Charles Michel, le téméraire libéral à la tête de la Belgique

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Charles Michel, le nouveau premier ministre belge, a 39 ans.
Charles Michel, le nouveau premier ministre belge, a 39 ans. (Crédits : reuters.com)
A 39 ans, le nouveau Premier ministre belge se veut un homme de rupture. Portrait de ce francophone qui gouvernera la Belgique avec les autonomistes flamands.

Le nouveau gouvernement belge est désormais une réalité. Et c'est une vraie révolution dans ce pays habitué depuis des décennies aux gouvernements transversaux, tant en termes politiques qu'en termes de communautés linguistiques. Cette fois, l'exécutif sera clairement marqué à droite et aura un fort accent flamand. Quatre partis: deux libéraux, un chrétien-démocrate, un autonomiste flamand; trois néerlandophones et un francophone. Pour la première fois depuis vingt-sept ans, les socialistes ne seront pas représentés au gouvernement.

Contraste avec son prédécesseur

Pour diriger cet exécutif baptisé « suédois » par les Belges (en raison des couleurs des partis qui sont celles du drapeau suédois), un francophone, justement. Charles Michel sera le deuxième Premier ministre fédéral francophone de suite après le socialiste Elio Di Rupo. Mais la comparaison s'arrête là. Charles Michel est bien différent de son prédécesseur. Par l'âge d'abord, Elio di Rupo a 63 ans, Charles Michel, 39 ans -il sera le plus jeune Premier ministre de l'histoire belge. Par la culture politique, ensuite. Elio Di Rupo était un vieux loup de la politique belge, habitué aux compromis droite-gauche, mais aussi attaché à un certain équilibre entre la tradition sociale de la Wallonie et la tradition libérale de la Flandre. Charles Michel, lui, s'est toujours présenté comme un homme de rupture, plus préoccupé d'économie que de querelle linguistique.

Jeune, mais pas né de la dernière pluie

Car le nouveau Premier ministre belge n'est pas, malgré son jeune âge, né de la dernière pluie. Fils de Louis Michel, leader libéral francophone pendant vingt ans, indéboulonnable ministre des Affaires étrangères belge dans les années 1990 et ancien commissaire européen, il baigne dans la politique depuis sa plus tendre enfance et fait son entrée au parlement fédéral à 23 ans. Deux ans plus tard, il entre au gouvernement wallon où il se fait plus d'un ennemi au sein du PS local par sa volonté de « rationaliser » les structures territoriales. A 32 ans, il devient ministre fédéral de la coopération. Dès lors, son ambition est déjà d'emporter la direction du Mouvement réformateur (MR), le parti libéral francophone.

La prise du parti

La défaite relative du MR lors des élections de 2010 lui en donne l'occasion. Il mène la fronde contre le chef du parti, le ministre fédéral des Affaires étrangères Didier Reynders, un autre pilier historique de la politique belge. Son programme est clair : rompre clairement avec le PS autour d'un programme plus libéral en économie et cesser à tout prix la querelle linguistique. Son ton et son programme lui permettent d'emporter en janvier 2011 la présidence du parti à la suite d'une élection interne.

Le MR change alors de visage. Pour mettre fin au blocage qui a suivi les élections de 2010, Charles Michel décide d'accepter la réforme du fameux arrondissement Bruxelles-Halle-Vilvorde (BHV), pomme de discorde entre Flamands et francophones. Cette décision provoquera en décembre 2011 la rupture avec le parti des Fédéralistes Démocrates Francophones, le FDF, parti de défense des francophones bruxellois, allié au MR depuis 2002. Charles Michel ne regrettera pas le départ du FDF. Désormais, il peut dérouler son plan : se rapprocher que la Flandre libérale pour changer la Belgique.

Comment transformer un demi-succès en triomphe

Son programme de libéralisation de l'économie, qui tranche avec la tradition francophone belge, peut alors se développer. Les relations avec le PS sont de plus en plus tendues. Les élections de mai 2014 sont, en Wallonie, très marquée par la bipolarité. Pour le MR, le résultat est assez médiocre. La rupture avec le FDF (1,8 % des voix) n'a certes pas fait perdre de terrain aux libéraux francophones, mais ils n'en gagnent guère. Avec 9,6 % au niveau fédéral, il ne progressent que de 0,3 point par rapport à 2010. Il est même devancé par le PS dans son fief bruxellois. Mais le PS, lui, perd deux points au niveau fédéral et le MR progresse beaucoup en Wallonie. Pour Charles Michel, c'est suffisant pour déployer ses ambitions.

Le leader libéral décide alors de prendre au mot le leader autonomiste flamand Bart de Wever qui appelle les Francophones à « lui donner une chance de changer la Belgique. » Finalement, sur le plan économique, il y a peu de différences entre la N-VA de Bart de Wever et le MR. Tous deux prônent un recul de la place de l'Etat et l'orthodoxie budgétaire. Rapidement, le PS est isolé dans les négociations. Charles Michel brise alors les tabous : on peut discuter avec la N-VA et faire un gouvernement « de droite » en Belgique. Ce sera la suédoise.

Le programme économique du nouveau gouvernement

Caution francophone d'un gouvernement majoritairement flamand, Charles Michel, baptisé « Charly le Téméraire » par le quotidien bruxellois La Libre Belgique, va donc désormais pouvoir « changer » le Royaume. Le programme de son gouvernement est ambitieux. Tous les grands domaines de la vie économique et sociale du royaume seront concernés.

La retraite d'abord. L'âge légal de départ à la retraite sera reporté à 66 ans en 2025 et à 67 ans en 2030. Les départs anticipés seront possibles, mais plus difficiles. L'échelle mobile des salaires, autrement dit l'indexation des salaires sur l'inflation, restera en vigueur, mais sera fortement amendée. Une enveloppe de 3,6 milliards d'euros sera consacrée à la baisse des charges et à l'amélioration de la compétitivité des entreprises. Enfin, le gouvernement veut parvenir à l'équilibre budgétaire en 2018 par des réductions de dépenses et, le tout, en réduisant les impôts.

Au niveau européen, on comprend que le nouvel exécutif belge sera plus proche de Berlin que de Paris. C'est donc une épine de plus dans le pied de ceux qui veulent une relance dans la zone euro. La Belgique passe désormais clairement dans le camp de la résistance.

Economie résistante

L'économie belge profitera-t-elle de ces mesures ? Le gouvernement Di Rupio avait réussi à réduire le déficit, non sans attiser un certain mécontentement populaire qui s'était notamment traduit dans les urnes par le succès du Parti du Travail à sa gauche. Mais l'économie belge avait profité de ses « stabilisateurs automatiques », notamment l'indexation des salaires pour éviter de décrocher. La consommation avait permis au pays de réduire la casse durant la récession de 2011-2013. Grosso modo, la Belgique réalise une performance économique proche de la France. En 2013, la croissance belge a été de 0,2 %, comme celle de la France et proche de celle de l'Allemagne (+0,1 %). La Belgique n'a pas de croissance forte, mais elle résiste bien.

Deux forces divergentes contre le premier ministre

Charles Michel devra compter avec deux forces divergentes. D'une part, la puissance du premier parti de Flandre (et du pays), la N-VA, qui va pousser pour des réformes plus marquée (c'est elle qui a déjà imposé, contre le MR, la retraite à 67 ans), et sans doute pour un recul des pouvoirs du fédéral. Et d'autre part, la résistance des syndicats, notamment francophone, et l'opposition du PS, désormais libéré des contraintes du pouvoir et qui va sans doute en profiter pour dénoncer la « casse sociale » et la trahison des intérêts des Francophones. Le plus dur commence donc pour Charles Michel qui devra prendre garde de ne pas finir dans un marais comme son illustre modèle, l'ancien Duc de Bourgogne...

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Commentaires
a écrit le 11/10/2015 à 19:47 :
Louis Michel est devenu Ministre des affaires étrangères le 12 juillet 1999.5 mois dans les années 90,c'est un peu court pour en faire "LE" ministre des AE des années 90....
a écrit le 08/10/2014 à 13:59 :
Que va devenir sa station de métro qu'il tenait sur la ligne 10 à la satisfaction de tous depuis si longtemps ?
a écrit le 08/10/2014 à 11:37 :
A droite, libéral, flamagand, voilà qui ne va pas arranger les bolchevics Français au niveau Européen, ils se rabattent comme ils peuvent sur l'Italien !
Réponse de le 08/10/2014 à 12:59 :
super ! 100%
a écrit le 08/10/2014 à 10:42 :
Quand on est jeune, on est libéral mais en vieillissant et après mures réflexions on recherche la stabilité... par contre certain ne sorte jamais de l’adolescence et demande a revenir au pouvoir en homme providentiel en 2017!
Réponse de le 08/10/2014 à 11:41 :
A 69 ans je suis plus libéral qu'à 20 car la France depuis la dernière guerre c'est Gaullisme de gauche, de centre gauche, de centre plus à droite avec SARKO si bien que seul le FN est considéré par les Français capable de mener une autre politique plus à droite mais sûrement pas libérale.

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