L'immobilisme de la BCE profite à l'Allemagne

En choisissant de ne rien faire jeudi, la BCE a surtout défendu les intérêts de Berlin. Au détriment de ceux de la zone euro en général.

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L'immobilisme de Mario Draghi est un choix économique pour la zone euro.
L'immobilisme de Mario Draghi est un choix économique pour la zone euro. (Crédits : Reuters)

En optant pour l'immobilisme, la BCE a sans aucun doute quelque bonnes raisons  à faire valoir. La reprise en février de l'inflation en excluant l'effet des prix de l'énergie est probablement une des plus solides. Reste que le mandat de la BCE ne repose pas sur une réaction aux dernières statistiques, mais bien sur un ancrage « à moyen terme ». Jean-Claude Trichet l'avait assez répété, par exemple, lorsqu'en juillet 2008, il remontait les taux. Aujourd'hui, l'argument ne vaut pas puisque les projections des équipes de la BCE ont revu à la baisse leurs prévisions d'inflation à moyen terme. Le taux d'inflation jusqu'en 2016 semble perdre le contact avec les 2 % affichés par la banque centrale. 

L'euro continue de grimper

En réalité, en ne faisant rien ce jeudi 6 mars, notamment en poursuivant la stérilisation de son programme de rachat de titres (SMP), la BCE a très clairement fait un choix : celui de la préférence pour l'inflation faible. Car Mario Draghi et le Conseil des Gouverneurs savaient évidemment pertinemment, ce jeudi, comme le mois précédent, que leur immobilisme allait avoir un coût : celui du renchérissement de l'euro. Et de fait, l'euro est reparti à la hausse après la décision de la BCE, effaçant le recul du mois de janvier et se rapprochant, à 1,3863 dollar pour un euro, du plus haut des 52 dernières semaines (1,3915 dollar). Ce renchérissement de l'euro continuera naturellement d'alimenter la désinflation en zone euro.

La BCE encourage la désinflation compétitive

Autrement dit, la BCE a encouragé un des facteurs de désinflation de la zone euro. Elle a aussi choisi de ne pas aider par la voie monétaire les exportations des pays qui ont « fait des efforts » comme l'on dit à Berlin. Ces pays vont devoir continuer à jouer sur la compression des coûts, donc sur l'affaiblissement de la demande intérieure. L'institution de Francfort fait donc prendre des risques importants à la fragile reprise en maintenant les conditions d'une hausse des prix très faible qui pèse sur les marges des entreprises et réduit la capacité de « transmission » de la faible croissance à la demande intérieure.

Le gagnant : l'Allemagne

Il y a cependant des gagnants à ce jeu dangereux de la BCE : c'est l'Allemagne. Les exportations allemandes sont très clairement immunisées à ce niveau de l'euro. Bien au contraire, une hausse de la monnaie unique renchérit la valeur des exportations. Parallèlement, les importations demeurent toujours bon marché et la faible inflation fait pression sur les salaires, ce qui, au moment où l'Allemagne va introduire le salaire minimum est une bénédiction pour les entreprises outre-Rhin. Déjà l'an passé, l'Allemagne a connu un recul des rémunérations de 0,1 %. Pour être clair : le choix de la BCE soutient le modèle économique allemand au détriment de celui des autres économies de la zone euro.

Accroissement des déséquilibres internes à la zone euro

La politique de la BCE devrait donc encore accroître les déséquilibres au sein de la zone euro. La croissance économique, grâce principalement aux exportations industrielles, est très vive en Allemagne en ce début d'année, elle devrait encore s'accélérer pour atteindre 1,7 % en 2014. Le reste de la zone euro connaît une croissance beaucoup plus atone. En France, les exportations continuent à faire grise mine. Dans les pays périphériques, le moteur interne demeure à l'arrêt. On a vu comment la stratégie de la BCE devrait encore accroître cette divergence.

Divergences de taux qui persistent

Même constatation au niveau des taux. Une étude publiée ce vendredi par Goldman Sachs souligne combien taux souverain et taux d'emprunts des PME au guichet des banques restent liés. Or, les écarts de taux entre l'Allemagne et les pays périphériques ne s'est pas réduit autant qu'on pourrait le croire. Il convient en effet d'observer ces taux en termes réels. En Allemagne, le taux réel à 10 ans est, sur la base de l'inflation de janvier, à 0,45 %. En Grèce, il est de 8,27 % puisque le pays a connu une inflation négative de 1,2 % en janvier. Ceci fait un « spread » de 782 points de base encore très important et qui amène à relativiser les discours de Mario Draghi sur le recul de la « fragmentation » du marché du crédit en zone euro. Mais c'est évidemment une arme redoutable en faveur des entreprises allemandes.

La crainte de « l'aléa moral »

Pour enfoncer le clou, il semble que, en maintenant la pression de la désinflation sur les économies périphériques (et les autres comme la France), la BCE adhère au Leitmotiv allemand du « moral hazard », de l'aléa moral qui veut que toute détente monétaire soit une incitation à réduire les « efforts », autrement dit la course à la baisse des coûts pesant sur les entreprises. Après une année 2013 marquée par une claire distanciation, la BCE de Mario Draghi retrouve donc ses fondamentaux et sa filiation « naturelle » avec la Bundesbank.

Angela Merkel place « sa » femme

Comment expliquer ce tournant ? On ne peut s'empêcher d'y voir le fruit des changements intervenus cet automne au sein du directoire de la BCE. Le rappel à Berlin, pour un poste ministériel subalterne de Jörg Asmussen a permis à Angela Merkel et Jens Weidmann, de placer un pion majeur au sein du directoire : Sabine Lautenschläger. Car autant Jens Asmussen était un proche sur le fond de Mario Draghi, partisan d'une politique plus pragmatique, autant cette dernière est un faucon pur jus de la Bundesbank dont elle était vice-présidente.

Rapports de force modifiés au sein du directoire de la BCE

Logiquement, le rapport de force a donc changé à Francfort. Avec Yves Mersch, également imposé par Angela Merkel malgré un vote négatif du Parlement européen, les « faucons » disposent désormais de deux « poids lourds. » Le français Benoît Cœuré et le Belge Peter Praet étant modérés, mais plutôt orthodoxes, l'option d'une politique franchement accommodante ne peut donc plus compter que sur l'appui du Portugais Vitor Constancio qui est un bon technicien, mais nullement une figure capable d'emporter une décision. Avec l'appui de Jörg Asmussen, Mario Draghi pouvait entraîner avec lui Cœuré et Praet. C'est bien plus délicat à présent. Autrement dit, la chancelière allemande est parvenue à « neutraliser » la BCE. Ajoutez à cela la défaite de fait qu'a subi Francfort à Karlsruhe sur l'OMT et vous aurez tous les ingrédients pour un retour de la BCE à ses fondamentaux allemands. Tant pis pour le reste de la zone euro.

 

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Commentaires 28
à écrit le 10/03/2014 à 16:14
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Cette mise à l’index systématique de l’Allemagne est vraiment lassante…Quand ouvrira-on enfin les yeux ? Le problème de l’Europe n’est pas l’Allemagne, mais la France, compte tenu de son poids dans la zone. Il est frappant de voir l’amnésie qui semb...

à écrit le 08/03/2014 à 19:32
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y en a marre de se faire avoir dans l'euromark revenons à notre monnaie nationale.

à écrit le 08/03/2014 à 17:52
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Le cadre institutionnel de l’euro (ce n’est pas une zone monétaire optimale, la monnaie y est surévaluée pour la majorité des pays membres, la banque centrale européenne a des attributions limitées, en raison des traités européen et en raison des int...

à écrit le 08/03/2014 à 10:18
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sortons du mark. Arrêtons d'être sous les ordres des allemands qui sabotent les autres pays d'Europe

le 08/03/2014 à 13:54
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faut allez voter pour les européennes alors

à écrit le 08/03/2014 à 9:32
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Oui , il est temps de sortir de cette situation préjudiciable aux intérêts des Français et subséquemment aux miens.

à écrit le 08/03/2014 à 7:44
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Finalement nous n'avons que deux choix. Sois nous faisons le choix de l'excellence industrielle pour vivre avec une monnaie forte (la Suisse, l'Allemagne s'en sortent bien), soit nous quittons la zone euro en choisissant la facilité et en continuant ...

le 08/03/2014 à 8:17
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La réforme structurelle consistant essentiellement à baisser votre niveau de vie, c'est à dire vos revenus du travail ou de remplacement, je suis assez d'accord. Personnellement je peux "m'échapper" n'étant ni salarié, ni retraité...

le 08/03/2014 à 10:14
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Les réformes structurelles consistent à libérer les entreprises du réglementation trop lourde et à diminuer nos dépenses publiques pour pouvoir diminuer les impôts qui étouffent notre secteur productif....

le 08/03/2014 à 10:16
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jeff appliquez vous les réformes structurelles et baissez vos revenus. ces réformes ne marchent pas en plus.

le 08/03/2014 à 12:49
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La beauferie économique encore a l'oeuvre, ce serait drôle si pas mortifère. Lisez un peu.

le 08/03/2014 à 12:53
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Deux tiers des dépenses publiques étant des dépenses sociales, je ne vois pas bien comment le montant de votre pension par répartition par exemple, ne baisserait pas si on baissait la dépense publique ...

le 08/03/2014 à 13:33
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jeff veut baisser son salaire, sa retraite, son accès au service publics, ne jamais avoir de cdi pour être compétitif. il va faire plaisir à la commission

le 08/03/2014 à 15:07
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Bravo vous avez placé "mortifère" mais au Scrabble de la maison de retraite, ça vaut moins que "paradigme", n'est-ce pas ?

le 09/03/2014 à 14:37
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"jeff veut baisser son salaire, sa retraite, son accès au service publics, ne jamais avoir de cdi pour être compétitif." : Il est probablement encore plus intelligent pour demander le maintient des pensions de retraites à l'instar de nombre de gugus ...

à écrit le 08/03/2014 à 6:39
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Malheureusement nous Français devons ouvrir les yeux, en effet notre administration complètement out en terme d’efficacité et de compétence a précipité le pays dans une spirale d'augmentation des coûts et cela c'est aggraver avec Hollande, il n'y a r...

le 08/03/2014 à 7:27
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accord a 200%. l'incompétence de la période SARKOSY nous a été fatale

à écrit le 08/03/2014 à 0:23
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Il faut aider les partis allemand ultralibéraux qui demandent le retour au Mark voir même les financer.

à écrit le 07/03/2014 à 21:33
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Tant pis pour le Sud C'était pourtant bien On aurait pu vivre Plus d'un million d'années Et toujours en été.

à écrit le 07/03/2014 à 19:45
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« Il faut créer une union économique de la Mitteleuropa par des accords douaniers communs avec la France, la Belgique, la Hollande, le Danemark, l’Autriche-Hongrie, la Pologne et, éventuellement, l’Italie, la Suède et la Norvège. Ce groupement, proba...

à écrit le 07/03/2014 à 19:32
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Depuis 1998 il n'y a que deux pays dans l'Eurozone qui ont vu leur balance des paiements progresser : l'Allemagne (beaucoup) et les pays bas (un peu). Le vrai problème de la zone Euro ce n'est pas la Chine, c'est l'Allemagne.

le 09/03/2014 à 14:41
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"Le vrai problème de la zone Euro ce n'est pas la Chine, c'est l'Allemagne. " : Le problème de la zone euro, c'est une concurrence interne rendue possible par l'hétérogénéité des économies des différents membre de l'union et le vote de lois permettan...

à écrit le 07/03/2014 à 19:08
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L'immobilisme est voulu par l'allemagne ,il est temps de sortir de cet union europeenne mortifere

à écrit le 07/03/2014 à 18:25
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Etant donné que l'outil monétaire est éminemment politique, il semblerait normal que ses tenanciers soient soumis au jeu démocratique d'une façon ou d'une autre. Car à quel moment les peuples européens ont choisi ces hommes dont l'importance des déc...

le 07/03/2014 à 19:09
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Oui une revolution et mettre au feu les traites et l'euro

le 07/03/2014 à 21:19
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+1000

le 08/03/2014 à 4:31
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Simpliste. Quand les elus, cad les politiques se plaignent d'une monnaie trop forte c' est lorsqu'ils voudraient rembourser en monnaie de singe la pile de dette qu'ils ont accumule, souvent par calcul electoraliste. Le probleme de la France vis a vis...

le 08/03/2014 à 7:35
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Que nos "élites" françaises soient des incapables arrogants, c'est une chose, mais de là à nier l'ineptie de l'euro (une monnaie unique dans une zone totalement hétérogène, sans budget fédéral, sans convergence fiscale, sans système bancaire commun e...

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