Pourquoi Alexis Tsipras s'est-il allié avec les Eurosceptiques de droite  ?

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Alexis Tsipras est devenu premier ministre grâce à une alliance avec la droite eurosceptique.
Alexis Tsipras est devenu premier ministre grâce à une alliance avec la droite eurosceptique. (Crédits : EUROKINISSI)
En choisissant de passer un accord avec les Grecs Indépendants, le nouveau premier ministre grec a surpris en Europe. Mais c'est une décision logique et qui s'inscrit dans sa tactique de négociation avec la troïka.

Beaucoup d'observateurs se sont étonnés (et plus encore régalés) de cette alliance conclue si rapidement entre Syriza et les Grecs Indépendants de l'ANEL. Ce parti, que les médias européens se plaisaient à décrire comme étant « d'extrême-gauche », serait donc prêt, pour exercer la réalité du pouvoir, à s'allier avec un parti nationaliste, n'ayant à la bouche que « l'occupation étrangère » et fustigeant les homosexuels et les immigrés.

Tsipras, otage de la droite ?

Ce jugement est hâtif à plus d'un titre. D'abord, parce que l'on ne connaît pas encore la nature exacte de l'alliance des deux formations. Selon Kathimerini, pour le moment, ANEL accepte de soutenir la politique économique de Syriza, et n'a posé comme condition que le refus de reconnaître le nom de Macédoine à la FYROM et le refus de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Ensuite parce que ce jugement ne part du principe, bien commode pour ceux qui veulent affaiblir Syriza, que l'influence ne se fera que dans un sens : celui de l'ANEL vers Syriza. Or, ceci est un peu étonnant car le rapport de force est très clairement en faveur de Syriza. Non seulement, le parti d'Alexis Tsipras dispose de 149 sièges, contre 13 à l'ANEL, mais le mandat populaire est clairement en faveur de Syriza qui a gagné 10 points par rapport à 2012, alors que les Grecs Indépendants en ont perdu plus de deux.

Pour peser sur Syriza, il faudrait qu'ANEL puisse disposer d'un moyen de pression puissant. Or, s'il peut certes ôter sa majorité absolue au gouvernement Tsipras, le parti de Panos Kammenos a aussi beaucoup à perdre dans un tel scénario. Si Syriza trouve un autre allié ou parvient à convaincre quelques députés de le soutenir, il aura perdu toute influence sur la gestion du pays. Et s'il y a de nouvelles élections, il n'est pas certain qu'il puisse se maintenir au parlement. Que l'on en juge par le sort de la Gauche démocratique (Dimar) qui a quitté en 2013 la coalition pro-européenne et qui, dimanche, a obtenu un peu plus de 1 % des voix seulement. Bref, l'influence des Grecs Indépendants sur la future politique de Syriza est loin d'être une certitude. Alexis Tsipras n'est pas « l'otage » du leader de l'ANEL, Panos Kammenos.

Alliance nécessaire

En réalité, pour comprendre ce choix, il faut revenir à la situation à la Vouli (parlement) et dans le pays. Syriza n'a pas obtenu dimanche soir la majorité absolue. Le parti devait donc, s'il voulait gouverner, s'allier avec un parti et donc faire des concessions. Il avait grosso modo le choix entre deux options : l'ANEL et les centristes de To Potami. Ces deux partis n'ont que peu d'éléments programmatiques en commun avec Syriza. Alexis Tsipras a donc décidé d'orienter son choix sur une priorité : la fin de l'austérité. Or, le peuple grec lui a donné un clair mandat sur ce point : le score cumulé des partis « pro-européens » (Nouvelle Démocratie, Pasok et To Potami) ne dépasse pas 39 % des voix... En bref : il n'y a pas qu'Alexis Tsipras qui ne veut plus de la troïka, les Grecs n'en veulent plus non plus.

Le choix de la fermeté

Cette priorité a clairement été proclamée dès le discours du futur nouveau premier ministre sur la place Panepistimiou dimanche soir : il faut en finir avec la troïka et reconstruire le pays. Pour cela, il faut entrer dans une épreuve de force avec les créanciers européens. La conviction de Syriza est claire sur ce point : la stratégie tentée par François Hollande, puis par Matteo Renzi, de tenter d'amadouer Berlin par des « réformes » pour espérer obtenir une relance a échoué. Le très probable futur ministre des Finances Yanis Varoufakis l'a affirmé encore récemment à La Tribune. C'est seulement en menant des négociations ouvertes, mais ferme que l'on peut espérer faire fléchir l'Europe.

L'impossible alliance avec To Potami

Or, quels étaient les positions des deux alliés potentiels de Syriza. To Potami apparaît peut-être plus respectable vu de Bruxelles, mais son leader, Stavros Theodorakis, avait mis comme condition sine qua non de son alliance tout refus a priori de rupture avec l'Europe. Pour Alexis Tsipras, c'eût été accepter de courir le marathon avec un poids accroché au pied ou jouer au poker avec son jeu découvert. Négocier avec la troïka en refusant d'emblée la rupture signifiait accepter les conditions de cette dernière et donc envoyer un message très négatif aux Grecs qui ont placé dans Syriza leur espoir. Alexis Tsipras ne pouvait pas se le permettre.

L'ANEL seule option pour respecter les engagements de Syriza

Restait donc seulement l'ANEL. Cette formation a en effet bien des défauts et bien des différences avec Syriza. Mais, comme Alexis Tsipras, Panos Kammenos, veut en finir avec la troïka et le poids de la dette. Sur ce point, l'accord est parfait. Mieux même, une telle alliance envoie un message ferme à l'Europe : il n'y aura pas de compromis sur l'essentiel de ce qui a été promis aux Grecs. La réalité, au final, sera peut-être différente, mais il n'est pas question aujourd'hui de dévoiler son jeu aujourd'hui. Alexis Tsipras mène sa stratégie et seule une alliance avec l'ANEL le lui permettait dans le contexte grec.

Signe de détermination

Cette alliance, loin d'être un signe de faiblesse ou de désagrégation est au contraire le signe d'une grande détermination d'Alexis Tsipras. Elle prouve que le nouveau premier ministre grec est conscient de sa responsabilité et cherche - pour l'instant - à respecter les engagements qu'il a pris devant ses électeurs. Et qu'il prend les décisions en conséquence. Evidemment, compte tenu de certains éléments peu recommandables d'ANEL, il faudra surveiller de près la politique de ce gouvernement. Mais il ne faudra pas non plus oublier les dérives de l'ancien gouvernement « pro-européen » à l'encontre des immigrés clandestins, des pauvres du centre d'Athènes ou des militants anti-austérité.

Nouvelle fracture politique en Europe

En réalité, cette alliance traduit la nouvelle réalité des fractures en Europe. Moins que celle opposant la gauche à la droite traditionnelle, les circonstances font de la position sur l'austérité l'élément clé des choix politiques. Certes, cette détermination n'exclut pas toutes les autres, notamment le respect de la démocratie. Nul n'aurait imaginé une alliance avec les néo-nazis d'Aube Dorée. Mais il devient, au sein du camp de ceux qui respectent la démocratie, un élément clé.

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Commentaires
a écrit le 29/01/2015 à 22:00 :
Quelque chose a été oublié dans tout ce "parler pour ne rien dire" concernant la Grèce. Dans toute cette affaire, on oublie (volontairement) la Russie qui a la même religion que la Grèce. Je crois savoir que les alliés de Siryza (comme notre FN) apprécient Poutine et que le nouveau Premier Ministre grec ne veut pas sanctionner la Russie. Il va y avoir des frictions en Europe, que le rusé Président russe pourrait utiliser à son avantage. Américains et Russes pourraient se retrouver; comme d'habitude sur le dos de l'Union Européenne, que Washington ne veut que comme pantin. Incidemment; la pression baisserait en Ukraine qui serait abandonnée à son triste sort et cela nous éviterait une guerre...
a écrit le 27/01/2015 à 18:20 :
Siryza s'allie avec l'ANEL pour faire douter l'Europe quant à ses propres principes:ou elle
abandonne ses critères d'austérité pour réduire la dette publique,ce qui la conduirait à un
échec retentissant en matière de relance économique...Ou l'Europe s'en-tête de + belle
+ le "front" se craquelle entre partisans à tout crin de l'austérité;ou l'Allemagne admet
agir pour la relance,quitte à abandonner ses "vertus"...Dans le cas où rien ne change
rait en UE,la Grèce pourrait tout simplement sortir de la zone euro et encourager d'au
tres pays à la suivre...Ce qui amènerait l'Europe des 22 à ne plus se compter...qu'à une
quinzaine ou moins...?Et si une bonne partie de l'Europe centrale formait une nouvelle u
nion économique autour de la Russie,qui deviendrait le "pivot" opposé de l'UE,en dépit
des sanctions prises pour son "interventionnisme" en Ukraine...?
a écrit le 27/01/2015 à 17:14 :
pour faire preuve d'intelligence et surtout d'efficacité envers ceux qui les ont élus, tout simplement. Ecouter le peuple est la plus grande des sagesses et peut-être aussi, l'assurance de durer au gouvernement. En france, les socialistes deviendront inaudibles après 2017, c'est sur et certain.
a écrit le 27/01/2015 à 15:59 :
De fait, le programme des alliés d'extrême droite de Syriza semble plus proche de celui du FN que du parti de M. Nicolas Dupont-Aignan. Mais cette alliance en dérange visiblement plus d'un.
a écrit le 27/01/2015 à 15:58 :
il s'agit là de deux partis non extrémistes qui vont poser le problème sur la table: ou l’Europe cède ou ce sera bye bye!
c'est en gros (très gros, le mariage de marine et de mélanchon) gare à la vaisselle!
a écrit le 27/01/2015 à 15:20 :
Cette alliance est peut-être le signe d'une politique "autrement". L'heure n'est pas à la critique, nous jugerons sur pièces. Reste qu'une réussite serait un camouflet à notre président qui a choisi l'option profil bas.
a écrit le 27/01/2015 à 13:24 :
L’UPR rappelle en effet que le dirigeant de Syriza ne propose absolument pas aux Grecs, ni de sortir de l’UE ni de sortir de l’euro, et ne propose donc aucune issue crédible à la mise en coupe réglée de la Grèce qui découlent des contraintes des traités européens et des exigences de la BCE.
L’UPR constate donc, sans surprise mais avec tristesse, que les Grecs viennent d’être victimes des habituelles manipulations médiatiques que les forces euro-atlantistes imposent à chaque élection, afin de déjouer toute remise en cause réelle de leur dictature.
L’UPR note enfin que le Front de Gauche et le FN ont tout spécialement manifesté leur soutien à Syriza (en gardant délibérément le silence sur les partis politiques grecs – qui existent pourtant bel et bien – demandant la sortie unilatérale de la Grèce de l’Union européenne et de l’euro). Entre leurres français et grecs, on se comprend et on se soutien
a écrit le 27/01/2015 à 12:38 :
J'avais cru comprendre que l'ANEL correspondait plutôt à DLF. D'après ce que vous sous-entendez, ça serait plutôt le FN ? Vrai ou faux ? Arguments ? Faits ?
Merci.
a écrit le 27/01/2015 à 11:49 :
Extreme gauche et extreme droite, memes programmes économiques, meme racisme sous-jacent. Et le PS qui applaudit......
Réponse de le 27/01/2015 à 12:33 :
Jean-Luc ici présent, acceptez vous de prendre pour légitime épouse, Marine ici présente ?..bla, bla, bla, bla, bla....... Je vous déclare unis par les liens du mariage!
a écrit le 27/01/2015 à 11:43 :
La caution de la droite libérale à Syriza devrait en questionner plus d'un, mais non, il fallait que ce parti sorte, promu par M Soros, ça question tjrs pas.. Syriza est là pour prétendre modifier l'Union Européennes, parce qu'il ne représente pas un danger pour celle-ci, parce qu'il ne veut pas en sortir.. Un parti leurre.
a écrit le 27/01/2015 à 11:11 :
Les médias européens se plaisaient à décrire Syrisa comme étant « d'extrême-gauche » et maintenant comme un parti anti-libéral? La chienlit vient du tout libéral libéral sauf pour vous avec des lois, des textes qui corsètent ce qui pourrait gêner les toujours plus dans ma poche. M. Alexis Tsipras parait bien pragmatique pour le coup et avec l'armée derrière lui nous ne sommes pas au bout de bonnes surprises.
a écrit le 27/01/2015 à 10:50 :
Hollande envoie Moscovici en Grèce pour que la Droite emporte les élections.
Ensuite l'Extreme Gauche l'emporte.
La Gauche française exulte (évidemment puisque Mélenchon n'a plus aucun allié en Europe)
Puis L’extrême Gauche grecque s'allier avec l’extrême Droite.
Alors là la Gauche française "baisse le son" (les journalistes avec !)
Puis Hollande soutient la Grèce (c'est à ne plus rien y comprendre) en recherche vaine d'un pays allié car il n'a plus d'allié puisqu'il ne fait RIEN.
Attendons le prochain épisode : alliance de Mélenchon avec Le Pen pour faire "comme les Grecs" !

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