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ÉconomieUnion européenne

Pourquoi Alexis Tsipras s'est-il allié avec les Eurosceptiques de droite ?

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 26 janvier 2015 à 20:33 - Mis à jour le 27 janvier 2015 à 09:50

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En choisissant de passer un accord avec les Grecs Indépendants, le nouveau premier ministre grec a surpris en Europe. Mais c'est une décision logique et qui s'inscrit dans sa tactique de négociation avec la troïka.

Beaucoup d'observateurs se sont étonnés (et plus encore régalés) de cette alliance conclue si rapidement entre Syriza et les Grecs Indépendants de l'ANEL. Ce parti, que les médias européens se plaisaient à décrire comme étant « d'extrême-gauche », serait donc prêt, pour exercer la réalité du pouvoir, à s'allier avec un parti nationaliste, n'ayant à la bouche que « l'occupation étrangère » et fustigeant les homosexuels et les immigrés.

Tsipras, otage de la droite ?

Ce jugement est hâtif à plus d'un titre. D'abord, parce que l'on ne connaît pas encore la nature exacte de l'alliance des deux formations. Selon Kathimerini, pour le moment, ANEL accepte de soutenir la politique économique de Syriza, et n'a posé comme condition que le refus de reconnaître le nom de Macédoine à la FYROM et le refus de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Ensuite parce que ce jugement ne part du principe, bien commode pour ceux qui veulent affaiblir Syriza, que l'influence ne se fera que dans un sens : celui de l'ANEL vers Syriza. Or, ceci est un peu étonnant car le rapport de force est très clairement en faveur de Syriza. Non seulement, le parti d'Alexis Tsipras dispose de 149 sièges, contre 13 à l'ANEL, mais le mandat populaire est clairement en faveur de Syriza qui a gagné 10 points par rapport à 2012, alors que les Grecs Indépendants en ont perdu plus de deux.

Pour peser sur Syriza, il faudrait qu'ANEL puisse disposer d'un moyen de pression puissant. Or, s'il peut certes ôter sa majorité absolue au gouvernement Tsipras, le parti de Panos Kammenos a aussi beaucoup à perdre dans un tel scénario. Si Syriza trouve un autre allié ou parvient à convaincre quelques députés de le soutenir, il aura perdu toute influence sur la gestion du pays. Et s'il y a de nouvelles élections, il n'est pas certain qu'il puisse se maintenir au parlement. Que l'on en juge par le sort de la Gauche démocratique (Dimar) qui a quitté en 2013 la coalition pro-européenne et qui, dimanche, a obtenu un peu plus de 1 % des voix seulement. Bref, l'influence des Grecs Indépendants sur la future politique de Syriza est loin d'être une certitude. Alexis Tsipras n'est pas « l'otage » du leader de l'ANEL, Panos Kammenos.

Alliance nécessaire

En réalité, pour comprendre ce choix, il faut revenir à la situation à la Vouli (parlement) et dans le pays. Syriza n'a pas obtenu dimanche soir la majorité absolue. Le parti devait donc, s'il voulait gouverner, s'allier avec un parti et donc faire des concessions. Il avait grosso modo le choix entre deux options : l'ANEL et les centristes de To Potami. Ces deux partis n'ont que peu d'éléments programmatiques en commun avec Syriza. Alexis Tsipras a donc décidé d'orienter son choix sur une priorité : la fin de l'austérité. Or, le peuple grec lui a donné un clair mandat sur ce point : le score cumulé des partis « pro-européens » (Nouvelle Démocratie, Pasok et To Potami) ne dépasse pas 39 % des voix... En bref : il n'y a pas qu'Alexis Tsipras qui ne veut plus de la troïka, les Grecs n'en veulent plus non plus.

Le choix de la fermeté

Cette priorité a clairement été proclamée dès le discours du futur nouveau premier ministre sur la place Panepistimiou dimanche soir : il faut en finir avec la troïka et reconstruire le pays. Pour cela, il faut entrer dans une épreuve de force avec les créanciers européens. La conviction de Syriza est claire sur ce point : la stratégie tentée par François Hollande, puis par Matteo Renzi, de tenter d'amadouer Berlin par des « réformes » pour espérer obtenir une relance a échoué. Le très probable futur ministre des Finances Yanis Varoufakis l'a affirmé encore récemment à La Tribune. C'est seulement en menant des négociations ouvertes, mais ferme que l'on peut espérer faire fléchir l'Europe.

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L'impossible alliance avec To Potami

Or, quels étaient les positions des deux alliés potentiels de Syriza. To Potami apparaît peut-être plus respectable vu de Bruxelles, mais son leader, Stavros Theodorakis, avait mis comme condition sine qua non de son alliance tout refus a priori de rupture avec l'Europe. Pour Alexis Tsipras, c'eût été accepter de courir le marathon avec un poids accroché au pied ou jouer au poker avec son jeu découvert. Négocier avec la troïka en refusant d'emblée la rupture signifiait accepter les conditions de cette dernière et donc envoyer un message très négatif aux Grecs qui ont placé dans Syriza leur espoir. Alexis Tsipras ne pouvait pas se le permettre.

L'ANEL seule option pour respecter les engagements de Syriza

Restait donc seulement l'ANEL. Cette formation a en effet bien des défauts et bien des différences avec Syriza. Mais, comme Alexis Tsipras, Panos Kammenos, veut en finir avec la troïka et le poids de la dette. Sur ce point, l'accord est parfait. Mieux même, une telle alliance envoie un message ferme à l'Europe : il n'y aura pas de compromis sur l'essentiel de ce qui a été promis aux Grecs. La réalité, au final, sera peut-être différente, mais il n'est pas question aujourd'hui de dévoiler son jeu aujourd'hui. Alexis Tsipras mène sa stratégie et seule une alliance avec l'ANEL le lui permettait dans le contexte grec.

Signe de détermination

Cette alliance, loin d'être un signe de faiblesse ou de désagrégation est au contraire le signe d'une grande détermination d'Alexis Tsipras. Elle prouve que le nouveau premier ministre grec est conscient de sa responsabilité et cherche - pour l'instant - à respecter les engagements qu'il a pris devant ses électeurs. Et qu'il prend les décisions en conséquence. Evidemment, compte tenu de certains éléments peu recommandables d'ANEL, il faudra surveiller de près la politique de ce gouvernement. Mais il ne faudra pas non plus oublier les dérives de l'ancien gouvernement « pro-européen » à l'encontre des immigrés clandestins, des pauvres du centre d'Athènes ou des militants anti-austérité.

Nouvelle fracture politique en Europe

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En réalité, cette alliance traduit la nouvelle réalité des fractures en Europe. Moins que celle opposant la gauche à la droite traditionnelle, les circonstances font de la position sur l'austérité l'élément clé des choix politiques. Certes, cette détermination n'exclut pas toutes les autres, notamment le respect de la démocratie. Nul n'aurait imaginé une alliance avec les néo-nazis d'Aube Dorée. Mais il devient, au sein du camp de ceux qui respectent la démocratie, un élément clé.

Romaric Godin

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