"Viticulture abandonnée/Misère dans le Bordelais", "Un plan social pour la viticulture", "Agriculture, un suicide par jour" : de nombreuses affichettes collées sur de petits panneaux d'aggloméré ou des chasubles en carton posées sur les épaules témoignaient du désarroi des vignerons du Bordelais qui ont organisé une manifestation très suivie dans le port de la Lune ce mardi matin 6 décembre, avec 27 tracteurs à l'appui. Cette profession qui joue un rôle socio-économique central depuis au moins le XIIIe siècle dans la région bordelaise est prise dans un contexte économique qui a rarement été aussi sombre.
Ex-président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) et viticulteurs Bernard Farges souligne les paramètres qui font de la crise viticole dans le vignoble bordelais un phénomène plus explosif qu'ailleurs :
«Tous les producteurs de rouge sont touchés, comme ceux qui commercialisent via la GMS (grandes et petites surfaces) et qui ont beaucoup vendu en Chine. Or 90 % de la production des vins de Bordeaux c'est du vin rouge, énormément commercialisé via la GMS, avec un vignoble bordelais qui était très présent en Chine. Donc à Bordeaux on se prend tous ces points chauds de plein fouet. Sans compter la chute de la consommation de vin en France, qui a reculé de 30 % en dix ans », déroule Bernard Farges comme on décrypte une catastrophe ferroviaire ou aérienne.
Tous les manifestants de ce mardi matin, venus massivement de l'Entre-Deux-Mers, région viticole girondine située entre la Garonne au sud et la Dordogne au nord, sont d'accord pour que soit menée une politique d'arrachage de la vigne moyennant une prime à l'hectare, car la situation de nombreux viticulteurs est devenue très critique, pour ne pas dire désespérée. Les chiffres qui circulent sur l'ampleur de l'arrachage oscillent entre 10.000 et 15.000 hectares primés à 10.000 euros l'hectare, soit près de 10 % de la surface totale du vignoble. Bousculé par des crises à répétition sur le long terme, que tous les professionnels de la vigne connaissent, le vignoble bordelais semble s'être enfoncé dans une nouvelle crise historique depuis le premier plan de relance adopté par le CIVB il y a une dizaine d'années.