Presque trois heures que la rencontre a débuté. Dans les locaux de la Safer Nouvelle-Aquitaine, au nord de Bordeaux, 200 personnes du monde viticole écoutent attentivement les représentants de cet observatoire du foncier rural mettre des chiffres et des mots sur la crise du vignoble. Le micro se balade dans le public jusqu'aux mains ravinées d'un vigneron d'une soixantaine d'années. « Pour nous petits viticulteurs, nos vignobles c'est un patrimoine immobilier et là nous sommes en train d'arracher nos immeubles de rapport. C'est d'une violence inouïe. Vous en connaissez beaucoup vous des propriétaires qui détruisent leurs immeubles à coups de pelleteuse ? »
Difficile de rebondir après ça. Ce 4 juillet, la Safer organisait une rencontre sur les conséquences foncières de l'impasse viticole qui mine le vignoble bordelais. En réponse à la surproduction et à la baisse continue des ventes, le territoire est en train d'arracher 8.000 hectares subventionnés par la puissance publique. Soit 8 % de sa surface totale. Un premier pas qui ne suffira pas à rééquilibrer l'offre et la demande mais déjà vécu comme un crève-cœur dans les rangs.
François Rauscher ne le sait que trop bien. Chaque semaine, le responsable de la diversification à la chambre d'agriculture de la Gironde parcourt les terroirs à la rencontre d'exploitations déboussolées. « Certains n'ont pas envie de se dire qu'ils vont faire autre chose que de la vigne. Pour eux, redevenir éleveur c'est presque régresser socialement », témoigne-t-il. A l'époque où la vigne a gagné le bordelais, leurs ancêtres s'étonnaient peut-être de cette course au raisin sur des incultes terres à vaches.