Face aux craintes de délocalisation, le cognac n’imposera pas l’embouteillage en Charente

Maxime Giraudeau

Le 17 septembre 2024, toute la filière cognac manifestait contre la menace des surtaxes chinoises.
Yohan Bonnet / Agence APPA

Maxime Giraudeau

Le 17 septembre 2024, toute la filière cognac manifestait contre la menace des surtaxes chinoises.
Yohan Bonnet / Agence APPA
La révélation avait fait se soulever le monde ouvrier du cognac. Le 18 novembre, les salariés d'Hennessy dénonçaient le projet de leur direction d'expédier du cognac en vrac vers la Chine. L'expérimentation visait à embouteiller sur place et ainsi contourner les surtaxes chinoises sur les bouteilles de spiritueux européens. Le début de la fin pour l'industrie de l'embouteillage sur le sol charentais ? Pris de panique, les syndicats réclamaient alors à l'interprofession de sanctuariser la mise en bouteille locale par une révision du cahier des charges de l'AOC.
Deux mois après une manifestation du tissu industriel local et des échanges au siège du Bureau national interprofessionnel du cognac (Bnic), la piste est écartée. « Tous nos espoirs reposent aujourd'hui dans la recherche d'une solution négociée entre la France, l'UE et la Chine permettant de lever définitivement les taxes injustes et injustifiées qui nous frappent », écrit à La Tribune le Bnic. Pékin veut appliquer une taxe douanière de 30 % sur les spiritueux en réponse à la taxe de l'Union Européenne sur les véhicules électriques asiatiques.
Lors du dernier comité avec les syndicats, qui s'est déroulée le 20 janvier, l'interprofession a émis des réserves quant à une obligation d'embouteillage en Charente. « Ils rejettent un peu la modification de l'AOC en disant que ce doit être validé par l'UE et que c'est long. Pour entreprendre une telle démarche, il faut prouver que le transport par cuve ou tonneau altère la qualité du cognac, et qu'il y a donc un intérêt qualitatif à conserver l'embouteillage à Cognac », relaie, amer, Renaud Audidier, délégué de l'union locale CGT.
Une déception pour l'industrie locale qui compte des milliers d'emplois dans l'embouteillage et le conditionnement. Et de ses sites dépendants du cognac comme celui du verrier Verallia - et son tout nouveau four électrique - ou de la firme du packaging DS Smith.
Suite au tollé, Hennessy avait annoncé suspendre son essai d'export en vrac. Mais les craintes autour de délocalisations de l'embouteillage sont encore vives. Si pour l'heure les surtaxes ont seulement pris la forme d'un dépôt de garantie bancaire, les maisons vont chercher par tous les moyens à maintenir leurs relations avec l'empire du milieu dans la perspective d'une guerre commerciale irréversible. Avec 29 millions de bouteilles vendues en Chine en 2024, les ventes ont déjà dévissé de 9,6 % en volume et 23,8 % en valeur.
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En attendant l'issue diplomatique, l'interprofession veut calmer toutes les velléités. « L'embouteillage en Chine ne constituera en aucun cas une alternative viable aux expéditions habituelles en bouteille qui se trouvent bloquées de fait par les mesures antidumping qui nous sont imposées, pour des raisons de coût, de sécurité juridique et qualitative », écrit-elle.
Maxime Giraudeau