si on est encore loin de l'écrasement de l'écart entre l'Allemagne et le reste de la zone euro qui prédominait avant 2008.

Des dangers persistent

Reste que cet engouement pour les pays périphériques n'est pas sans danger. D'abord, parce que les pays périphériques ne sont pas entièrement tirés d'affaire. La situation sociale et politique est encore bien incertaine dans plusieurs pays périphériques. La stratégie économique de ces pays, basée sur les exportations est également bien incertaine.

Ensuite, parce que, en cas de nouveau choc, il n'est pas sûr que la BCE puisse agir efficacement car l'OMT a été en réalité rendu inexploitable par la Cour de Karlsruhe.

Enfin, c'est une mauvaise nouvelle pour les comptes publics allemands qui comptaient économiser 20 milliards d'euros grâce aux taux bas. Cette somme devra peut-être revue à la baisse, ce qui, à l'heure où les promesses électorales coûte déjà cher au gouvernement, va compliquer singulièrement la tâche de Wolfgang Schäuble obligé, rappelons-le, par la Constitution de limiter à 0,35% du PIB le déficit structurel de l'Etat fédéral avant 2016.

 

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a écrit le 28/02/2014 à 12:44 :
excellent article , comme quoi les taux négatifs vu comme le miracle allemand a vécu , les investisseurs sont pas fous , quand ils voient des taux a 6% voir plus dans certains pays , mieux vaut placer un argent qui rapporte qu'un argent qui rapportera rien , l'Allemagne pourrait se retrouver en cessation de paiement car si les marchés ferment le crédit ce sera l'apocalypse comme pour la grece .. amusant de voir comment l'orthodoxie financière allemande se fait prendre a son propre jeu
a écrit le 27/02/2014 à 21:04 :
Was ? Ce n'est pas passé...???
a écrit le 27/02/2014 à 11:09 :
Prise globalement la zone euro a deux problèmes majeurs : une croissance plus faible qu’ailleurs et un taux de chômage plus élevé qu’ailleurs (Exemple : performances 2013 de la zone euro : récession de 0,4%, chômage à 12% contre par exemple une croissance de 1,9% au Royaume-Uni et un taux de chômage à 7,1%). Ces deux handicaps risquent de perdurer car la zone euro ne remplit pas les conditions d’une zone monétaire optimale et diverses restructurations de dettes dans les pays en difficulté de la zone euro vont devoir intervenir, en commençant par la Grèce dont le gouvernement le demande avec insistance depuis plusieurs mois. Ce que les marchés financiers n’anticipent pas du tout pour le moment.
Réponse de le 27/02/2014 à 21:12 :
Oui...
Accessoirement , une incapacité à transformer le LTRO en accéleration de la circulation monétaire , avec calage du moteur et retour sur déflation , la trop faible inflation le souligne.
Motor ist kaputt.
a écrit le 27/02/2014 à 10:29 :
Les Barons allemands...malgré leur arrogance , se sont cassés le nez sur l'adjudication.
a écrit le 27/02/2014 à 9:04 :
Les investisseurs veulent que l'Allemagne accepte la mutualisation des dettes.Si elle ne peut plus emprunter moins cher que les autres,elle n'a plus de raison de s'y opposer
a écrit le 27/02/2014 à 8:56 :
1) les perspectives à moyen et long terme pour l'état allemand ne sont pas bonnes. Avec la dénatalité et l'effondrement prévisible du marché intérieur, il va avoir de plus en plus de mal à boucler ses budgets tout an n'ayant aucune marge technique pour y parer du fait du double corsetage réglementaire européen et allemand (Dont ils auront été les premiers auteurs). 2) la nature des marchés financiers c'est de prendre des risques et de le faire payer très cher. Passé la grande trouille des années 2009-2012, ils reviennent à leurs fondamentaux, d'autant plus qu'on n'a rien fait de très sérieux pour les responsabiliser.
a écrit le 27/02/2014 à 7:59 :
IL ne s'agit que de l'état alllemand, il ne l'a pas volé l'entreprise SA Deutschland fonctionne comme une montre suisse et pas comme un tracteur français, l'état allemand est en faillite commt tous les états européen, qui est en déclin et en deliquescence.
a écrit le 27/02/2014 à 7:07 :
Quelle bonne nouvelle. Si cela pouvait durer, que l'on puisse enfin avoir une correction du marché immobilier français.
Question : en quoi l'inflation allemande affecte t-elle le rendement des obligations allemandes dès lors qu'elles sont acquises par des non résidents ? Ce point de l'article me semble obscur.
Réponse de le 27/02/2014 à 9:11 :
Al, vous avez tout-à-fait raison ! L'euro prêté (une fois remboursé) pourra être dépensé dans n'importe quel pays de la zone euro. Dans ces conditions, peu importe l'inflation dans un pays si elle est compensée par une déflation dans un autre. Seule compte l'inflation MOYENNE sur la globalité de la zone euro...
Réponse de le 27/02/2014 à 9:18 :
Si la correction du marché arrive,les beaux produits seront achetés par les marchands de bien qui auront l'information avant les autres,de plus ceux qui auront besoin d'un prêt viendront après ceux qui paye cash car le temps de demander le financement le bien sera vendu: je parle des belles affaires,restera le tout venant pour les autres .Donc la baisse ne profitera pas à tous
Réponse de le 27/02/2014 à 9:28 :
Si le marché immobilier baisse à cause des taux, ça ne changera rien pour les personnes ayant besoin d'un prêt .Le prix final payé sera le même
Réponse de le 27/02/2014 à 17:09 :
Figurez-vous Yoyo que, précisément, il y a des candidats à l'achat qui ayant refusé de jouer le jeu des prix ahurissants et de la bulle spéculative, ont gonflé leur apport tout en restant locataires. Ceux-là, détiennent en cash (is king) un apport d'à peu près 90/100% du montant de l'acquisition projetée mais attendent que la hausse des taux entraîne une baisse des prix tout en éliminant du marché, la demande de tout ceux qui, naguère, empruntaient à 110% sur 25 ans mais qui avec des taux à 4/5% seront hors jeux. L'idée est que lorsque la hausse des taux produira un effet de ciseaux (augmentation du rendement des obligations à faible risque, donc dégradation de la rentabilité relative de l'immobilier si les loyers n'augmentent pas, avec en outre disparition de nombreux candidats acquéreurs). Bref, le prix du m2 devra baisser pour répondre aux attentes des investisseurs et pour tenir compte de l'élimination de la demande d'acquéreurs actuellement "solvabilisés" uniquement par la dette et non par leurs revenus. Là, les acquéreurs autofinancés et qui ont attendu, entreront sur le marché après qu'il ait été corrigé. Mais, le pari peut évidemment être perdant ou gagnant.
a écrit le 26/02/2014 à 22:32 :
probablement un signe de retour à une hausse du marché obligataire autour de 3 % d'ici fin 2014, pas bon signe pour la dette française et surtout le marché immobilier
On verra très vite si la tendance haussière des oat se confirme
Réponse de le 26/02/2014 à 23:04 :
exactement mon sentiment
Réponse de le 27/02/2014 à 7:40 :
D accord et les acheteurs d oblig jouent au casino pour leurs interets perso à CT et LT hypothese de garantie de la BCE donc de l Allemagne....et apres on se demande pourquoi ils sont furieux....
a écrit le 26/02/2014 à 21:28 :
Pourquoi l'inflation en Allemagne et en Italie aurait-elle un effet sur l'investisseur qui doit choisir entre des obligations allemandes et italienne. Il investit des euros et pense récupérer des euros, pas des marchandises.
a écrit le 26/02/2014 à 20:18 :
Ne faisons pas semblant d'ignorer que la BCE maintient les taux espagnols ou italiens artificiellement moyens.Les investisseurs pensent avoir effectivement la caution de la BCE et préfèrent se placer sur des taux plus importants des pays du sud.Ils sont bien naifs,l'espagne et l'italie n'ont aucun moyen de s'en sortir,leur dette augmente tous les ans ,et l'activité réelle régresse.La Fance n'arrive pas non plus a réduire ses déficits,les rentrées fiscales diminuant régulièrement.Deux éclaircies cependant pour notre budget:forte hausse de la bourse,donc des plus-values ,et régularisation d'une partie des comptes non déclarés en Suisse(les gros comptes étant protégés bien sur)
a écrit le 26/02/2014 à 19:03 :
lire "" à l'heure où les promesses électorales coûteNT déjà cher au gouvernement, """
a écrit le 26/02/2014 à 18:36 :
et par ricochet les taux français vont augmenter. 2014 année de la faillite ?
Réponse de le 26/02/2014 à 21:04 :
Très certainement. C'est Moody's , ou Standard & Poors qui tiennent la ficelle , comme vous le savez.
Mais , bon , il vont vous dire que la France dispose dorénavant de capitaux négatifs...ou alors , la BCE va imprimer...ça revient au même , c'est vous qui rembourserez. Ou vos enfants...à moins que ce ne soit vos petits-enfants.
Réponse de le 04/03/2014 à 16:45 :
Capital négatif ? Shangai Kid vous savez de quoi vous parlez au juste?

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