Droits de douane : la Chine met à terre le cognac, chronologie d'une enquête impitoyable

Maxime Giraudeau
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Maxime Giraudeau
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
La secousse fait désormais vaciller des régions viticoles entières. Le cognac et l'armagnac ont appris ce vendredi par un communiqué du gouvernement chinois l'application de taxes douanières définitives sur leurs produits. Les taxes sont en moyenne de 32,2 % et seront appliquées dès ce samedi 5 juillet. Une date finale qui marque la fin de la longue enquête menée par la Chine et signe l'échec du gouvernement français dans les négociations.
« Nos filières ont démontré depuis 18 mois l'absence totale de dumping sur le marché chinois », réagit ce matin le Bureau national interprofessionnel du cognac, pas résigné : « Nous renouvelons notre appel auprès du gouvernement français et de la Commission
européenne pour qu'un accord politique soit trouvé dans les plus brefs délais. » Néanmoins, 90 % des volumes de cognac expédiés devraient échapper aux taxes douanières puisque les grandes maisons ont déjà annoncé un accord avec le gouvernement chinois sur des prix minimums revus à la hausse.
À l'origine, l'angoisse des spiritueux français avait déjà commencé par un simple communiqué. Le 5 janvier 2024, Pékin déclenche une enquête antidumping à l'encontre des eaux-de-vie de vin européennes. L'attaque est méthodiquement ciblée puisque le cognac représente 95 % du secteur, avec plus de 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel et 70 000 emplois en France. Le gouvernement de Xi Jinping dit s'appuyer sur une plainte de l'Association chinoise des alcools pointant que les maisons de cognac auraient pratiqué des prix en Chine plus bas que ceux affichés en France, afin de nuire aux spiritueux de l'Empire du milieu.
À lire également
Pourquoi frapper l'alcool français de la sorte ? Tout simplement parce que l'Union Européenne a, la première, brandit cette arme. À l'automne précédent, la présidente de la Commission Européenne lançait une enquête sur l'existence de subventions dopant la filière du véhicule électrique chinois, tandis que des industriels européens interrompaient leurs exportations vers l'Asie. L'Europe veut protéger son industrie automobile déjà exsangue et incapable de s'aligner sur les prix asiatiques. En réponse, la Chine entend créer la désunion. En visant le cognac, et accessoirement l'armagnac, elle isole la France sur le Vieux Continent.
Maxime Giraudeau