Berlin fixe ses conditions à la nomination de Pierre Moscovici à Bruxelles

Romaric Godin

Romaric Godin
C'est un ralliement qui pourrait être décisif. Dans une interview accordée à la radio Deutschlandfunk, le ministre des Finances Wolfgang Schäuble, a assuré qu'il « n'avait personnellement rien contre » la nomination de Pierre Moscovici au poste de commissaire européen aux affaires économiques et monétaires. Comme Jean-Claude Juncker s'était engagé avant son élection à nommer à ce poste décisif un membre du Parti Socialiste Européen (PSE), l'ancien locataire de Bercy semble donc bien parti pour succéder au conservateur finlandais Oli Rehn.
Pourtant, la nomination de Pierre Moscovici avait soulevé une levée de boucliers en Allemagne où l'on critiquait le fait que l'ancien ministre français de l'Economie et des Finances avait dû négocier un délai pour atteindre les objectifs budgétaires du pays. La critique la plus vive était venue du député CDU, spécialiste des questions budgétaires, Nobert Barthle, qui a déclaré : « Nommer ce ministre des finances français, qui n'a rien fait pour tenir les engagements du pacte de stabilité, comme commissaire aux affaires monétaires, ce serait comme vouloir chasser le diable avec Belzebuth. » Wolfgang Schäuble lui-même, à Fribourg la semaine dernière, avait indiqué que la nomination d'un Français ne serait pas « un bon signal. » propos qui, a-t-il assuré ce vendredi, ne se référaient pas à Pierre Moscovici.
Que s'est-il alors passé ? Berlin fait simplement monter les enchères. Car dans le reste de son interview, Wolfgang Schäuble se livre quant à son habitude à une défense de la politique d'austérité. Et il insiste particulièrement sur la nécessité pour la France de tenir ses délais. « Le temps en lui-même ne créé pas de la croissance », explique le ministre allemand qui exige que les « règles budgétaires » ne soient pas adoucies pour la France. Mieux, Wolfgang Schäuble invite la France à poursuivre les coupes dans les dépenses pour atteindre ses objectifs budgétaires. Comme on le voit, on est loin de la « flexibilité » promise lors du sommet européen des 26 et 27 juin derniers.
Berlin fixe donc le prix de la nomination de Pierre Moscovici. Il s'agit d'abord d'abandonner la demande d'un nouveau délai pour atteindre les objectifs budgétaires. Il s'agit ensuite, plus généralement, d'assurer une interprétation très restrictive de la « flexibillité » promise et un approfondissement de la consolidation budgétaire en France. Paris devrait donc sacrifier son alliance avec Rome pour obtenir ce poste tant convoité par l'ancien ministre des Finances. Celui-ci, depuis des semaines, fait la tournée des gouvernements et des décideurs économiques européens et, officiellement dans le cadre d'une « mission pour la croissance », mais en réalité pour défendre sa candidature.
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Mais le prix à payer pour « placer » Pierre Moscovici, si cette hypothèse se confirme serait considérable pour la croissance en France et en Europe. Matteo Renzi, isolé, n'aurait alors plus qu'à se plier aux exigences d'un gouvernement allemand qui ne veut pas, pour des raisons de politique intérieure, donner l'impression de céder du terrain sur le plan de la « culture de la stabilité » en Europe.
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Romaric Godin
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